ACTE IV, SCÈNE V
DON PÈDRE
Ne me crois pas sorti du sang du roi, Si tu me vois jamais rengager sous sa loi.
OCTAVE
Vous voua^ affranchiriez d'une triste aventure.
DOW PÈDRE
J'en tiendrai le serment jusqu'à la sépulture ,
Et si je n'accomplis ce que je te promets ,
Si dans mon souvenir Élise entre jamais ,
Si je vois plus Elise , et si jamais Élise
Avec tout son orgueil a droit sur ma franchise ,
Après tant de mépris indignement soufferts ,
Puisse une infôme main m'affranchir de ses fers ,
Et , sur im échafaud faisant tomber ma tête ,
A sa présomption dérober ma conquête.
Si l'on veut m'obliger , que dans tout l'Aragon
On supprime d'Élise et l'idée et le nom ;
Qu'aucun ne me la nomme et surtout ne s'avise
De me tenir au rang des prétendans d'Élise :
Élise , cet objet autrefois mon vainqueur ,
Me blesse autant les yeux qu'elle blessoit mon cœ^ir ;
J'abhorrerois Élise à tous mes vœux soumise ,
Le ciel par sa bonté me préserve d'Élise !
OCTAVE
Quoi ! tant nommer Élise et détester sa loi !
DON PEDRE.
Je mets par ce moyen toute Élise hors de moi , La chasse d'une place injustement acquise , Et de mon souvenir efface toute Élise : Je renonce aux états dont je dois hériter , S'il m'en souvient jamais que pour la détester.
Ce feu que je nourris et que je dissimule, Pour être trop couvert sensiblement me brûle ! Oui , je l'aime, Cynthie ; oui , je Taime , et ma foi N'a demandé du temps pour s'expliquer au roi , Qu'à dessein de servir mon frère auprès d'Élise , Et que pour détourner d'une seconde prise Ces cœurs impatiens , ces rivaux généreux , Encore tout bouillans de l'espoir de mes vœux ; Car tu sais que le roi, craignant que leur querelle...