‹ Œuvres FablesChapitre 75 sur 131 · L'ÉCUREUIL, LE CHIEN ET LE RENARD · texte numérisé non relu

L'ÉCUREUIL, LE CHIEN ET LE RENARD

U V gentil écureuil étoit le camarade,

Le tendre ami d'un beau danois.

Un jour qu'ils voyageoient comme Oreste et Pylade,

La nuit les surprit dans un bois» '

En ce lieu point d'auberge ; ils eurent de la peine

A trouver où se bien coucher.

Enfin le chien se mit dans le creux d'an vieux chêne , Et l'ëcuceuil plus haut grimpa pour se nicher.

Vers minuit, c'est l'heure des crimes,

Long-temps après que nos amis , En se disant bon soir , se furent endormis , Voici qu'un vieux renard, afiàmë de victimes, Arrive au pied de l'arbre ; et levant le museau,

Voit Tëcureuil sur un rameau.

Il le mange des yeux , humectfe de sa langue Ses lèvres , qui de sang brûlent de s'abreuver. Mais jusqu'à l'écureuil il ne peut arriver j

Il faut donc , par une harangue , L'engager à descendre ; et voici son discours i

Ami , pardonnez , je voi^ prie , Si de votre sommeil j'ose troubler le cours ; Mais le pieux transport dont mon âme est remplie Ne peut se contenir : je suis votre cousin

Germain;

ia6 FABLES.

Votre mire ëtoit sœur de feu mon digne père.

Cet honnête homme , hëlas ! à son heure dernière , M*a tant recommandé de chercher son neveu,

Pour lui donner mohié du peu Qu'il ma laisse de bien I Venez donc , mon cher frère »

Venez , par un embrassemeut , Combler le doux plaisir que mou àme ressent Si je pou vois monter jusqu'aux lieux où vous êtes, Oh ! j'y serois déjà, sôyez-en bien certain.

Les écureuils ne sont pas bétes,

Et le mien éfbit fort malin.

Il reconnoît le patelin , Et répond d'un ton doux : Je meurs d'impatience

De vous embrasser y. mon cousin ; Je descends : mais , pour mieux lier la connoissance , Je veux vous présenter mon plus fidèle ami , Un parent qui prit $pin de nourrir mon enûiioe ; Il doit dans ce trou-là : frappez un peu ; je pense Que vous serez charme de le connoitre aussi.

Aussitôt maître reùard frappe , Croyant en manger deux : mais le fidèle chien

S'élance de l'arbre, le happe,

Et vous l'étrangle bel et bien.

Ceci prouve deux pointa : d'abord , qu'il est utile Dans la douce amitié de placer son bonheur ; Puis , qu'avec de l'esprit , il est souvent facile Au piège qu'il nous tend de surprendre un trompeur.

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FABLE m,

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