‹ Œuvres FablesChapitre 4 sur 131 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Leur conducteur Guillot alloit , venoit , oooroît, Taatôt & ce mouton qui gagne la forêt, (Tantôt & cet agneau qui demeure derrière,

Puis à sa brelns la plus chère ;

Et tandis qu'il est d'un côte Un loup prend un mouton qu'il emporte bien vite ;

Le beiger court , l'agneau qu'il quitte

Par une louve est emporté.

Guillot tout haletant s'arrête , S'arrache les cheveux, ne sait plus où courir^

Et de son poing frappant sa tète ,

n demande au ciel de mourir.

Voilà bien ma fidèle image !

S'écria le monarque ; et les pauvres bergers , Comme nous autres rois , entourés de dangers ,

N'ont pas un plus doux esclavage :

Cela console un peu. Comme il disoit ces mots , Il découTre en un pré le plus beau des troupeaux , Des moutons gras, nombreux , pouvant marcher k peine.

Tant leur riche toison les gène , Des béliers grands et fiers , tous en ordre paissants , Des brebis fléchissant sous le poids de la laine , - '^ .^ .

Et de qui la mamelle pleine ./ ' ..^,

Fait accourir de loin les agneaux bondissants. « * . ...

Leur berger, mollement étendu sous un hêtre, ■ ' . ^.''l

Faisoit des vers pour son Iris , lies chantoit doucement aux échos attendris , v , .— . Et puis répétoit Tair sur son hautbois champêtre. ^^ À'^Ji]^'J^ '^ Le roi tout étonné disoit : Ce beau troupeau Sera bientôt détruit ; les loups te craignent guère Les pasteuri amoureux qui dikitent leur bergère l

On les écarte mal avec un chalumeau.

Ah ! iMmime je rirois !... Dans l'instant le loup passe ,

Gomme pour lui faire plaisir ; Mais à peine il paroit , que , prompt à le saisir,

Un chien s*ëlance et le terrasse.

Au bruit qu'ils font en combattant , Deux moutons effi*ayés s'écartent dans la plaine :

Un autre chien part , les ramène , Et pour rétablir l'ordre il suffit d'un instant. Le berger vo joit tout couché dessus Therbette ,

Et ne quittoit pas sa musette.

Alors le roi presque en courroux Lui dit : Comment fais-tu? Les bois sont pleins de loups, Tes moutons gras et beaux sont au nombre de mille ,

Et , sans en être moins tranquille , Dans cet heureux état toi seul tu les maintiens ! Sire , dit le berger, la chose est fort facile ; Tout mon secret cons'ste à choisir de bons chiens.

FABLE IV

LES DEVX VOYAGEURS.

JLe compère Thomas et son ami Lubiif Alloient à pied tous deux à la viUe prochaine.

Thomas trouve 3ur son dhemin

Une bourse de louis pleine ; 11 l'empodie vavssitdt. Lubia , d'un air ooiitenC ,

L^IYRE I. 3o

Lui dit : pour nous la bonne aubaine !

Non , iépond Tbomas froidement , Pour nous n'est pas bien dit, pour moi c'est difiërent. Lnbin ne sonffle plus : mais, en quittant la plaine, Ilskrouyent des yolqian cacbés au bois voisin.

Hiomas tianblant , et non sans cause , Dit : Nous sommes perdus ! Non , lui r^nd Lubin , îious n'est pas le vrai mot ; mais toi c'est autre chose. Cela dit , il s'ëcbi^pe k tFavers les taillis. louQobile de peur, Thomas est bientôt pris :

Il tire la bourse et la donne.

Qui ne songe qu'ai soi quand sa fortune est fionne , Dans le malheur n'a point d'amis.

LES SERINS ErLE CHARDONNEKET.

Uh amateur d'oiseaux avoit, en grand secret,

Parmiles œuft d'une serine

Glissé FcBuf d'un charddhneret.

La mère des serins , bien plus tendre que fine, Ne s'en aperçut point , et couva comme sien

Cet œuf qui dans peu vint à bien.

Le petit étranger, sorti de sa coquUle, Des deux époux trompés reçoit les tendres soinf ,

Par eux tnôié ni plus nwBoins

4o FABLES.

Que s'il ëtoit de la famille.

Couché dans le duvet, il dort le loiif; du jour. A oôtë des serins dont il se croit le frère ,

Reçoit la béquée à son tour , Et repose la nuit sous l'aile de la m^é.

Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,

D'un brillant plumage s'habille; Le chardonneret seul ne devient point jonquille , Et ne s'en croit pas moins des serins le plus beau.

Ses frères pensent tout de même :

Douce erreur qui toujours fait voir l'objet qu'on aim^

Ressemblant à nous trait pour trait !

J^aloux de son bonheur, un vieux chardonneret Vient lui dire : Il est temps enfin de vous connoître; Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments

Ne sont point du tout vo« parents.

C'est d'un chardonneret que le sort vous fit naître. Vous ne fÙtes jamais smn : regardez-vous , Vous avez le corps fauve et la tête écarlate , Le bec.... Oai, dit l'oiseau; j'ai ce qu'il vous plaira^

Mais je n'ai point une ftme Ingrate,

Et mon coeur toujours chérira

Ceux qui soignèrent mon enfimce.

lS(i mon plumage au leur ne ressemble pas bien , J'en suis fôchë ; mais leur cœur et le mien

Ont une grande ressemblance.

Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien ,

Leurs soins me prouvent le contraire :

Rien n'est vrai comme ce qu'on sent.

Pour un oiseau reconnoissant

Un bîenfiûteur est ^Hiis qu'un pèse.

LIYâE L 4>

FABLE VI

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