LIVRE V
FABLE VIIL
LE PETIT CUIEI9.
JLa vanité nous rend aussi dupes que sots.
Je mt souviens , à ce propos , Qu'au temps jadis , après une sanglante guerre
Où , malgré les plus beaux exploits ,
Maint lion fut c<9ticlié par terre ,
L'éléphant régna dans les bois.
Le vainqueur , politique habile ,
Voulant prévenir désormais Jusqu'au moindre sujet de discorde civile , De ses vastes États exila pour jamais La race des lions , son ancienne ennemie.
L'édit fut proclamé. Les lions affbiblis , Se soumettant au sort qui les avoit trahis ,
Abandonnent tous leur patrie.
Ils ne se plaignent pas, ils gardent dans leiu: cœur
Et leur courage et leur douleur.
I7n bon vieux petit chien , de la charmante espèce De ceux qui vont portant , jusqu'au milieu du dos ,
Une toison tombante à flots,
Exhaloît ainsi sa tristesà^e :
Il faut doue vous quitter, 6 pénates chéris !
Un barbare , à l'âge où je suis , M'oblige à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui , sans secours , dans un pajs nouveau , Je Tais, les yeux en pleurs, demander un tombeau
iSo FABLES.
Qm'oii me refiuera peut-èb«.
O tjnn* tu le veax ! allons, il ùat partir.
Vu barbet l'entendit : touché de sa misire.
Quel motif , lui dit-il , peut t'obliger à fuir ? i^>Ge qui m'y force ? 6 ciel ! Et cet ëdit sévère Qui nous diasse à jamais de cet heureux canton ?.« •If ous?*Non pas tous, mais moi.-Comment! toi, mon cher firire? Qa'at-ttt donc de commun ? . . . Plaisante question !
Eh ! B« fuit-je pas un lion ? >
FABLE IX