‹ Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre (volume 3)Chapitre 18 sur 56 · PL. II · texte numérisé non relu

PL. II

Ia3

p ys.

aussi appKqués à cultiver leur esprit qu'à faire fleurir leur commerce, et enfin quelques personnes qui excellent dans les beauxarts. Ces nouveaux membres sont presque tous de votre connaissance. Quelques-uns sont même de vos intimes amis. Je suis sûr que vous les auriez indiqués, si on vous avait consulté sur le choix.

Vous vo}ez bien, Monsieur, qu'il n'y a qu'à gagner dans cette augmentation , car ce qu'il y a de commode, c'est qu'elle n'épuise point les finances de la République. Ceux qui acceptent ces emplois, ne se proposent que de servir le public d'une manière tout à fait désintéressée. Les bibliothécaires, quoique plus assujettis que les autres directeurs , ne coûtent guère plus à l'Etat. Vous remarquez , dans votre lettre sur cet office, que les princes lui assignent des honoraires , mats que dans bien des républiques , ce soni quelques curieux ecclésiastiques qui se char" gent de ce sotVi, plutôt par amour pour les sciences que pour au^ cune autre récompense qu\ls attendent du magistrat. Voilà précisément le cas des nôtres. Il est vrai qu'on leur donne un logement attenant à la biblioUièque, pour être plus à portée de loi donner leurs soins.

Voici un trait par où vous pourrez juger du zèle désintéressé de nos nouveaux directeurs. M. LuUin, professeur d'histoire ecclésiastique, est cehii sur lequel on a jeté les yeux pour avoir ses avis sur ce genre de livres. Mais, au lieu de quelques conseils qu'on lui demandait, et dont on est ordinairement fort libéral, fl a débuté par de magnifiques présents. Il a enrichi notre bibliothèque de plusieurs livres rares et curieux qu'il a tirés de la sienne.

Le plus considérable est un très-ancien manuscrit de quelques sermons de saint AugusUn, sur du papier d'Egypte. II vous est sans doute connu par la mention honorable qu'en ont faite plusieurs savants dans ce genre de littérature. Le père Mabillon commença à le faire connaître dans son beau traité De re di" plomalica., p. 35, et il en fit même graver une page, pour met-

ire soas les yeux du lecteur la forme des caractères. Le père de Mont&ucon en fait aussi meution dans une dissertation sur le papier d'Egyple, qu'il lut dans r\cadémie des Inscriptions, an mois de février 1720. Elle a été imprimée depuis dans les Jtfifmaires de litUraiure , t. VI , p. 592, édition de Paris. Après avoir décrit un précieux manuscrit des Epitres de saint Augustin sur du papier d'Egypte, qu*il avait acquis pour la bibliothèque de l'abbaye de Saini'Germain^$^Pri$^ il ajoute qu'il y en avait un semblable et de la même antiquité , qui appartenait autrefois k M. Pétau, mais il avoue qu'î/ n a jamais pu voir ce ma-* nuscrit , et quil ne sait ce gu't'I est devenu.

Ce savant religieux ne tarda pas longtemps k satisfaire sa curiosité. M. LuUin étant k Paris cette même année, trouva le moyen de fouiller dans les débris de la bibliothèque de M. Pétau, et y décx)uvrit de précieux restes dont il fit l'acquisition. Il commença par ce manuscrit sur papier d'Egypte , et dès qu'il put en disposer, il le porta au père de Mont&ucon, qui l'examina k son aise. Ce fut en avril 1720. Il pria cet expert de donner son jugement sur l'âge du manuscrit; ce qu'il fit. On voit k la lête une déclaration signée de la main de ce religieux , par laquelle il le juge du sixième siècle, ou, pour le plus tard, du commencement du septième. Le manuscrit, muni de cette attestation, partit incessamment pour Genève. Un peu de diligence n'était pas inutile dans cette occasion. Je crois même que vous serez surpris, comme je l'ai été, qu'une pièce aussi curieuse soit sortie de Paris, sans opposition, et, par manière de dire, la tête levée.

Depuis ce temps-lk, le père de Monifaucon a parlé de ce manuscrit dans quelques-uns de ses autres ouvrages, mai^ comme témoin oculaire. Dans son supplément de Y Antiquité expliquée^ t. m, p. 211, il dit « qu'ayant lu sa dissertation sur le papier « d'E^pte, k une assemblée publique de l'Académie, celui qui « en était le maître jugea que son manuscrit était de grand prix, t et qu'il le vendit fort avantageusement. > Il nomme ensuite

le nouveau possesseur, mais en défigurant, son nom. On retrouve précisànent le même narré dans sa Bibliothèque des Manuscrits^ t. n, p. 1123 : le nom du possesseur toujours également méconnaissable.

Les auteurs de la BibUothique raisonnée, dans l'extrait de ce dernier ouvrage du père de Montfaucon, trouvèrent que ce manuscrit méritait qu'on y insistât un peu. Mais, par une petite équivoque, fort naturelle k ceux qui sont obligés d'écrire vite et que les libraires pressent, ces messieurs confondirent les deux manuscrits de papier d'Egypte dont parle le père de Montfaucon, et n'en firent qu'un. Le pis était qu'après l'avoir fait acheter à M. Lullin, ils le lui Ëdsaient revendre au religieux bénédictin pour la bibliothèque de son monastère {BibL rais.X XXIII, 1 64). On se vit obligé d'envoyer un petit mémoire de Genève pour rectifier ce narré et rétablir le nom du possesseur, si fort altéré qu'on l'aurait demandé inutilement dans notre ville. On lui rend son nom et ses véritables sentiments contre ceux qui l'avaient travesti en marchand de manuscrits. Dans ce mémoire, on apprend au public qu'il destinait ce morceau antique à la bibliothèque de Genève, et qu'il s'en réservait seulement la jouissance encore quelques années \ Ce terme a été fort abrégé, comme vous voyez, et le présent ne s'est pas fait attendre.

D n'est pas nécessaire. Monsieur, de vous faire sentir tout le mérite de cet acte de générosité; vous savez que cet habile professeur a lui-même une l)elle bibliothèque , qu'il a occasion de montrer aux gens de lettres qui passent par notre ville. Rien n'était plus naturel que de se faire honneur de ce rare manuscrit, après l'heureux hasard qui le lui avait procuré, et la somme considérable qu'il lui avait coûté ; mais avec les sentiments nobles qa'on lui connaît, il a jugé, sans doute, que la véritable manière de s'en faire honneur était d'en faire présent au public, suivant cette belle maxime , qu'il tCy a rien que Von possède plus véritablement^ que ce que Von a su donner à propos.

* BiUiathèque raisarmée, 1740, t. XXIV, p. 227.

Je ne sais si M. LuIIin vous fit voir ce manuscril dans le petit voyage que vous files à Genève Tété dernier. En tout cas , je vais vous en marquer encore quelques particularités. C'est un in-folio peu épais. Il contient quelques Sermons de saint Augustin ; mais comme il y en a peu d'entiers, on doit plutôt l'appeler des fragments de sermons de ce père de l'Eglise. Le premier roule sur la conversion de saint Pau/, mais le commencement n'y est pas. Celui dont le père Mabillon a hit graver la première page, est le sermon De Tempore. D (ut choisi, sans doute, parce qu'on en a le commencement, et qu'il y a à la tête une ligne de lettres majuscules. Il débute de cette manière :

CUM DIVINAE SCRIPTURAE , etc.

Malgré l'antiquité de ce manuscrit, il est fort lisible et assez bien conservé. Les marges du papier d'Egypte sont seulement un peu effilées, mais sans entamer l'écriture. Ce qui a beaucoup contribué à le maintenir , c'est une précaution qu'avaient les anciens d'entremêler quelques feuillets de parchemin parmi le papier d'Egypte, pour le soutenir. Sans cela, une matière aussi mince et aussi fragile étant maniée fréquemment, n'aqcaitpas manqué de dépérir dans un certain nombre d'années. Dans notre manuscrit, après cinq ou six feuillets de papier d'Egypte, on en trouve r^ulièrement deux de parchemin qui lui servent de gardes et de soutien , mais où l'écriture est continuée comme sur le papier.

Resterait k tâcher de deviner d'où ce manuscrit est venu ori- (^nairemenl. D aurail été à souhaiter que le père de MootEaiQcon eût essayé d'en faire l'histoire, comme il l'a Ëûte du semblable qu'ils ont à Saint-Germain-des-Prés, et qu'il prétend avoir appartenu autrefois k l'église d^Saint-Just de Narbonne. A son défaut, on a hasardé une conjecture là-dessus dans le mémoire qui a été inséré dans la Bibliothèque raisonnée. On le fait venir de Fleuri^sur- Loire ^ ancien monastère de bénédictins, situé à 3ept ou huit lieues d'Oriéans. Cette abbaye était fort riche en

manuscrits rares, mais elle fut pillée dans les guerres de religion. Un particulier d'Orléans travailla, quelques années après, à ramasser les débris de cette bibliothèque, et la meilleure partie de ce qui fut sauvé parvint ensuite k Paul Pétau, conseiller, au commencement du dix-septième siècle.

Cave , dans son f/tsfotre liuéraire \ confirme cette conjecture, n nous fait l'histoire d'un manuscrit k qui le père Morin donnait neuf cents ans d'antiquité, qui, quelque temps après la dispersion de la bibliothèque de Fleuri, arrivée en 1 562, parvint aussi à celle du conseiller Pétau. C'est le Codex sacrammta' ms du pape Gélase II. La conformité de sort entre ces deux manuscrits semble indiquer qu'ils ont eu la même origine.

Ce (ut Alexandre Pétau, fils de Paul, qui fit relier le manuscrit de papier d'Egypte tel que nous l'avons présentement. Son nom parait en or sur le dos, et ses armes sur le plat de la couverture, avec sa devise : Non est mortale quod aplo. On prétend qu'au dernier mot il y a une petite allusion au nom de Petau^ suivant le mauvais goût de ce temps-là. Mais vous êtes assez équitable pour ne pas juger de son tour d'esprit par ce jeu de mots. Son bon goût est connu du public par sa riche bibliothèque, qui était surtout assortie de quantité de raretés antiques. Il était lui-même grand antiquaire, et a fait du bruit par ses écrits.

Vous savez que notre bibliothèque publique possédait déjà un contrat de vente sur du papier d'Egypte, mais qui n'est que d'une simple feuille volante , et par conséquent nullement comparable au manuscrit qui vient d'y entrer. D'ailleurs, il est en caractères lanJ>ards ou mérovingiens^ qui ne sont que pour les initiés dans les mystères de la diplomatique. Je sais bien que quelques savants prétendent que ce sont simplement des lettres ctirsives romaines, mais ce dernier sentiment n'en rend pas la lecture plus facile. Le style en est presque aussi barbare que les caractères. Vous avez vu la mention qu'en a faite le

* Page 399, édition de Genève.

marquis Mailei dans son Histoire dtplamaliquej p. 1 68. fl en a donné TexpUcation, mais il y a représenté plusieurs lacunes qui ne sont point dans l'original. D n'y manque que deux ou trois mots de la première ligne. Tout le reste est entier. Ce savant antiquaire donne à ce contrat 1100 ans d'antiquité. D passa à Genève en 1732, et admira comment un feuillet si mince, d'une matière qui semble avoir peu de consistance, avait pu échapper, pendant tant de siècles, à l'eau, aux rats, aux vers et à la pourriture. Il est vrai que ceux qui ont taii l'histoire du papyrus prétendent qu'il est beaucoup plus durable qu'il ne parait. Ds nous apprennent qu'il est moins sujet k se couper, k pourrir et k se gâter que le papier ordinaire. Ds nous disent, pour le prouver, qu'autrefois en Egypte on en disait des habits, et même des souliers. On sera moins surpris qu'on l'ait employé k ces usages , si l'on se rappelle qu'il pleut fort rarement dans ce pays-lk.

Quelques autres pièces rares de la bibliothèque Pétau ont aussi versé dans la nôtre, et par le même canal que les Sermons de saint Augustin. Je ne m'arrête point k vous décrire un beau manuscrit du &meux Roman de la Rose, avec des miniatures : il parait être de la date de l'ouvrage même. Je viens k un autre manuscrit plus singulier, puisqu'il n'est ni sur du papier, ni sur du vélin, ni sur aucune autre matière des manuscrits ordinaires. D est sur des planches de bois cirées, suivant un usage que l'on trouve déjk dans Homère. Cependant, Monsieur, ne vous attendez pas qu'il soitr de la haute antiquité , puisqu'il renferme la dépense journalière de Philippe le Bel, roi de France. Ce sont les comptes tout au plus de cinq ou six mois. Il est étiqueté de cette manière : Ratûmarium^ seu Compalum expensarum regiœ domtis Philippi Pulchri. Je pourrai vous en donner la notice dans la suite, si vous le souhaitez. Mais il me semble qu'en voilk assez pour cette fois.

Je suis, etc.

SECONDE LETTRE A H. BOURaUET SUR LA BIBLIOTHÈQUE

DE GENÈVE

(Kflyqoe, soit tablettes <le cire (le Philippe le Bel — Tissas d*écorce dVbre.)

(Journal Helvétique y Ayril 1742 )

Monsieur,

Après vous avoir donné la notice du beau manuscrit en papier d'Egypte, dont M. Luilin a &it présent depuis peu k notre bibliothèque publique, je vous marquais qu'il ne s'en était pas tenu là, et qu'il l'avait encore enrichie de plusieurs autres pièces curieuses qu'il avait tirées de la même source que les Sermons de saint Augustin. J'avais commencé à vous parler de certaines tablettes cirées, (}bi sont un genre de manuscrits bien rares dans les bibliothèques. Les savants ont beaucoup parlé de ces tablettes des anciens, mais on doute qu'aucun d'eux en ait vu. Celles que l'on vient de qous donner sont peut-être uniques dans leur espèce. J'avoue qu'elles ne sont pas d'un siècle fort éloigné du nôtre , cependant elles sont dans le goût de la plus hante antiquité , et c'est ce qui doit les rendre précieuses. Je vais commencer par les décrire.

Ce sont plusieurs planches d'un bois fort mincAt de la grandeur d'un petit folio assez étroit. Chacune de ces planches est encadrée comme les ardoises des boutiques de nos marchands; elle était, sans doute, fort unie quand on l'y eut mise ; mais le temps y a fait beaucoup de gersures, et en a même enlevé quelques morceaux considérables. La bordure étant plus épaisse que la planche même, elle prévenait le frottement d'une planche cirée contre sa voisine, qui aurait pu sans cette précaution effacer l'écriture. Voilà le fond sur lequel, avec un style ou poinçon dé-

lié, on écrivait ce qu'on voulait. Six de ces (ablettes furent reliées ensemble vers le milieu du siècle passé : il y a apparence qu'il s'en est perdu quelques-unes.

Le marquis Maffei , dans son Histoire diplomatique^ a donné à ces tablettes de bois le nom de diptyques^ mot tiré du grec qui signifie une chose qui se plie en deux, mais qui, par une petite extension , ne désignait pas moins un livre composé de cinq ou six planches. On les appelait proprement diptyques^ pour les distinguer des livres qui se roulaient, et à qui on donnait le nom de volumes. Quoique les diptyques fussent quelquefois d'ivoire, il parait par des vers d'Ovide, qui vous sont connus, qu'ils étaient plus ordinairement de bois.

En voilà assez sur la matière et la forme de ces tablettes ; vous attendez, sans doute, Monsieur, que je vous en donne plus en détail la notice , et que je vous informe de ce qu'elles renferment. Je suis plus en état de le £ûre présentement que lorsque j'eus l'honneur de vous écrire la première fois. Je vous marquai simplement alors que c'étaient des Comptes de la maison de Philippe le Bel, roi de France, et cela sur la foi d'un titre qu'Alexandre Pétau avait fait mettre au dos du livre. Un habile homme de notre ville n'a pas voulu s'en fier tout à £ût à cette étiquette. Il a examiné ces tablettes, s'est familiarisé avec l'écriture, qui est fort difficile à lire, et chargée d'abréviations. Malgré ces obstacles , il a heureusement déchiffré tout ce qai reste d'entier. U est convaincu que le titre est juste , et qu'il s'agit bien de^ dépense de Philippe le Bel. D est vrai qu'on ne l'y nomme que le roi notre seigneur, dominus rex. Mais il est fait mention de son père Philippe, de son frère Charles, et de deux de ses fils, l'un qui s'appelait Philippe et l'autre Charles. Ceux qui ont étudié l'histoire de France verront bientôt que cette parenté ne peut convenir qu'à notre Philippe le Bel. D était fils de Philippe le Hardi ; il était frère de Charles de Valois, et père de PhiUppe le I^ong et de Charles le Bel, qui lui succédèrent après la mort de leur frère aine, Louis le Hutin, désigné en

quelques endroits de ces tablettes par le titre de roi de Navarre, qui lui fut donné en octobre 1 307.

La date de ces comptes, c'est-k-dire, la date de l'année où ils ont été tenos , ne parait nulle part. U a fallu aussi la reconnaître à certains indices. La date du jour est toujours marquée exactement, mais k la manière du peuple de Paris , qui encore aujourd'hui la désigne par le voisinage de quelque fête. On ne parle jamais du quantième du mois dans ces comptes; mais on oaàrque le jour de la semaine qui a précédé ou suivi une fête. Donné tant^ dit-on, à un tel^ un tel jour de la semaine, veille de la Samt'André. Les fêtes mobiles surtout, et quelques autres caractères, ont fait reconnaître Tan 1 308. Ces comptes sont pour les six derniers mois de cette année-là. J'oubliais de vous dire que tous les articles sont couchés en latin, et en assez mauvais latin, tel qu'on le parlait alors. Un des premiers regarde la fauconnerie , qui était fort à la mode dans ce temps-là. Tant on tel jour, marque le trésorier, pro quodam falcone presentalo régi, *

L'article des chevaux achetés revient fréquemment. Ils sont désignés par des noms différents, et le prix varie selon l'espèce. Tant pour un cheval de bât, summarius; tant pour un roussin, roneinus; tant pour un palefroi, palefredus; tant pour un cheval de bataille , magnus equus. Les articles qui reviennent le plus souvent, sont les offrandes ou aumônes données à l'Eglise, et les articles du jeu, pro oblaliontbus et pro ludo. L'im suit ordinairement l'autre. Voici conunent l'artide du jefl est couché : Pro ludo, die naiivitatts Domini^ apud Castrum novum super Li" gervn^ XXX florenos parisinos valentes XVII librcLs.

n semble d'abord que le détail de la dépense domestique d'un prince n'est pas quelque chose de fort intéressant , siurtout pour une bibliothèque ou pour la république des lettres. Cependant je me flatte que les connaisseurs comme vous. Monsieur, n'en jugeront pas ainsi. Vous pourriez nous marquer l'usage qu'on peut faire d'une semblable pièce, et les lumières que l'on en

peut tirer. En attendant que vous nous communiquiez vos pensées Ik-dessus, j'en vais hasarder quelques-unes.

L'on peut d'abord inférer de l'usage de ces tablettes cirées, que le papier était encore bien rare sous Philippe le Bel. Pour écrire des comptes assez étendus, un livre de papier parait beaucoup plus commode, et Técriture y est incomparablement plos nette. Ces tablettes, dont le format est un folio^ ne pouvaient point se mettre à la poche, comme les nôtres d'aujourd'hui. D'ailleurs , ces six planches de bois cirées sont plus embarrassantes qu'un de nos livres de cent pages. On y voit que lejroi voyageait fréquemment, et elles le suivaient dans tous ses voyages : le trésorier devait les avoir continuellement sous sa main. Le marquis Maffei croit que notre papier n'est guère que de Tan 1 300, ce qui s'accorde fort bien avec ma conjecture. 11 est vrai que le père de Montfaucon croyaii le papier un peu plus ancien ; mais, quoi qu'il en soit, il parait que sous Philippe le Bel il n'était pas encore commun.

On voit dans ce livre de comptes des usages assez singuliers. On y trouve, par exemple, que quand le roi voyageait et qu'il s'arrêtait dans quelque lieu où il y avait des couvents, il y envoyait la dime de ce qui se consumait à sa table. Cela se brisait en argent, et le trésorier marquait dans son compte : Tant à tel monastère pour la dime du pain et du vin. Du Gange en a dit un mot dans son Glossaire^ mais fort succinctement: s'il avait connu notre manuscrit , il aurait pu beaucoup mieux remplir cet afticle.

On voit encore, dans ces comptes, que la cour de France fut presque toujours ambulante Tannée 1308. D parait qu'en juin et juillet elle résida à Poitiers. L'histoire nous apprend que ce fiit pour conférer avec Clément Y sur l'abolition de l'ordre des Templiers. Peut-être que ceux qui sont bien an fait de l'histoire de France pourraient tirer divers éclaircissements de ces tablettes, qui sont une espèce de journal de la marche du roi. On

y voit presque de jour en jour dans quel lieu il se trouvait avec sa cour.

Ces tablettes peuvent aussi répandre quelque lumière sur la géographie du moyen âge. On y voit les noms latinisés de di vers endroits, ce qui peut aider encore à marquer l'étymologie des noms modernes. Je n*en citerai qu'un exemple : Fontaine^ bleau n'est pas rendu Fanêbellaqueus , comme la plupart le tournent aujourd'hui, mais Fonsbliaudi^ du nom d'un chien de chasse chéri du roi, qui se noya dans cette fontaine, à ce que prétendent quelques auteurs.

Ces comptes renferment aussi les noms de quantité de &milles distinguées, dont plusieurs subsistent encore aujourd'hui, et qui avaient fourni des officiers au roi et à la couronne. On peut donc y trouver quelques secours pour dresser la généalogie de ces maisons.

Mais le principal usage que l'on peut &ire de tout ce détail de la dépense du prince, c'est pour connaître la valeur des monnaies de ce temps-l^ exactement. On pourra le comparer avec ce qu'en dit Le Blanc dans son excellent Traiié des monnaies de France. On sait que la valeur des espèces n'a jamais tant varié que sous Philippe le Bel. Ce fut lui qui commença k leur donner un prix arbitraire. Il haussa la valeur des monnaies, et en affaiblit le métal, ce qui causa un soulèvement dans le royaume. On voit dans nos comptes la distinction de monnaie faible et de monnaie forte.

Je vous invite k voir, dans l'histoire de ce prince, ce que le père Daniel a dit de l'inconvénient qu'il y a à changer ainsi la valeur des monnaies. On est surpris de voir avec quelle liberté il parle l^essus, son histoire ayant été imprimée sous le règne de Louis XTV.

Enfin, ceux qui voudraient savoir le prix de la plupart des choses dans ces anciens temps, pourraient encore satisfaire leur curiosité dans ce journal. On y voit , par exemple, le prix des chevaux de toutes les espèces. On y voit ce que le roi payait à

la plupart des domestiques de sa maison. On allouait à un valet de pied deux sols six deniers par jour pour ses gages; le cuisinier avait précisément le double.

Ces grandes tablettes de bois, enduites de cire, me rappellent un sentiment fort particulier du marquis Maffei, que je crois avoir vu dans son Histoire diplonujuique. H prétend que tout ce qu'on a dit des diplômes en écorce d'arbre est fort suspect , ei que c'est un malentendu. Il croit que l'on n'a jamais écrit sur de semblables écorces , mais que l'on se servait de tilleuls, ou de quelques bois semblables , dont on formait des codicilles ou des tablettes, sur quoi on écrivait des deux côtés ; que c'est ce que les anciens appelaient codex ou caudex^ mot qui signifie originairement un tronc d'arbre. On croit ordinairement que les livres furent ainsi nommés parce que leur couverture était anciennement de planches de bois; mais il est plus naturel de chercher la raison pourquoi on les appelait ainsi, dans l'intérieur du livre que dans le dehors. Sénèque , De BrevitaU vitœ^ c. 1 3, dit positivement que le nom de codex était donné par les anciens k plusieurs tablettes de bois jointes ensemble, et, en particulier, aux livres qui étaient faits de cette matière. Voilà précisément la description de nos tablettes de Philippe le Bel. Mais de décider avec le marquis Maffei, que l'on n'a jamais écrit sur l'écorce même des arbres, c'est ce qui parsdt un peu hasardé.

Pline et bien d'autres auteurs ont dit que les anciens se servaient, pour écrire, de l'écorce fine d'un arbre, et que cette peau s'appelait biblos chez les Grecs, et liber chez les Latins. J'ai vu, dans le Journal des Savants de Paris, juin 1675, qu'Abraham Munting, docteur en médecine k Grôningue , dans un livre sur les plantes qu'il a donné au public , remarque, en parlant do tilleul, que les anciens se servaient de V écorce intérieure de cet arbre, qu'ils appelaient philyra , pour écrire^ et qu'il en a vu un Uore entier y écrit il y a environ mille ans.

Mais j'ai trouvé quelque chose de plus détaillé là*dessus

dans les Mémoires de Trévoux de TaDoée 171 1, p. 1559. On y rend raison d'un long papier, que Ton juge être d'écorce d'arbre, sur quoi sont écrites deux bulles de différents papes, et que Ton conserve à Girone. Elles sont de la fin du neuvième siëde, et ont plus de deux aunes de long. Ce papier est de deux feuilles collées Tune sur l'autre, mais en sens opposé, c'est-k-dire l'une en longueur, l'autre en largeur, sans doute parce qu'une seule feuille n'aurait pas eu assez de consistance. Le père Tournemine, qui avait examiné ces bulles, jugeait qu'elles étaient bien sur l'écorce d'arbre, et non sur le papier d'Egypte, qui s'est trouvé plus épais dans la comparaison qu'on en a faite. On s'ai est convaincu dans la bibliothèque de M. Foucault , conseiller d'Etal, qui a un feuillet séparé de ce papyrus, où l'on trouve quelque morceau des Œuvres de saint Augustin. Cette feuille détachée pourrait bien avoir appartenu autrefois à notre manuscrit des Sermons de ce père, dont j'ai rendu raison au commencement de ma lettre. Outre la différence d'épaisseur, en voici quelques autres. Dans la longueur de deux aunes qu'a le manuscrit de Girone, on ne saurait découvrir aucune feuille collée l'une avec l'autre , ou attachée de quelque autre manière. L'on sait que le papier qu'on tirait d'Egypte était toujours d'une grandeur déterminée , et ne passait jamais celle de nos folio. Mais la grande preuve du père Toumemine, c'est que le papier qui contient les bulles en question est tissé comme la toile, et cette tissure est la marque caractéristique de l'écorce. Cest à vous , Monsieur, qui avez tant vu d'anciennes bibliothèques, à prononcer Ik-dessus.

A cette occasion « je vous proposerai encore un doute sur la traduction d'un passage de Pline, que l'on trouve dans la suite d'Essais d'agriculture sur les arbres sauvages el stériles^ qui parut dans le Journal Helvétique du mois de septembre de l'année dernière. L'auteur nous a déjà donné divers morceaux de ce genre, qui sont fort bien écrits, et remplis de recherches curieuses. Je les ai lus avec un très-^rand plaisir, et la remar-

que qae je vais faire, montre aa moiDS que je les ai examinés avec attention. Galant homme, comme je le connais, je me flatte qu'il ne trouvera pas mauvais que je ne sois pas en tout de son sentiment.

Il nous dit dans sa dissertation, que Pline l'ancien a fait en peu de mots l'éloge des arbres sauvages , et il cite la préEue du livre XII de cet auteur, où l'on trouve ces paroles : Sumnwm munus homini dalum arbore$^ sylvaque intelligebanlur. Hine primum alimenlum^ harum frondes fneUor specu$j libro vestis. En voici la traduction : « Les hommes regardèrent comme un riche « présent de la nature ces vei^ers naturels que leur oflraient les « forêts. Ce fut de là qu'ils tirèrent leur première nourriture. « Ils trouvèrent des cavernes plus riantes sous leur ombre, et ti- «t rèrent dans la suite de leur bois, de qtwi revêtir leurs livres.*

Les premières paroles n'ont aucune ambiguïté. Elles disent clairement que le fruit des arbres sauvages servit de nourriture aux premiers hommes. Les suivantes ne sont pas si daires ; mais je crois que Pline a voulu dire que les feuilles que ces mêmes arbres leur fournissaient , étant sèches et étendues dans les cavernes, qui étaient l'endroit où on logeait alors, les pre* miers hommes s'y faisaient, par leur moyen, un lit moins dur que la terre même , ou le rocher tout nu. Vous connaisses ce vers d'Ovide :

Cum primum subiere domos, domus antra fuenint.

Mais la difficulté est dans les dernières paroles de Pline, libro vestis , par où l'on a entendu que le bois des arbres avait fourni aux hommes de quoi revêtir leurs livres. Cependant il n'y a aucune apparence que, dans cet endroit, Pline ait voulu parler ni des livres, ni de la manière de les relier : c'est de quoi on ne s'occupait guère dans ces premiers temps, que les hommes étaient encore au gland. D s'agissait surtout de se procurer la nourriture et le vêtement , et c'est ce que les arbres leur pouvaient fournir. Liber doit signifier, dans le passage de Pline, Té-

eorce des arbres , sartout l'écorce iolenie, et c'est ce que Tau» tenr des Essais d^agricullute remarque fort bien ^ la fin de sa Bote. Je traduirais donc Itbro vestis^ en disant que les prefluers hommes tirèrent encore leurs habits de la fine écorce des arbres. J'attends aussi votre décision là-dessus. Après tout, il faut convenir que Pline s'est exprimé ici d'une manière si concise, qu'il est fort aisé de s'y méprendre;

Puisque nous en sommes aux écorces d'arbre, je ne dois pas oublier une curiosité de ce genre que Ton a donnée, il n'y a pas longtemps, à notre bibliothèque. Milady Montaigu, fille du dac de Kingston , passant à Genève l'automne dernier, y laissa un tablier d'une espèce fort singulière. Cette dame, comme vous savez, a demeuré quelques années k Constantinople avec son q)oux, qui y avait le caractère d'ambassadeur. Depuis ce tempslà, elle voyage en Italie, où elle est actuellement. Elle a un génie supérieur et tout à fait extraordinaire. Pour revenir au taUier dont cette dame nous a fait présent, il n'est ni tissu , ni filé, et est fait d'une toile qui est proprement l'ouvrage de la nature. C'est Técorce intérieure d'un arbre qui ressemble à une fine mousseline , et qu'elle pourrait remplacer dans le besoin. On peut aussi la comparer, si Ion veut, à de la gaze ; elle s'étend et se resserre comme un réseau de soie , et a une souplesse qui surpreml dans une matière ligneuse comme celle-là. Ce tablier est long et large , mais il est composé de trois largeurs que l'on a cousues fort proprement. On y a mis encore autour une bordure découpée et plissée de la même écorce, mais mise en œuvre d'une manière qui la fait prendre pour de la dentelle. On dit que Charles II, roi d'Angleterre, porta autrefois une cravate d'une fine écorce semblable , que l'on aurait confondue avec ce que l'on appelle aujourd'hui de la mignonnette. Le tablier avait aussi été destiné à la feue reine Caroline ; mais le voyageur qui le lui apportait, l'ayant trouvée morte à son retour, eu fit présent à milady Montaigu. Cette dame nous l'a donné pour un tablier chinois, mais je le crois américain. Il doit être venu de la Jamaï-

que. Le doeieur Sloane montre, dans son riche cabinet de Lc»dres, différentes écorces d'un arbre de ce pays-Ik, et on y en voit une foite en réseau fort semblable k notre tablier. Il appelle cet arbre arbor telifera^ et les Indiens lui donnent le nom de lagelio.

Il pourra se trouver quelques savants de mauvaise humeur, qui seront blessés de voir un tablier dans une bibliothèque. Os diront d'un ton chagrin , qu'ils ne se seraient pas attendus que ces magasins de la science, ces arsenaux où l'on va chercher des armes pour combattre l'erreur, fussent fsûts pour y déposer les nippes des dames. Je ne crains point, Monsieur, que vous nous fassiez une semblable difficulté. Nous sommes si assiffés là-dessus, que nous n'avons pas hésité de placer ce tablier parmi la belle collection de curiosités naturelles que vous avez Êûte autrefois, et qui est aujourd'hui un des prindpaux omemenis de notre bibliothèque. Après tout, les dames nous faisant quelquefois l'honneur de la venir visiter, il est bon d'avoir aussi quelque chose pour elles qui puisse les amuser agréablement

Je ne sais , Monsieur, si vous lisez les Mercures de Frcmce ; dans celui du mois de décembre dernier, on trouve un article sur un arbre d'Amérique, que l'on prétend qui porte aussi de la toile, et que j'avoue qui m'a beaucoup surpris. Je vais vous rappeler ce fait , afin d'avoir encore votre sentiment là-dessus. On trouve donc dans ce Mercure une lettre écrite de Saint-Domingue, sur la fin du siècle passé, par M. Begon, intendant de marine en Provence. Cette lettre roule toute sur l'histoire naturelle, n y décrit surtout le cocotier^ cet arbre merveiUeux àmi on a tant parlé. Il en rapporte une particularité que j'avoue que je n'ai vue nulle part ailleurs. Pour vous mettre an fait, je vais transcrire la lettre de M. Begon, où il parie de cette prétendue jloile du cocotier, qu'il range dans la classe des palmistes :

« Je vous ai prorois, dit-il, de vous faire la description de l'économie de la nature dans la production des fruits de cet arbre, qui croissent autour du tronc immédiatement au-dessous des ]bran.ches.

« On voit tous les mois paraître de grandes grappes, composées d'une infinité de fleurs jaunes, dont il y en a beaucoup qni tombent, et les autres produisent 25 ou 30 cocos, pour la parfaite maturité desquels il faut un an entier ; de sorte qu'il y a ordinairement, autour du tronc de cet arbre, des firuits de douze iges différents, et autant presque qu'il y a de jours en Tan , parce que ces fleurs ne s'épanouissent pas toutes k la fois, et ne défleurissent pas toutes le même jour. Ainsi, chaque coco est d'un âge différent de l'autre, quoiqu'ils soient tous rangés autour du tronc d'un même arbre, et qu'ils se touchent tous.

<r Mais, comme ce fruit est très-gros et très-pesant, qu'il croit dans nn pays où les vents sont impétueux, la nature a pourvu ï sa conservation, ayant donné à cet arbre la vertu de produire ane grande et forte toile qui sort du tronc et qui soutient fortement ces fruits, en sorte que les vents ne peuvent ni les agiter ni les Élire tomber.

« C'est une petite merveille de voir de quelle manière cette toile est fabriquée. Lorsqu'on en voit des morceaux, on croirait qu'elle a été faite sur le métier, et que ce serait l'ouvrage de la main des hommes ; mais celui du Créateur est incomparablement plus parfait et plus admirable. >

Que dirons-nous. Monsieur, de cette forte toile suspendue au cocotier, de cette espèce de hamac pour recevoir le coco en cas de chute , ou pour le soutenir contre les secousses du vent? J'avoue que je n'ai jamais rien lu de semblable. La première fois que je lus cette lettre , je fus un peu tenté de regarder ce bit comme apocryphe. Si l'auteur de la nature, disais-je en moimême, avait tissu cette admirable toile, et l'avait placée si à propos pour la conservation de ce fruit précieux, d'où vient que les Derham , les Niewentit , et tant d'autres qui ont si bien développé la sagesse du Créateur, n auraient rien dit d'un trait aussi marqué que celui-ci? D un autre côté, on ne peut pas s'empêcher de regarder M. Begon comme un homme exact. On ne saurait le mettre dans la classe de ces voyageurs qui donnent

contiDuellement dans le (aux merveilleux, et qui ne se font aucun scrupule d'imposer au public. Versé , comme vous Têtes, dans l'histoire naturelle , vous pouvez nous tirer de cette perplexité, et nous marquer ce que nous devons croire de cette précaution en faveur du coco, que Ton a prêtée k la nature.

N'admirez-vous pas le chemin que j'ai fait , et combien je m suis écarté de ce que je m'étais proposé de vous dire? Il s'agissait de notre bibliothèque et des dons qu'on lui a faits depuis quelque temps, et me voici en Amérique à examiner les présents de la nature en faveur des habitants du nouveau monde. Je reviens donc k mon sujet, pour ne pas oublier de vous dire, qu'outre les beaux manuscrits que nous avons de M. Lullin, nous tenons encore de lui quelques anciens livres imprimés, qui sont fort recherchés : il s'agit des deux premières éditions des O/fces de Cicéron^ imprimées k Mayence en 1465 et 1466, sur de beau vélin. Chacune de ces éditions est devenue fort rare. C'est donc une espèce de trésor que de les posséder toutes deux. Cependant, notre professeur en a dépouillé sa propre bibliothèque, et en a fait le sacrifice, comme du reste. Yoilk bien de la générosité. Je ne sais s'il aurait puisé ces beaux sentiments dans le livre même des Offices , qui renferme d'excellentes leçons de libéralité, et qui inculque fréquemment cette belle maxime, qu'il faut toujours préférer le bien public à finléréi particulier. Mais d'où qu'il ait tiré ces sentiments, il est sûr qu'il y a chez lui bien du grand, et même du romain. Il y a cependant un article essentiel sur quoi il difl^re de ces anciens Romains, c'est qu'il a beaucoup plus de modestie qu'eux. Je pourrais bien m'en apercevoir au cas que ma lettre lui tombe entre les mains. Il est homme k me quereller fort sérieusement, pour avoir trop in«sisté sur ses présents, et parlé de lui trop avantageusement k son gré. Le plus sûr est donc de briser Ik-dessus, et de finir au plus tôt.

Je suis^ etc.

Page 1