‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 407 sur 432 · ACTE III, SCÈNE IV. 6x · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. 6x

Je suis toujours princesse et non pas ton esclave , Et l'on ne verra point en moi de sentiment Qui puisse démentir ma naissance et mon rang. Que si je m'abaissois jusques à la prière , Je te demanderois la grâce tout entière De changer mon exil en un arrêt de mort. Vois jusqu'où la'a réduit la fureur de mon sort , Qu'il faille qu'une femme attende en sa disgrâce De la main d'un mari la mort comme une grâce , Et que /parmi les maux que ta rage me fait , Le crime le plus noir passe comme un bienfait. Hélas! oui, ce seroit une faveur insigne : Mais pour la recevoir s'il m'en faut rendre digne , Avant que l'obtenir s'il faut la mériter , Va , je te rends le jour afin de me l'ôter. Oui , si ce sale amour dont ton âme est ravie Te peut faire estimer ton salut et ta vie , Si tu l'aimes autant que je la puis haïr , Pour te la conserver je veux bien me trahir , Et viens , par un excès d'un amour bien étrange , Perdre pour te sauver une main qui me venge. Ecoute , malheureux : on conspire ta mort , Et mon frère... O penser! ô rigoureux effort! A quoi me contrains - tu , vertu par trop sévère ! Pour sauver mon tyraii faut -il perdre mon frère! Impitoyable Amour, ne peux -tu triompher Que sur ces sentimens que tu viens d'étouffer ? Non , malgré les affronts d'un injuste divorce , Une secrète voix me contraint et me force De voir un ennemi dedans mon protecteur , Et connoître un époux dans mon persécuteur. Prends -y garde, Amalon, connois ce qui se passe ,

6ao L'ILLUSTRE AMAZONE,

Et si ma trahison mérite quelque grâce , Excusant en mon frère une si juste ardeur , Venge -toi, venge -moi dans le sang d'une sœur, Et , pour tout expier , punis par mon supplice Le crime que j'ai fait en te rendant service : Tes injustes arrêts auront trop de raison , Quand tu les fonderas dessus ma trahison.

AMÂLON.

Ardfice grossier d'une femme jalouse !

GLOTILDE.

Zèle trop généreux d'une constante épouse !

AMALOir.

Quittez , quittez le soin de vouloir conserver Ce que vous n'avez plus intérêt à sauver. On parleroit bien mieux si l'on ne vouloit feindre. Ce frère généreux n'est pas beaucoup à craindre. Allez , madame , allez , et souffrez que le temps Efface vos douleurs et me rende content.

(Il sort avec Auronte.) CLOTILDE.

Barbare , vis content. Si le ciel considère

Mes souhaits et les vœux que je m'en vais lui faire ,

Tu verras en tes mains fondre autant de bonheurs,

Qu'elles versent sur moi de sensibles douleurs ,

Et ta félicité deviendra souveraine

Si je puis obtenir qu'elle égale ma peine .^

Mais je prends à témoin l'appui de ma vertu ,

Ce Dieu qui rend la force à mon cœur abattu ,

Qu'on ne peut m'accuser , s'il faut que je périsse ,

Que le moindre soupir m'en ait rendue complice.

( Elle sort avec Cassandre. )

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