LE HIBOU ET LE PIGEON
i^uE mon sort est afi'reuz ! s'écrioit un hibou : Vieux, infiime, souffrant, accablé de misère,
Je suis isolé sur la terré, Et jamais un oiseau n'est venu dans mon trou Consoler un moment ma douleur solitaire.
Un pigeon entendit ces mots ,
Et courut auprès du malade :
Hélas ! mon pauvre camarade,
Lui dit-il , je plains bien vos maux.
Mais je ne comprends pas qu'un hibou de votre âge
Soit sans épouse , sans parenits ,
Sans en£mts ou petits-enfants.
N'avez-vous point serrai les nœuds du mariage
i4o FABLES.
Pendant le conn de tos beaux ans?
Le hibon répiMidit : Non, Traiment , maa dier frère ;
Me marier ! Et pourquoi ùânl
J'en oonnoissois trop le danger.
Vottliez-Tons que je phase une jeune chouette
Bien étourdie et bien coquette , Qui- me trahit sans cesse on me fît enrager ; Qui me donnât des £Qs d'un méchant caractère,
Ingrats , menteurs , mauvais sujets , Désirant en secret le trépas de leur père?
Car c'est ainsi qu'ils sont tous £dts.
Pour des parents , je n'en ai gu^ , Et ne les vis jamais : ils sont durs , exigeants ,
Pour le moindre sujet s'irritent ,
N'aiment que ceux dont ils héritent ; Encor ne &ut-il pas qu'ils attendent long-temps. Tout frère ou tout cousin nous^éteste et nous pille.
Je ne suis pas de votre avis , Répondit le pigeon. Mais parlons des amis ;
Des orphelin^ c'est la famille :
Vous avez dti près d'eux trouver quelques douceturs.
— Les amis ! ils sont tous trompeurs.
J*ai connu deux hiboux qui tendrement s'aimèrent
Pendant quinze ans, et, certain jour,
Pbur une souris s'égorgèrent.
Je cprois à l'amitié moins encor qu'à l'amour.
— Mais ainsi , Dieu me le pardonne !.
Vous n'avez donc aimé personne ?
— Ma foi non , soit dit entre nous.
—En ce ca»-là,mon cher, de quoi vous plaig^ieab^Toiu?
LITRE ly. l4i
FABLE VI
LA VIPÈRE ET LA SAlïGSUE.
iJ À vipère disoit un ioar il la sangsue:
Que notre sort est différent !
On vous cherche, on me fîiit: si l'on peut, on me tues
Et vous, aussitôt qu'on vous premi^
Loin de craindre votre blessure,
L'homme vous donne de son sang
Une ample et bonne nourriture :
Cependant vous et moi faisons même piqûre.
La citoyenne de l'étang
Répond : Oh que nenni , ma chère ; La vôtre fait du mal , la mienne est salutaire. Par moi plus d'un malade obtient sa guërison. Par vous tout homme sain trouve une mort cruelle. Entre nous deux , je crois , la différence est belle :
Je- suis remède , et vous poison.
Cette fable aisément s'explique; C'est la satire et la critique.
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FABLE VIL