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ib veulent ailler prendre leurs cuirasses , ils se précipitent vers les barrières ; mais les Zégris les poursuivent , les pressent , les immolent dans l'étroit passage. C'en était fait , dans ce jour affreux , de cette vaillante famille , si mon frère , qui s'était armé , n'avait tout à coup paru dans la place , et , soutenant seul l'effort des vainqueurs, n'eût favorisé les Abencerrages. Les Zégris s'échappent par une autre issue , se répandent par toute la ville , criant : Aux armes ! aux armes ! Vive notre roi Boabdil ! Mulei-Hassem cesse de régner ! Le peuple , acheté par eux , grossit leur troupe rebelle ; Grenade se soulève en un moment. Les portes dès maisons se ferment , cent mille lances brillent dans les rues , des cris affreux remplissent les airs. Boabdil , au milieu des Zégris , attise le feu de la révolte ; il est proclamé roi par les factieux , et marche au même instant à l'Ai cambra, suivi d'une troupe innombrable.
Mulei-Hassem s'était retiré dans ce palais , presque seul avec sa famille. Nous le pressions d'ans nos faibles bras, nous cherchions à le rassurer , tandis qu'un effroi mortel nous était la voix et les forces. Ce bon roi , sans crainte pour lui même , n'était occupé que de ses sujets ; c'était pour eux seuls qu'il versait des
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larmes et qu'il implorait l'Éternel : O Allah, s'écrrait-il , en élevant ses bras tremblans , brise mon sceptre , mais sauve mon peuple :
pardonne -lui ses foreurs; on le trompe , ou l'entraîne au crime : ne le punis pas , ô Dieu ite bonté !
Almanzor songe à nous défendre : il rassemble les gardes épars , donne des armes aux esclaves , fait fermer les portes d* l'Alhambra , dispose des archers sur les tours , et luimême , au-dessus de la plate-forme , se montre appuyé sur cette lance qui fait trembler les Zégris.
Bientôt il voit arriver les braves Abencerrages / couverts de l'acier brillant transportés de fureur et d'indignation. Les Almorades, les Alabez, d'autres tribus fidèles à leur -roi,' viennent mourir ou le défendre ; et dédaignant d'attendre l'ennemi derrière les murs du palais , ils se rangent devant les portes.. Almanzor vole au milieu d'eux : mille cris s'élèvent en voyant ce béros. D'autres cris aussitôt leur répondent ; et les Zégris , les Vanégas , les Gomèles , avec Boabdil , paraissent , suivis d'un peuple effréné. .
L'aspect d'Almamor les arrête. Un profond silence succède au tumulte : ils hésitent à porter leurs mains sur le héros de Grenade , sur
LIVRE II. 25g le digne objet de leur admiration. Mais, ranimés par Boabdil , ils serrent leurs rangs , ils baissent leurs lances -, et les trompettes de part et d'autre vont donner l'horrible signal , lorsqu'on voit s'ouvrir tout à coup les portes de l'Alhainbra. Mulei - Hassem , tenant dans ses mains le sceptre avec la couronne , s'avance entre les deux armées.
Arrêtez , s'écria- 1- il- j et n'attirez pas le courroux du ciel en répandant le sang de vos frères : ménagez ce sang précieux, dont vous aurez besoin contre l'Espagnol. Abencerrages , Zégris, tremblez de vous forger des chaînes; oubliez vos fatales discordes , «et réservez votre valeur contre vos communs ennemis. Vous êtes offensés, dites- voua : ne le suis-je pas moi-même ? Apprenez comment on se venge.
Peuple de Grenade, mon. règne: t'a lassé, il est fini dès cet instant. Ta m'as repris ton amour, je ne veux plus de ta couronne. Viens la recevoir., Boabdil ; viens prendre ce sceptre* que tu désires , et que peutrétre tu trouveras : pesant. Approche , mon fils , approche , et cesse de t'étonner. Regarde ces cheveux blancs : as-tu pensé que , pour ce peu de jours qui me restait enc )re à régner, je ferais égorger mon peuple ? Ah! Boabdil , Boabdil ,, mon cœur jamais ne te fut connu. Tu l'as trop souvent
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déchiré ; mais ton père te pardonne tout , si tu rends heureux tes nouveaux sujets , si ta justice et ta bienfaisance les empêchent de se repentir de ce qu'ils font aujourd'hui pour toi.
En prononçant ces paroles , l'auguste vieillard présente à son fils et la couronne et le sceptre. Boabdil , terrassé par son crime , de-, meure immobile et les yeux baissés. 11 n'ose envisager son père , il ne peut faire un seul pas vers lui. Mulei le prévient s'avance , pose sur son front , qui rougit , ce diadème , objet de ses vœux. Ensuite , se retournant vers les deux troupes interdites : Abencerrages , dit-il , saluez le roi de Grenade ; et vous , Zégris , jurez la paix à vos généreux ennemis.
A ces mots , le peuple enivré crie : Vive le roi Boabdil ! vivent les Abencerrages , les Zégris et Mulei-Hassem ! Boabdil est conduit en pompe dans le palais de l'Alhamhra. Mon père, suivi d'Almanzor, de Moraime et de moi, se retire dans l'Albayzin, ancienne demeure des premiers rois maures.