‹ Œuvres FablesChapitre 59 sur 131 · LE DERVIS, LA CORNEILLE ET LE FAUCON · texte numérisé non relu

LE DERVIS, LA CORNEILLE ET LE FAUCON

Us de ces pieux solitaires Qui , détachant leur cceur des choses d'ici bas, Font vœu de renoncer à des biens qu'ils n'ont pas.

Pour vivre du bien de leurs frères , 17n dervis , en un mot , s'en aîloit mendiant

Et priant ; Lorsque les cris plaintifs d'une jeune corneille , Par des parents cruels laissée en son berceau , Presque sans plume ei^cor , vinrent à son oreiUe. Notre dervis regarde , <st toit le pauvre oiseau Allongeant sur son nid sa tête demi-nue :

Dans l'instant , du haut de la nue ..

ii6 FABLES.

Ud &ucon descend vers ce nid;

Et, le bec rempK de pâtore,

n apporte sa nomriture

A l'orpheline qui gémit.

O du puissant Alla providence adorable !

S'écria le dervis : plutôt qu'un innocent Périsse sans secours , tu rends compatissant

Des oiseaux le moins pitoyable !

Et moi , fils du Très-Haut , je chercherois mon pain !

Non , par le prophète j'en jure , Tranquille désormais, je remets mon destin A celui qui prend soin de toute la natnre.

Cela dit, le dervis, couché tout de son long,

Se met à bayer aux corneilles , De la création admire les merveilles.

De l'univers l'ordre profond.

Le soir vint ; notre solitaire Eut un pieu d'appétit en faisant sa prière :

C(? n'est rien , disoit-il ; mon souper va venir. Le souper ne vient point. Allons , il &ut dormir , Ce sera pour demain. Le lendemain , l'aurore

Paroit , et point de déjeuner.

Ceci commence à l'étonner ;

Cependant il persiste encore , Et croit à chaque instant voir venir son dîner. Personne n'arrivoit ; la journée est finie , Et le dervis à jeun voyoit d'un œil d'envie

Ce fiiucon qui venoit toujours

Nourrir sa pupiUe chérie.

Toui à coup il l'entend lui tenir ce discours :

Tant que vous n'avez pu , ma mie ,

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