‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 35 sur 432 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

De la sœur d'un martyr, femme d'un apostat, D'un ennemi de Dieu, d'un lâche, d'un infâme?

ADRIEN

le te vais détromper. Où cours-tu , ma clière âme ?

NATALIE

Kavir dans ta prison, d'une mâle vigueur, ^ La palme qu'aujourd'hui tu perds faute de cœur ; * Y joindre les martyrs, et d'une sainte audace Remplir chez eux ton rang et combattre en ta place; T cueillir les lauriers dont Dieu t'eût couronné, Et prendre au ciel le lieu qui t'étoit destiné.

ADRIEN

Pour quelle défiance altères-tu ma gloire! Dieu toujours en mon cœur conserve sa victoire ; II a reçu ma foi, rien ne peut l'ébranler, Et je cours au trépas bien loin d'en reculer. Seul, sans fers, mais armé d'un invincible zèle, Je me rends au combat où l'empereur m'appelle; Mes gardes vont devant, et je passe en ce lieu Pour te tenir parole et pour te dire adieu. ITavoir ôté mes fers n'est qu'une vaine adresse Pour me les faire craindre et tenter ma faiblesse; Et moi , pour tout effet de ce soulagement , J'attends le seul bonheur de ton embrassement. Adieu, ma chère §œur, illustre et digne femme; Je vais par sn chemin d'épines et de flamme, Hais qu'auparavant moi Dieu lui-même a battu. Te retenir un lieu digne de ta vertu.

Adieu : quand mes bourreaux exerceront leur rage , Implore-moi du ciel la grâce et le courage De vaincre la nature en cet heureux malheur, Avec une constance égale à ma douleur.

Ts^iLiKi^m i'embmssant.

Pardonne à mon ardçur, cher et généreux frère, L'injuste impression d'un soupçon téméraire , Qu'en l'apparent état de cette liberté, Sans gardes et sans fers, tu m'a vois suscité : Va, ne ^relâche rien de cette sainte audace Qiil te fait des tyrans mépriser la menace. Quoiqu'un grand t'entreprenne, un plus grand est pour toi. Ua Dieu te soutiendra, si tu soutiens sa foi. Cours, généreux athlète, en Tillustre carrière Oîi de la nuit du monde on passe à la lumière ; Cours, puisqu'un Dieu.t'appe)lë aux pieds de son aulel, Dépouiller sans regret l'homme infirme et mortel; * N'épargne point ton sang en cette sainte guerre; Prodigues-y ton corps, rends la terre à la terre; Et redonnes à Dieu , qui sera ton appui , ^ La part qu'il te demande et que tu tiens de lui; Fuis sans regret le monde et ses fausses délices, Où les plus innocens ne sont point sans supplices , Dont le plus ferme état est toujours inconstant, Dont l'être et le non-être ont presque un même instant , Et pour qui toutefois la nature aveuglée Inspire à ses enfans une ardeur déréglée. Qui les fait si souvent au péril du trépas Suivre la vanité de ses trompeurs appas. Ce qu'un siècle y produit un moment le consomme. Porte les yeux plus haut, Adrien ; parois homme : Combats, souffre et t'acquiers, en mourant en ehrétim, Par un moment de mal l'éternité d'un bien.

ADRIEN

Adieu, je cours, je vote au bonheur cjui m'arrive; L'effet en est trop lent , l'heure en e&t trop tardive ! ^

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