‹ Œuvres FablesChapitre 78 sur 131 · LE HIBOU ET LE PIGEON · texte numérisé non relu

LE HIBOU ET LE PIGEON

i^uE mon sort est afi'reuz ! s'écrioit un hibou : Vieux, infiime, souffrant, accablé de misère,

Je suis isolé sur la terré, Et jamais un oiseau n'est venu dans mon trou Consoler un moment ma douleur solitaire.

Un pigeon entendit ces mots ,

Et courut auprès du malade :

Hélas ! mon pauvre camarade,

Lui dit-il , je plains bien vos maux.

Mais je ne comprends pas qu'un hibou de votre âge

Soit sans épouse , sans parenits ,

Sans en£mts ou petits-enfants.

N'avez-vous point serrai les nœuds du mariage

i4o FABLES.

Pendant le conn de tos beaux ans?

Le hibon répiMidit : Non, Traiment , maa dier frère ;

Me marier ! Et pourquoi ùânl

J'en oonnoissois trop le danger.

Vottliez-Tons que je phase une jeune chouette

Bien étourdie et bien coquette , Qui- me trahit sans cesse on me fît enrager ; Qui me donnât des £Qs d'un méchant caractère,

Ingrats , menteurs , mauvais sujets , Désirant en secret le trépas de leur père?

Car c'est ainsi qu'ils sont tous £dts.

Pour des parents , je n'en ai gu^ , Et ne les vis jamais : ils sont durs , exigeants ,

Pour le moindre sujet s'irritent ,

N'aiment que ceux dont ils héritent ; Encor ne &ut-il pas qu'ils attendent long-temps. Tout frère ou tout cousin nous^éteste et nous pille.

Je ne suis pas de votre avis , Répondit le pigeon. Mais parlons des amis ;

Des orphelin^ c'est la famille :

Vous avez dti près d'eux trouver quelques douceturs.

— Les amis ! ils sont tous trompeurs.

J*ai connu deux hiboux qui tendrement s'aimèrent

Pendant quinze ans, et, certain jour,

Pbur une souris s'égorgèrent.

Je cprois à l'amitié moins encor qu'à l'amour.

— Mais ainsi , Dieu me le pardonne !.

Vous n'avez donc aimé personne ?

— Ma foi non , soit dit entre nous.

—En ce ca»-là,mon cher, de quoi vous plaig^ieab^Toiu?

LITRE ly. l4i

FABLE VI

LA VIPÈRE ET LA SAlïGSUE.

iJ À vipère disoit un ioar il la sangsue:

Que notre sort est différent !

On vous cherche, on me fîiit: si l'on peut, on me tues

Et vous, aussitôt qu'on vous premi^

Loin de craindre votre blessure,

L'homme vous donne de son sang

Une ample et bonne nourriture :

Cependant vous et moi faisons même piqûre.

La citoyenne de l'étang

Répond : Oh que nenni , ma chère ; La vôtre fait du mal , la mienne est salutaire. Par moi plus d'un malade obtient sa guërison. Par vous tout homme sain trouve une mort cruelle. Entre nous deux , je crois , la différence est belle :

Je- suis remède , et vous poison.

Cette fable aisément s'explique; C'est la satire et la critique.

i42 FABLES.

FABLE VIL

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