L'AIGLE ET LA COLOMBE
A MADAME DE MOHTESSON. -
y) vous qui sans esprit plairiez par vos attraits | Et de qui l'esprit seul suffiroit pour séduire , Vous qui du blond Phébus savez toucher la lyre^
Et de l'Amour lancer les traits ,
Toute louable que tous êtes , . Je ne tous louerai point ; allez , rassurez-vous :
Ce seroit vous mettre en courroux, Je le sais ; cependant les belles , les pçetes Aiment assez l'encens ; vous êtes tout cela , Et vous ne l'aimez point : j'en resterai donc là ;
Mais, ne vous fâchez pas, si j'ose Parler toujours de vous en parlant d'autre chose.
Un aigle, fils des rots de l'empire de l'air,
Sur le soleil fixant sa vue , Ne vivoit, ne planoit qu'au-delà de la nue, Et ne se reposoit qu'aux pieds de Jupiter.
Cet aigle s'ennuyoit; le soleil et l'olympe,
Lorsque sans ofisse l'on y grimpe |
i3o FABL^.
Finissent par être ennoyeux.
Notre aigle donc , latai^ dea cieiui »
Deacend sur un rocher. Près de lui rient ae rendre Une blanche colombe , aux yeux doù, à l'air tendre, Et dont le seul aspect £iisoit passer au cœur Ce cahne qui toujours annonce le bonheur.
L*aigle s'approche d'elle, et, plein de confiance,
Lui raconte son déplaisir.
La colombe répond : (Petite est ma science, Mais je crois cependant que je peux vous guérir^
Daignez me suivre dans la plaine.
Elle dit , l'aigle part La colombe 1q mène Dans les vallons fleuris , au bord des clairs ruisseaux*,
Lui montre mille objets nouveaux ,
Le fait reposer sous l'ombrage.
Ensuite le conduit sur de riants coteaux,
Et puis le ramène au bocage ,
Où du rossignol le ramage
Faisoit retentir les échos :
Ce n'est tout , elle sait encore Doubler chaque plaisir de son royal amant
Par le chatme du sentiment.
De plus en plus , l'aigle l'adore ; /
Bientôt ils s'unissent tous deux ;
Leur félicite s'en augmente ;
"Et , lorsque notre aigle amoureux Vouloit remercier son épouse charmante D'avoir enfin trouvé l'art de le rendre heureux, n lui disoit d'une voix attendrie :
Le bonheur n'est pas dans les deux ;
Il est près d'une bonne ooiie.