LUCIE, DON PÈDRE
LUCIE
Oui , mais si votre amour ne veut que je la flatte , Ne la voyez point , prince , évitez cette ingrate. Plût au ciel sussiez -vous de quelle indignité A l'instant même encore elle vous a traité !
5o4 DON LOPE DE CARDON E,
Vous vous feriez efiS[>it.eB ce besoin extrême;
Vpus obtiendriez de vous plus d'amour pour vous-même,
Et vous affranchiriez des plus indignes lois
Sous qui jamais beauté rangea du sang de rois.
Je sais combien ce soin pèse au roi votre père ;
Et certes avec lui je plains votre misère ,
Et c'est bien être aveugle , et bien peu vous priser
J'approuve tes avis, mais je n'en puis user.
Toute la cruauté dont Elise est coupable Ne me peut révolter contre un joug qui m'accable. Nomme cette constance ou force, ou lâcheté, Mais plus que ses mépris je çrains:^a liberté. Tout ce que mes amis ont d'avis légitimes , Mon père de raisons, et l'état de ..maximes, Tout ce que j'ai de. cœur, de force et de discours. Ne peuvent à mes vœux donner un autre cours. Et rallument mon feu plutôt que de l'éteindre.
LUCIE
Votre misère est grande , et vous êtes à plaindre ! j Devriez-vous profaner des jours si précieux , Sur qui tout l'Aragon jette aujourd'hui les yeux ? Don Louis à vos feux la rendit insensible; Et ce rival vaincu la rend plus invincible. • Son sang a plus aigri qu'adouci votre sort; Il est votre rival encore après sa mort , Et , tout pâle et tout froid , occupe encor la place Dont tout brûlant d'amour l'insensible vous chasse. Vous faut -il dire tout? J'excite son courroux Par le moindre dessein de lui pai'ler de vous. Elle s'en est forgé mille soupçons frivoles ;