‹ Œuvres FablesChapitre 72 sur 131 · L'AIGLE ET LA COLOMBE · texte numérisé non relu

L'AIGLE ET LA COLOMBE

A MADAME DE MOHTESSON. -

y) vous qui sans esprit plairiez par vos attraits | Et de qui l'esprit seul suffiroit pour séduire , Vous qui du blond Phébus savez toucher la lyre^

Et de l'Amour lancer les traits ,

Toute louable que tous êtes , . Je ne tous louerai point ; allez , rassurez-vous :

Ce seroit vous mettre en courroux, Je le sais ; cependant les belles , les pçetes Aiment assez l'encens ; vous êtes tout cela , Et vous ne l'aimez point : j'en resterai donc là ;

Mais, ne vous fâchez pas, si j'ose Parler toujours de vous en parlant d'autre chose.

Un aigle, fils des rots de l'empire de l'air,

Sur le soleil fixant sa vue , Ne vivoit, ne planoit qu'au-delà de la nue, Et ne se reposoit qu'aux pieds de Jupiter.

Cet aigle s'ennuyoit; le soleil et l'olympe,

Lorsque sans ofisse l'on y grimpe |

i3o FABL^.

Finissent par être ennoyeux.

Notre aigle donc , latai^ dea cieiui »

Deacend sur un rocher. Près de lui rient ae rendre Une blanche colombe , aux yeux doù, à l'air tendre, Et dont le seul aspect £iisoit passer au cœur Ce cahne qui toujours annonce le bonheur.

L*aigle s'approche d'elle, et, plein de confiance,

Lui raconte son déplaisir.

La colombe répond : (Petite est ma science, Mais je crois cependant que je peux vous guérir^

Daignez me suivre dans la plaine.

Elle dit , l'aigle part La colombe 1q mène Dans les vallons fleuris , au bord des clairs ruisseaux*,

Lui montre mille objets nouveaux ,

Le fait reposer sous l'ombrage.

Ensuite le conduit sur de riants coteaux,

Et puis le ramène au bocage ,

Où du rossignol le ramage

Faisoit retentir les échos :

Ce n'est tout , elle sait encore Doubler chaque plaisir de son royal amant

Par le chatme du sentiment.

De plus en plus , l'aigle l'adore ; /

Bientôt ils s'unissent tous deux ;

Leur félicite s'en augmente ;

"Et , lorsque notre aigle amoureux Vouloit remercier son épouse charmante D'avoir enfin trouvé l'art de le rendre heureux, n lui disoit d'une voix attendrie :

Le bonheur n'est pas dans les deux ;

Il est près d'une bonne ooiie.

Page 1