‹ Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre (volume 3)Chapitre 20 sur 56 · DEMI - GRANDEUR · texte numérisé non relu

DEMI - GRANDEUR

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à celle de notre gentilhomme anglais. Ayant vu chez le cardinal Âlbani des bustes antiques des douze empereurs, d'une excellente main , il obtint la permission de faire mouler les têtes en plâtre. Elles sont de grandeur naturelle. Jusqu'à présent elles étaient restées dans son cabinet, sans même y être étalées, parce que des têtes seules ne figurent pas trop bien, et ont assez Tair de la tête décollée de saint Jean-Baptiste : M. Yemet se faisait de la peine de nous les offrir en cet état. Heureusement il a passé depuis peu dans notre ville deux habiles sculpteurs italiens, à qui l'on a fait ajouter à ces têtes ce qu'il y fallait pour leur donner la forme de bustes, et les rapprocher de leurs originaux. Os sont revêtus d'un habit militaire dans le goût antique. Avec eet équipage décent , ils ont fait leur entrée dans notre bibliothèque, qu'ils ornent beaucoup. M. Yernet a ajouté à ce présent une tête colossale d'Apollon^ moulée aussi à Rome sur un excellent modèle. Elle est d'une grande beauté, et les connaisseurs ne se lassent point de l'admirer. Ce morceau de sculpture conviendra d'autant mieux dans notre bibliothèque, qu'Apollon était le dieu tutélaire de notre ville, lorsqu'elle était encore païenne. D y a quelques années que, remuant des terres pour nos fortifications, l'on trouva un masque d'Apollon en bronze et de grandeur naturelle, qui est aussi une antique de très-bonne main.

Voici qui n*est pas d'aussi bon goût, mais dont je dois pourtant vous rendre raison. Le hasard me fit déterrer l'autre jour m vieux livre, que je ne crois pas qui vous soit connu , quoiqu'il ne vous en ait guère échappé. Il est intitulé : Le Mirouer du Mondt^ imprimé à Genesue par maistre Jacques Vivian, 1517. caractères gothiques, et sur vélin. L'ouvrage est en vers. L'auteur nous apprend, dans sa préface, qu'il avait été assez longtemps secrétaire de messire Antoine de Gingins, Premier Présidant de Savoie sous le duc Charles H, et sous deux ou trois autres princes qui avaient précédé. Ce magistrat, devenu vieux et infirme , se retira dans son château de Divonne, situé au pays de Gex, au pied du mont Jura, sur la frontière de Suisse, et sou

secrétaire raccompagna dans sa retraite. D y a là une très-belle source qui a donné le nom à ce village. Initié , comme yoqs Têtes, à la langue des Celtes, vous trouverez dans ce nom deux anciens mots celtiques. Von en breton, ou dans l'ancienne langue gauloise, signifie fontaine^ et Dit? signifie Dieu. Dwon est donc une fontaine divine. C'est ce qu'Ausone nous apprend par ce vers :

Divona, Celtarum linguft, fons addite Divis.

Mais cette belle source ne fut pas tout à fait la fontaine d'Hippocrène pour le poète dont il s'agit présentement, ni le Jura son Hélicon. Ses vers sont assez plats, et approchent fort des chansons du Pont-Neuf. Il nous apprend comment il s'y prit pour la construction de son ouvrage. Le grand loisir dont il jouissait au pied de sa montagne, lui fit naître la pensée de composer quelque chose pour se désennuyer. Il se mit, dit-il, à feuilleter la bibliothèque de son maître , où il trouva plusieurs beatdx et exquis /tWcs, corne Slrabon. Tholomée^ l'espécule naturel de Vincent^ Pline ^ Albumasar et autres. Ensuite, il se disposa à extraire et composer en langue galique et française et ri' diger en rimes ce présent livre intitulé : Le Mirouer du Monde.

L'ouvrage se ressent beaucoup du mauvais goût et de la crédulité, tant de son siècle que du pays qu'il habitait. U parle fort modestement lui-même de cette production, et ne parait pas en avoir une opinion fort avantageuse. Il conclut par des excases à son lecteur, sur ce qu'il n'a pas mieux réussi :

Or excusés le sens petit

De cil qui là fait et escrit.

Qui l'acheva et ipist à fin

A tout son rude et gros engin •

En travaillant son gros cerveau

Dedans la Maison et Château

Que Ton dit et nomme Divonne. . . .

* Engin en vieux français, signifie esprit, génie.

Ce livre est proprement un mélange de cosmographie et d'histoire naturelle. On y trouve aussi l'invention des arts, mais à la manière de notre auteur. En voici un exemple. Selon lui, Ptolomée l'astronome fut d'un grand secours aux religieux pour pouvoir se trouver réguUèrement à leurs matines : par une petite méprise de six ou sept siècles seulement , il lui attribue l'invention des horloges que l'on place dans les clochers des ^lises :

Par lui furent trouvées premiers Orloges qu'on mest es Moustiers Qui les heures du jour devisent Et par nuit les Moines advisent De se trouver en leurs Eglises Pour mieux faire adroit leurs services.

Après quoi, vient une longue digression morale sur les avantages d'une vie réglée et tout ajustée k un coup de cloche. L'anachronisme, comme vous voyez, est un peu fort, et du double au moins de celui qu'on reproche à Virgile , qui , dans son poème, fait rencontrer Ënée et Didon.

Virgile vient ici tout k propos pour me déterminer sur le choix de quelque morceau un peu détaillé, qui puisse vous donner une idée juste de notre bouquin. Vous avez lu dans le Journal Helvétique de Mars 1 741 , que, dans les siècles d'ignorance, on faisait passer ce célèbre poète pour un magicien du premier ordre, et on a rapporté plusieurs traits de sa prétendue magie. Mais celui qui envoya ces Remarques sur Virgile^ aurait fort enrichi sa liste des opérations merveilleuses de cet enchanteur, s'il eût connu notre Miroir du Monde.

Dans les Remarques en question, on avait débuté par la Mouche d'airain que Virgile plaça sur une des portes de la ville de Naples, qui y resta pendant huit années, et qui écartait de cette ville toutes les autres mouches. Vous serez bien aise d'entendre comnoent notre poète rapporte ce fait :

11 Gst une Mouche d*airain, Que quand il la mettoit en place Faisoit des autres telle chasse Que nulle autre Mouche n*osoit Approucher d'elle, et ne pouvoit De deux traicts d*arc loing à Tentour Qm morte ne fust sans retour.

Ou avait dit aussi dans la dissertation susmentionnée, que, dans une ville d'Italie^ Virgile avait fait une iour^ ou un clocher de pierre j avec un si merveilletAX artifice quil branlait en même temps que la cloche^ et quil en suivait tous les mouvements. Mais voici bien une autre merveille :

Il fonda par subtilité Sur un Œuf une grant Cité Et quant aucun FŒuf remuoit Toute cette Cité trembloit.

Cette ville, assise sur la pointe d'un œuf, où elle est parfaitement en équilibre, est quelque chose d'admirable. Le merveilleux homme que Yii^ile! Qnel malheur que nous ne le possédions plus! Peut-être que, si nous l'avions encore, il attraperait cet équilibre de l'Europe dont on est si occupé aujourd'hui, et qu'on a tant de peine à trouver.

Mais voici le plus curieux. Yitple avait dent contre une impératrice, et, malgré sa dignité , il se vengea d'une manière bien cruelle et bien humiliante pour elle. Dans une ville de la dépendance (le cette princesse, *et où elle faisait sa résidence, il priva tous les habitants du feu. Pour en avoir, il fallait nécessairement qu'ils l'allassent chercher dans un lieu secret, et, dès qu'on en avait, on ne pouvait point le communiquer h d'autres. L'impératrice devait seule le dispenser, mais écoutez comment :

En une Cité fist faillir Trestout le feu et amortir, Tant que nul avoir n*en pouvoit Si sa Chandelle il n'allumoit

Entre les f d*une Dame

Qui d*uD Empereur estoit femme, Pour ce qu'elle lui (ist ennui, Et nul n*en pouvoit à autrui Point bailler, ains contrainct estoit Chacun prendre feu la endroit, Qui ne fust pas plaisant à elle :

Ainsi se vangea il d'icelle.

Pour des faits aussi singuliers , notre poète cite toujours ses auteurs. Son garant le plus ordinaire , c'est Vincent de Beauvais, tantôt in Speculo hîsloriali^ tantôt m Speculo doclrinali^ et quelquefois aussi m nalurali. La marge de son livre est chargée de ces trois citations. Le dernier trait que nous venons de citer 'sur la manière toute nouvelle d'avoir du feu quand on en manque, doit être tiré du Miroir naturel^ pour être assorti au titre. On nous y décrit une espèce très-particulière de miroir ardent, au foyer duquel tous les habitants d'une ville viennent allumer leur chandelle.

Je prévois, Monsieur, que vous ne voudrez point en croire notre auteur, quoique muni de bien des autorités. Parmi les difficultés que vous m'allez faire sur cette manière inouïe d'allumer du feu, je compte que vous n'oublierez pas un inconvénient qui se présente naturellement : c'est le voisinage de la caverne d'Éole, d'où il pouvait sortir quelque vent qui aurait éteint cette flamme naissante. Mais on vous répondra que vos objections ne sont que du vent, et qu'apparemment Virgile, qui en savait si long , avait bien quelque moyen d^ parer à cet inconvénient. Il savait réprimer et tenir en respect ces prisonniers, qui auraient voulu s'échapper mal à propos. Il ne fallait pour cela que quelque menace semblable à son Quos ego de l'Enéide.

Quand je vous ai dit que ce livre est chargé de savantes citations en mai^e, je ne dois pas oublier qu'employant quelquefois des fables d'Ësope, voici comment il cite la source où il a puisé : Ysopelus in fabulis !

ilO

Au resta, malgré tous les prodiges que notre auteur aitribne k Yii^e, il n'est pas du nombre de ceux qui en font un m^cien. n n'y avait là-dedans, selon lui, ni magie noire, ni pas seulement de la magie blanche :

Aucuns quant tels merveilles oïent, Et d'autres qu'aucune fois voient Où rien n'entendent, tantost dient Corne gens qui de legier mesdient, Que telles ouvres et tels faits Sont par art de l'ennemi faits, ' Mais s'ils entendoient la manière Ils la trouveroient bien l^iere, Et connoitroient que par nature Tels ouvres peuvent prendre facture Qui bien Astronomie sauroit, Il n'est rien qu'en ce monde soit Dont on ne peut rendre raison....

Vous jugez bien, Monsieur, sans qu'il soit besoin que je vous en avertisse, que, par l'astronomie, notre auteur entend ici Vastrologie judiciaire. U dit dans ce même chapitre :

On fait tout par Astronomie, Fors ce que Dieu ne permet mie.

Son sentiment est donc que la plupart des merveilles que faisait Virgile, s'opéraient par le moyen des talismans, ces figures gravées ou taillées sur les dispositions du ciel, auxquelles les astrologues ont attribué des vertus admirables. On prétendait que tous les prodiges d'Apollonius de Thiane, se faisaient par l'efficace de ces talismans. Notre auteur a bien pu assigner la même cause aux prodiges qu'on avait aussi vu (aire k Yii^ie*

Je ne dois pas oublier qu'il fit, appar^nment par sa même science astrologique, une tête d'airain qui rendait des oracles, mais un peu équivoques, comme le (ameux oracle de Delphes. Le pauvre Viiple, avec toute son habileté, en fut la dupe, ou plutôt la victime :

Il fit une teste parlant, Qui lui répondoit promptement De tout ce qu*il lui demandoit Que sur terre advenir pouvoit, A la quelle se conseilla D*un sien affaire ou il alla.

Hais elle lui dist une chose Dont il n'entendit pas la glose, C'est que s'il gardoit bien la teste, Destourbier n'auroit, ne moleste, Et lors s'en alla seurement ; Mais le Soleil qui chaleur rent.

En quoi pas bien il ne pensa Le Cerveau tant lui échauffa Que maladie le surprint De quoi mourir il lui convint.

Et si bien eut interprété Le dit qui lui fust récité Par la dite teste d'airain.

De son cas eust été certain, Et ne lui en feust pas mesdit :

Mais tout au contraire entendit Non pensant qu'elle lui parlast Que feust la sienne qu'il gardast.

Mais il se pensa que ce ftist D'elle seule qu'il garder deust.

Voilà un fôcbeQX quiproquo , puisqu'il coûta la vie à ce fameux poète. Que dites-vous, Monsieur, de toutes ces belles choses? Reconnaissez-vous Virgile si étrangement travesti? Si TOUS joignez ce supplément à ce qu'on a déjà publié sur ce pré* tendu magicien , vous pourrez vous faire une idée des fables puériles dont on se repaissait avant le renouvellement des sciences. En courant toujours après le (aux merveilleux , comme on disait dans ces siècles barbares, on gobait les chimères les plus absurdes. Mais cette réflexion est anticipée : suivons encore un peu notre auteur, qui nous promènera agréablement dans le pays desfëes.

Virgile aurait pu éviter Taccident qu'on vient de nous décrire, s'il s'était transplanté dans un lieu qu'on nous indique ici. Cest un heureux canton où l'on ne craiguait ni les coups de soleil, ni aucun des autres accidents qui peuvent trancher nos jours: on y jouissait du rare privilège de ne point mourir. Voici qui est intéressant. Notre auteur nous apprend donc, d'après son Vincent de Beauvais , qu'il y a diverses lies qui ont de grandes singularités qu'il décrit fort en détail , mais il s'arrête sur une qui efface de beaucoup toutes les autres.

Une autre isle il y a où les gens Ne peuvent point mourir dedans.

Mais quant ont vécu longuement, Qu1ls ne peuvent plus nullement Eulx soustenir ne comporter, lis se font hors du lieu porter, Pour ce que plus ils n*ont désir De vivre, mais tantost mourir.

Notre poète, pour mettre du contraste dans ses peintures, nons décrit une autre espèce d'îlot, ou de petite ile flottante, dont ceux qui l'habitent ont un sort bien différent. On n'y peut guère vivre plus de vingt-quatre heures. Ceux qui y abordent et qui comptent d'y séjourner, n'ont pas plutôt fait du feu, que leur nouvelle demeure s'abime dans les eaux, et qu'ils sont tous submergés. Voici comment on nous décrit le sort de ces infortunés voyageurs, dans le chapitre des Poissons des Indes :

Le plus grand Poisson de la Mer On le fait Balaine nommer :

11 est si merveilleux et grant Qu'herbe et terre sur lui croist, tant Qu'il semble estre une Isle ou un Mont, Et les gens qui sur la Mer vont, Qui vouloir ont de terre prendre, Aucunes fois y vont descendre ; Dessus icelle leur feu font.

Mais trompez et abusez sont.

Car aussi tost que la Balaiae Sent le feu, elle se démaine Et se remue iDContinent, Et entre en Mer profondement.

Par quoi la Nef et tous les gens Sont péris et noyez dedans.

Sauve qui pourra ! Tirons-nous au plus tôt de cette habitation traîtresse , pour regagner notre ile fortunée où les hommes sont immortels. La bonne foi ne me permet pas de vous dissimuler. Monsieur, qu'un curieux qui a possédé notre Miroir du Monde^ a mis à côté de la description de cet heureux séjour Qoe petite note manuscrite , qui tient un peu de l'incrédulité. U dit nettement en latin, que ce narré sent bien la fable. Videafur, dit-il , fitttit hoc proximè ad fabulam accédât. Il serait &cheox qu'un fait si intéressant filit ainsi rangé parmi les contes de$ fées. Je vais donc essayer de réhabiliter notre auteur.

Tai déjà dit que l'autorité banale de notre poète, c'est le Iftroir de Vincent. Tous les objets qu'il nous présente dans son Miroir du Monde^ ne sont que des images réfléchies de l'autre. Outre cela, des auteurs fort graves ont rapporté des faits qui approchent fort de celui que notre gloseur a voulu rendre suspect dans sa note latine. Un homme d'esprit a dit , dans un ouvrage périodique qui paraissait à Paris il n'y a pas longtemps , que pour soulager la foi de ceux qui mettent ces sortes de faits au rang des histoires incroyables, ils n'ont qu'à voir, dans Y Histoire de Bretagne de l'abbé de Yertot, une merveille de cette nature. Il l'a tirée de la vie de saint Guinolé et de ses disciples, que l'on trouve dans un ancien manuscrit qui parait être du neuvième siècle.

« Cette pieuse colonie^ dit-il , étant arrivée dans la Basse-Bre- Uj^poe, se retira dans un désert et loin du commerce des hommes. Dieu les en récompensa par mille bienfaits. Cependant, comme il n'y a point de félicité parfaite dans ce bas monde, ils se tronvèr^t sujets k une fâcheuse incommodité dans leur so-

litude , c'est qu'on n'y mourait point. Nemo in prœdicio loco potuii inon^ dit le manuscrit, mors enim nequaquam illuc intrare permiltebcUur. Les disciples de saint Guinolé, consumés par une vie pénitente, se plaignaient de ne plus voir de terme k leurs souflrances. Le saint eut recours au ciel, et il reçut ordre, par une révélation expresse, de changer de demeure. Il transporta aussitôt son habitation un peu plus loin, et dans un endroit où se trouve à présent l'abbaye de Landevenec, située dans le diocèse de Quimper, et vis-à-vis de Brest. Alors, la mort rentra dans ses droits. Cependant , pour laisser encore quelque trace du premier prodige, elle fut assujettie à ne prendre que les pins anciens religieux , et ils ne mouraient même chacun que selon leur rang et leur &ge. Cet ordre s'observa longtemps dans l'abbaye. Jamais on n'y voyait un religieux mourir avant ses andeos. Mais ce même ordre si certain , et la confiance qu'avaient certains religieux de ne pouvoir mourir que dans plusieurs années, ayant causé du relâchement dans la discipline monastique , le ciel remit les choses dans leur état naturel , et c'est depuis ce temps-là seulement que la mort prend les religieux de Landevenec comme les autres mortels, jeunes et vieux, sans ordre et sans aucim égard à l'âge. »

La légende de saint Guinolé confirme donc ce qu'a dit notre auteiu*, de son ile où on ne meurt point. Ces deux relations ont beaucoup de rapport. Je serais même tenté de croire que ce qu'en avait dit Vincent de Beauvais, et que notre poète de Divonne n'a fait que rimer, était tiré de cette légende du saint breton. La conformité est entière : on voit de part et d'autre un canton où l'on vit si longtemps, que l'on devient à charge à soimême : on y voit des deux côtés des gens qui, ennuyés de se voir dans nn âge si décrépit, demandent à changer de demeure pour avoir la facilité de mourir. Ces deux narrés pourraient donc n'on être qu'un dans le fond. La seule chose qu'on peut reprendre dans notre auteur, c'est de nous avoir iait envisager l'immortalité des habitants de cette ile comme une chose natu-

relie, comme un effet de la bonté de l'air et des aliments, an lieu que c'était là une bénédiction particulière accordée à la dé- TOtion de saint Guinolé. On peut lui reprocher aussi de nous avoir fait regarder cette immortalité comme un avantage qui subsistait encore de son temps, quoiqu'il eût fini lors de la transplantation de ces bons religieux.

Mais le même auteur périodique que j'ai déjà cité, nous allègue un autre exemple que je ne dois pas omettre. S'il n'est pas, à beaucoup près, aussi merveilleux que le premier, il a cet avantage qu'il ne suppose point de causes surnaturelles. D s'agit d'une colonie établie dans la Géorgie, et composée de gens de notre nation. Voici ce qu'en dit une relation imprimée à Londres il y a quelques années, à quoi l'auteur français a joint quelques réflexions.

« La ville d'Ebenezer, dans la Géorgie, a été fondée par une colonie belvétique ; l'air y est si pur, le climat si tempéré, tous les avantages de la situation si extraordinaires , que les maladies et la mort y sont encore inconnues. Quoique l'expérience des nouveaux habitants soit constante, il est vrai qu'elle n'a pas oicoreété assez longue, pour être regardée comme un garant certain de l'avenir; mais celle des sauvages voisins qui vivent communément plus d'un siècle , sans se ressentir des faiblesses de la nature, leur fait espérer avec raison de jouir comme eux d'un bienfait du ciel qu'ils éprouvent déjà. »

Pour parler à présent un peu plus sérieusement, je crois nonseulement que les pays où l'on ne meurt point, mais encore ceux où l'on prétend pouvoir vivre au delà d'un siècle, doivent être rangés parmi les belles chimères dont les pauvres mortels aiment à se repaître. Pour le commun des hommes, la vie, avec ses bornes ordinaires, est assez longue. J'avoue qu'il y a une sorte de gens à qui la longue vie des anciens patriarches conviendrait fort bien. Ce sont les philosophes comme vous. Monsieur, qui observent avec soin les phénomènes de la nature. Il y a bien des expériences de physique qui demanderaient d'être

suivies peDdant plusieurs siècles pour être assuré qu'on ne s'y est point mépris. Mais il y a une manière d'allonger la vie qoe vous connaissez depuis longtemps , et qui est la seule k laquelle nous devions prétendre , c'est de iaire un bon emploi de sod temps. Je suis, etc.

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