UN GENTLEMAN EXCENTRIQUE
J'espère que je vous ai tenu parole, dit sir Arthur aux dames de Boussac, lorsque les premiers transports furent apaisés. Je vous le ramène aussi frais, aussi aimable et plus robuste qu'avant sa maladie.
En effet, Guillaume était devenu tout à fait un beau jeune homme. Il avait fait le matin un peu de toilette pour donner de la joie à sa mère en lui montrant la meilleure mine possible. Ses yeux brillaient du pur bonheur qu'on éprouve à se retrouver au sein de sa famille a|>rès une assez longue absence. Il ne cessait d'embrasser sa mère, de baiser tendrement les mains de sa sœur, de serrer dans ses bras sir Arthur, en le leur présentant comme son sauveur, son meilleur ami, son véritable médecin ; il faisait même un accueil des plus affectueux à Marsillat, contre lequel il paraissait avoir abjuré ou plutôt oublié ses anciennes préventions. Présenté aux dames de t.harmois, il avait su dire des paroles d'un aimable à-propos pour féliciter sa mère et sa sœur de leur arrivée. Enfin, tout le monde le trouvait charmant, et même la grosse sous-préfette l'eût désiré moins joli garçon, cet avantage de la beauté rendant, selon elle, les jeunes gens plus difficiles, en fait de fortune, dans le choix d'une épouse.
Quant à sir Arthur, elle le dévorait de son lorgnon, et, ne pouvant se lasser d'admirer sa belle figure et sa noble prestance, elle pensa moins d'abord à en faire son gendre qu'à regretter pour elle-même de n'avoir pas vingt ans de moins.
Jeanne et Claudie étaient restées debout dans leur coin, ne se souvenant plus qu'elles étaient déguisées, l'une ébaliie à la vue de ces beaux Messieurs si bien habillés; l'autre attendrie do la joie de sa marraine, et surtout de sa jeune maîtresse, ne pensant ni à se faire voir ni à se cacher, oublieuse d'elle-même, suivant sa coutume. « Comme ce grand Monsieur parle drôlement! disait Claudie surprise de l'accent britannique tres-prononcé de sir Arthur. — Tu vois bien qu'il parle anglais! lui répondit d'un air avisé Cadet, qui s'était rapproché d'elle.
— C'est donc ça de l'anglais? reprit Claudie; ça se comprend bien tout de même.
— Ce Monsieur est un Anglais? dit Jeanne à son tour; et, conservant contre les enfants d'Albion un effroi et uiî ressentiment enracinés dans le cœur de nos paysans depuis quatre siècles, elle s'étonna qu'il eût l'air d'un chrétien plus que d'un démon.
— Mademoiselle Marie, dit Marsillat, je vous demande
JEANNE
humblement pardon du poisson d'avril que je vous ai servi en vous annonçant de s^raves personnas;es inconnus.
— Ah ! je vous le pardonne de grand cœur, répondit la jeune fille; mais j'admire votre astuce ! vous mentez avec un sang-froid!...
— C'est M. Arthur qu'il faut en accuser. Il m'avait tant recommandé d'être sur mes gardes ! il tenait tellement à vous surprendre !
— Oui, miss Mary, reprit sir .Arthur avec son enjouement paisible et son parler lent. J'étais /jaisJo«Hé contre vous depuis un jour de \" avril où, étant tonte pelite, à votre couvent, vous m'aviez fait mille contes plus jolis les uns que les autres, en me riant au nez à chaque mot, ce qui ne m'empêchait pas de vous croire. A présent , c'est mon tour de vous mystifier.
— Êies-vous bien sûr, sir Arthur, dit Marsillat en faisant un signe d'intelligence à mademoiselle de Boussac, que mademoiselle Marie ne pourrait plus vous servir aucun poisson d'avril?
— C'est immepossible ! s'écria l'Anglais. Je ne crois plus à elle '.
En ce moment, Guillaume se rapprocha de sa sœur et regarda Claudie sans la reconnaître. Elle était entrée au château longtemps après son départ pour l'Italie . et il ne l'avait vue qu'un jour dans toute sa vie, le jour qu'il avait passé à Toull Sainte-Croix. Le déguisement achevait de dérouler ses souvenirs, et il ne fit attention à elle que pour se dire : J'ai vu, je ne sais où, une figure qui ressemblait à celle-ci Mais dès qu'il eut aperçu Jeanne , il la trouva si belle et si à l'aise sous ce nouveau costume, qu'il ne put se persuader qu'elle le portait pour la première fois. Il s'imagina qu'en appréciant le caractère elové de sa filleule, madame de Boussac l'avait tirée de l'humble condition de servante pour en faire une sorte d'égale, une demoiselle de compagnie, et il se sentit pénétré de joie et de terreur.
Il s'était préparé à revoir Jeanne avec des sentiments de protection paternelle. Ne la trouvant pas sur son passage dans la cour ni dans l'escalier du château, il s'était demandé si sa mère, qui était bien encore quelquefois sujette à des accès de colère et à des préventions capricieuses, n'avait pas renvoyé Jeanne à ses moutons et à sa montagne. Enfin il la retrouvait au salon sous les habits d'une demoiselle. Sans doute, on lui avait donné de l'éducation ; il allait entendre un langage épuré sortir de ses lèvres. Sa figure noble, sa tenue chaste et pleine de dignité, s'accordaient si bien avec ses suppositions! Il s'approcha d'elle, lui prit la main, voulut lui parler, trembla, pâlit et balbutia. Cette main était devenue si blanche et si douce, cette manche de mousseline laissait voir un si beau bras, que Guillaume, troublé et ne sachant plus ce qu'il faisait, porta la main de Jeanne à ses lèvres. La pauvre fille éperdue prit l'embarras de son parrain pour de la froideur, et celte caresse respectueuse et inusitée, pour une raillerie que lui attirait son déguisement, comme les grandes révérences que Marsillat avait faites à Claudie. Ses yeux se remplirent de larmes, et elle s'esquiva bien vile avec Claudie pour aller reprendre ses habits de paysanne, et préparer le souper de sun parrain.
Cependant sa beauté, sa candeur et sa grâce naturelle avaient vivement frappé sir Arthur. Il avait beaucoup de mémoire, et cependant il ne pouvait s'expliquer pour- ((uoi cette figure angélique lui laisait l'elfet d'une seconde apparition dans sa vie. L'avait-il vue dans ses rêves? Était-ce là le type de prédilection de sa pensée' Ue.<semblait-elle particulièrement à quelqu'une de ces madones de la Renaissance qu'il venait de contempler avec un religieux amour à Florence et à Rome?
— Quelle est cette jeune Miss ? demanda-t-il à Marsillat.
— C'est la gouvernante anglaise de mademoiselle de Charmois, répondit tout haut Marsillat avec aplomb en faisant de l'œil appel à la gaieté de Marie ; c'est miss Jane; l'autre est miss Claudia, la gouvernante de mademoiselle Marie.
— Miss Jane ! gouvernante! répéla l'Anglais avec stupeur.
— Eh bien ! sir Arthur, reprit Marie en souriant, crai-
gnez-vous encore quelque poisson d'avril? Vraiment, on rie pourra plus vous dire bonjour sans que vous soyez sur vos gardes.
Sir .\rthur avait déjà mordu à l'hameçon avec une confiance sans bornes, et il se réjouissait de pouvoir enfin parler anglais tout à son aise pendant le souper.
On se hâta de servir. Les deitx voyageurs étaient affamés, et sir -Arthur, malgré les supplications et les reproches de la famille , était dans la résolution inébranlable de partir immédiatement après. W était appelé par des affaires pressantes, indispensables, à Orléans, où il avait des propriétés. Il avait défendu aux postillons de dételer; mais il s'engageait sur l'honneur à revenir dans huit jours.
Autour de la table où le souper venait d'être servi , s'agitaient Claudie et Cadet, l'une poussant l'autre, le grondant à demi-voix, le dirigeant, et se moquant de lui d" geste et du regard. Claudie, en paysanne, ne frappa pas plus sir Arthur qu'elle ne l'avait fait en demoiselle. Il n'y fit d'autre attention que de lui dire merci , selon une habitude de courtoisie qui lui était particulière, chaque fois qu'il voyait une main de femme lui changer lestement son assiette, au lieu des grosses pattes brunes et calleuses du rtegmatique Cad^t.
Guillaume reconnut enfin Claudie, et se rappela qu'on lui avait annoncé son admission au château dans un de ces post-scriptum de lettres intimes où l'on entasse en masse les détails de la vie domestique.
— Claudie était donc déguisée tout à l'heure? demanda-t-il à Marie, placée près de lui.
— Sans doute, répondit-elle. Nous avions fait notre mascarade du 1"' avril sans prévoir que nous serions trop heureuses ce jour-là pour avoir besoin de nous amuser.
— Et Jeanne était donc déguisée aussi?
— Sans doute. Est-ce que Ui ne l'as pas reconnue?
— Pas très-bien! dit Guillaume préoccupé.
— -Allons donc ! tu lui as baisé la main avec toutes sortes de cérémonies ! Nous avons cru que tu nous secondais pour attraper sir -Arthur.
— Je n'y pensais pas, reprit Guillaume.
— -Ah ! lu ne t'es donc pas corrigé de tes distractions ?
Pendant ce dialogue à vois basse , madame de Charmois avait entrepris, à haute voix, sir Arthur sur l'article mariage.
— Il y a quelques années que j'ai eu l'honneur de vous rencontrer à Paris chez madame de Boussac. et chez mesdames de Brosse et de Clairvaux, lui disait-elle. Dans ce temps-là vous n'étiez pas marié ; vous étiez incertain si vous achèteriez des propriétés en France ou si vous retourneriez vous fixer en Angleterre : c'était peu de temps après le retour de nos princes bien-aimés, et quoique vous ne fussiez pas militaire, nous vous regardions comme un de nos libérateurs. Maintenant , vous êtes établi , je crois... ou veuf? Je vous demande pardon si je ne me souviens pas bien.
Marsillat haussa les épaules involontairement au mot do lib.'raleur, que l'.Anglais reçut d'un air trè.s-froid. Madame de Boussac, observant le manège de son amie à l'endroit du mariage présumé de sir -Arthur, la poussa du genou comme pour l'avertir que c'était bien maladroit ; mais la Charmois n'en tint compte, persuadée que tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins.
— Ainsi , vous êtes encore garçon? repnt-elle lorsque l'Anglais lui eut fait observer que sa vie errante depuis trois ans eût été peu conciliable avec les liens de l'hyménée. -Mais songoz-vous qu'il est temps de vous y prendre, sir .Arthur? Vous voilà encore dans la fleur de l'âge. Cependant, quand on a passé la trentaine , croyez-moi , on commence à devenir vieux garçon.
— Vous avez raison, Madame, répondit M. llarley ; on devient égoïste, on prend des manies, ou est chaque jour moins propre à rendre une femme heureuse. Aussi, suisje bien décidé à me marier plus tôt que plus lard.
I — A la bonne heure! J'ai toujours eu mauvaise opinion d'un homme qui ne se marie pas. Et voire choix est fait, sans doute?
— Non, pas précisément.
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— Ah ! vous éles incertain ? . . I '''' '^'''^i sans méfiance et sans affectation , tantôt près de
— Très-inc<.'rtain, répondit l'Anglais d'un Ion positif, j Guillaume et tantôt près de l'Anglais. .Mais Guillaume
— Je comprends! vous n'êtes pas bien sur d'être remarqua qu'elle évitait de s'approcher de Marsillat, bien amoureux. qu'il eût msensiblemont écarté sa chaise do celle d'Elvire
— Je ne suis pas amoureuse , dit r.\nglais, mais je pour laisser un passage près de lui à la belle cauéphore. pourrais bien le devenir. Et il promena autour de lui des Guillaume en détacha ses yeux avec elfurt et parla avec regards candides comme s'il eût cherché quelqu'un. sa sœur de tout ce qui pouvait en détacher sa pensée.
— Il est tout à fait naïf et ouvert, pensa la grosse Mais Jeanne était destinée ce soir-là à lixer l'attention en Charniuis, et c'e?t jilaisir que de le pousser un peu. Vous dépit d'elle-même.
lui dit-tlle en baissant la voix pendant que les | Dès qu'elle fut sorlie, sir .Arthur, que les provocations
jeunes gens parlaient entre eux d'autre chose, s'il y a quelqu'un ici qui \uus rappelle l'objet de vos pensées"?
— Mes pensées ne sunt pas encore des souvenirs, Madame, dit r.4nglais en riant.
— Est-ce qu'il voudrait me faire la conr"? se demanda la sous-préfette. Quel dommage que je ne sois pas à marier ! Et cette Elvire, qui fait justement la moue dans ce moment, au lieu de montrer qu'elle a de belles dents ! Que les petites filles sont sottes ! Je suis sur, monsieur Harley, reprit-elle par un douloureux retour sur son peu de fortune, que vous avez de l'ambition ?
— Beaucoup, Madame !
— Vous êtes comme tous les hommes riches de ce temps-ci : vous voulez être plus riche encore.
— Oh ! je suis beaucoup plus ambitieux que cela !
— Vous voulez un grand nom ?
— Je voudrais qu'elle eût un joli nom , très-facile à prononcer.
— Vous êtes un plaisant, je vois cela. Moi, je vous conseille de prendre une femme bien née. Vous êtes d'une famille noble, mais non illustre; si vous voulez \i\re en France sur un certain pied de considération, il faut vous allier à une famille dont le nom... sans être des premiers, car enfin vous ne pouvez prétendre à une Montmorency... soit du moins...
— J'ai, Madame, encore plus d'ambition que cela, reprit l'Anglais sans se déconcerter.
— Eh I mon Dieu ! quelle ambition avez-vous donc? Vous êtes donc immensément riche '!
— Je suis un honnête homme, et je voudrais être aimé et estimé de mon femme. Voilà mon ambition.
— .Ah ! le drôle de corps ! mais vous êtes tout à fait charmant. On n'a pas plus d'esprit que cela. On dit qu'il n'y a que les Français pour avoir de l'esprit 1 mais vous en avez à revendre, mon cher !
— Vous êtes beaucoup trop bon, Madame.
— C'est vous qui êtes bon ! Je suis sure que vous seriez le plus charmant et le plus excellent mari de la terre. Mariez-vous! vrai! vous ne demandez qu'à ètie aimé; vous méritez trop de l'être pour qu'une femme digne de vous ne soit pas facile à rencontrer.
°— C'est beaucoup plus difficile que vous ne croyez, Madame. Une femme digne d'être année et capable d'aimer lovalement, fidèlement, c'est très-rare en France, où les femmes ont tant d'esprit !
— Eh bien , vous vous trompez ! j'en connais qui ont plus de cœur encore que a'espnt, et si vous revenez dans huit jours, je vous prouverai cela.
— Dans houit]owi ! c'est bien long, dit l'Anglais avec une tranquillité remarquable.
— .Ah ! que vous êtes pressé ! Il parait que le voyage d'Italie vous a peu satisfdil, et que vous comptez trouver mieux chez nous. Allons ! j'espere que vous attendrez bien huit jours. Je suis femme de bon conseil, je connais le cœur humain , et je m'intéresse à vous... vrai ! comme si vous étiez mon fils.
— Vous êtes bien6o«! répéta l'.Anglais, avec un imperceptible sourire d'ironie.
On était au dessert. C'était le département de Jeanne. Elle entra apportant des corbeilles de pommes, de po
matrimoniales de la Charmois fatiguaient beaucoup, chan gea la conversation en s'adressant à mademoiselle de Boussac :
— C'est bien! mademoiselle Marie, lui dit-il en riant, \ ous cioyez m'avoir donné du poisson à souper, mais je n'y ai pas touché, ne vous en déplaise.
-Marie avait déjà oublié le conie de la gouvernante anglaise; elle regarda sir .Arthur d'un air étonné.
— Miss Jane est fort bien déguisée, reprit l'.Anglais ; mais elle est aussi belle d'une façon que de l'autre, et je n'ai pas été attrapé un seul instant.
— Je vous demande bien pardon , dit Marie ; vous avez pris notre belle laitière pour une gouvernante anglaise; et Dieu sait si je songeais à vous attraper. C'est M. Marsillat qui a fait ce conte-là.
— Vous jouez très-bien la comédie, répliqua l'Anglais, obstinément déterminé à prendre Jeanne la laitière pour miss Jane travestie.
— Ah ! c'est trop fort! s'écrièrent les jeunes filles en éclatant de rire. Je parie qu'il croit que c'est à présent que nous le trompons !
— Bonne comédie! répéta sir Arthur en riant à son tour de bon cœur.
11 fut impossible de savoir clairement ce que pensait l'Anglais mystifié; mais il est certain qu'il ne voulait point croire, tout exempt de préjugés qu'il était, à tant de majesté chez une laitière, et qu'il s'en tint à sa première impression , son admiration sympathique pour la belle compatriote qu'on lui avait montrée en robe blanche et en cheveux d'or tressés à l'anglaise. « Elle est bien vraiment la plus belle femme du monde, dit-il à Maisillat, qui s'amusait à l'interroger en sortant de table, car elle est, s'il est possible, plus belle en cornette qu'en cheveux. » .Aussitôt que l'.Anglais eut englouti six tasses de thé que Marie lui prépara avec soin et lui versa avec la grâce d'une bonne sœur, reconnaissante des soins qu'il avait pris de son frère, il Ht avertir les postillons, résista à de nouvelles prières, renouvela son serment de revenir dans huit jours, et partit après avoir pressé dans ses bras son cher Guillaume, qu'il regardait comme un fils adoptif. -Au moment où il montait en voiture, la grosse Charmois qui l'avait reconduit jusque-là avec toute la famille et qui s'acharnait après lui, lui dit d'un air fùte, à demivoix : — .Ali çà! vous m'avez promis de me consulter! N'allez pas vous embarquer dans votre grand projet sans m'en l'aire part. Je connais tout le monde, moi, et je suis plus à même que qui que ce soit de vous donner des informations et de vous empêcher de tomber dans quelque piège.
— Soyez tranquille, Madame, répondit sir .Arthur d'un air un peu railleur, en s'enveloppant de son carrick de voyage, ((u'il boutonna méthodiquement sur sa poitrine • dans houit jours, nous parlerons de cela, et peut-être vous en écrirai-je avant Aoui^ jours, car je suis un homme Xtei-immepatiente .
Cette dernière parole laissa dans l'àme de la grosse Charmois les plus doux rêves d'établissement pour sa lille : elle n'en dormit pas de la nuit. 11 m'en écrira avant huit jours! répétait-elle en agitant sur son oreiller sa grosse télé pleine de projets. C'est à mot qu'il compte écrire et non
et de raisin admirablement conservés et arrangés avec à madame de Boussac ! Donc c'est à ma fillequ'il pense art dans la mousse. Habillée en paysanne, avec beau- i Certainement il l'a regardée, beaucoup regardée. Toutes coup de propreté, les manches retroussées jusqu'au ^ les fois que je lui conseillais le mariage, il regardait Elvire coude pour être plus adroite, elle allongea ses beaux bras d'une façon étrange. 11 a une drôle de pliysioiiomie. On ne blancs pour poser, au milieu de la table, un large fro- ; sait trop s'il plaisante ou s'il parle sérieusement; mais mage à la crème qu'elle venait de battre et de délayer à ^ c'est un original. Je lui ai plu. Combien d'hommes nés? la hâte. Son teint était animé. Elle se pencha pour servir décident pour une jeune personne que par entraînement
JEANNE
pour respril de la mère ! D'ailleurs EUire éclipse complètement Marie. Marie a de beaux yeux , mais elle est si maigre! elle a l'air d'un enfant, et l'idée du mariage ne vient pas en la regardant.
Que devinrent les douces illusions de la sous-prefette de Boussac lorsqu'elle reçut dès le lendemain le billet suivant :
« Madame ,
o Dans mon impatience de suivre vos bons conseils et de m'éiablir suivant mon goût, je viens vous prier d'être mon iiuermériiaire auprès de miss Jane , la gou\ei nante anglaise de voti e fille , pour lui offrir humblement la main, le nom et la fortune d'un hounéle homme, trèsamoureux d'elle. Je suis avec respect, etc.
<i .\rtiiir Harley. u