SECTION QUATRIÈME
SY9rÈMB RÉFLEXIF^
CBÀPITRE PREMIER.
M L'oBIQINB m 1^ KtPLBXION . -^ GOMIIIHT GSTTB FÂCOLTt PKJT SB FOiroU SOR l'BXBICICI DBS SBlfS DB l'oUÏB BT
BB u voa.
Dans la perception qui résulte d'un déploiement d'activité sur l'objet sensible, il y a, comme nous l'avons assez vu dans toutes les analyses antérieures, une partie variable et une partie qui ne l'est pas. La première est inhérente ztfx impressions de la sensibilité, ou dépend des conditions organiques, telle- . ment qoe si ces conditions étaient chaagées, ou si les formes de notre organisation étaient autres qu'elles ne sont, cette partie variable de la perception, et tous les rapports, toutes les combinaisons où elle entre seraient nécessairement changés. Ainsi, par çxemple, les espèces ou genres artificiels sous lesquels nous rangeons nos sensations de couleurs rouges, vertes, etc. , et de saveurs, d'odeurs douces ou amères, de corps chauds ou froids, polis ou rudes
au toucber, etc., ne seraient plus les mêmes, et il y aurait de nouveaux genres fondés sur de nouveaux rapports aperçus entre d'autres modifications. . i ^ ; ; ^ • '
Mais ce qui demeurerait identique, dans toutes les formes possibles^4'^g«ii*s«$Î0||| 4'est ce qui reste constamment le même dans toute la variété de nos sensations actuelles, TprellBSTineisoTent leurs différences spécifiques. C'est, dans l'exercice du toucher ^ctif en particulier, fe ra|)f>(irt ébhllhteh fd'attribution à l'unité de résistance ; rapport invariable puisqu'il ne 1}é[)étïti "éA <a1i'ttiW& t^niëf^ «lèsiwiiie&^do j'oi^ganifâtioii ni des moclès de ta èèùsMlftè, tèt tjti'îl Sub*féterait identique, comme nous l'avons vu, quanâ même le toucher se trouverait téànk -à un ongle mobile qui ne s'appliquerait que par un point aux objets soli- 'âes. tfé ^er^tàW, (itin'is ttotftefe tes •«efifôï'rè^s lo^aMi^es, Tattribiittôtt à lin siégé ô+gàrfq«e ; d^«s toutes les 'îiituittonfe , le rapport à tlii taî&ftrè éfepàcct etafitt, oe "qui est trfes^-û'ô'tâbb, daite tètts îes m^oéés H^ui 4^e«iderit d^utt toô'nvetn^, iî\ijSt effbrt '^uè là *ol'<^nté Tcomnlèïice et qu'elle fefeiite éëtetHAti^, te vPipp^t ^ d'aftï'ïbdîôïi'à là catfôè fM/i%r(^ prt)d\i«i^,'iià*<ïtiè. tek' Vâippottfe', et'fe 'àèM^^tttm^, kfà im^Mt^t ^ lâ'ibrme'de nôfe s[péfcép*tîbhs, 'ou lé "m dtiHè hwà- '%tëi tétî(îeft1;^rtfe te^^k à «eefônftïiâw *ve«5 ^m irii- 'p^eèsiôtts pafeivëfe dé là séftsftifièé, «et f(fM «aiwfei dire a s'Sabsyrb'ét» 'en lerBes. A péîne 'coiaice<fl5âS^ft*^s màmténanl q^u'8 "f 'ait qûeîqtte *àîri*é 'cofistàAte <telis "la varîêïé iiés^eiïfeafibni^'; "à *pâûe ifhAiflgtiotts-ffOtis oeqm est Jictrçei'Èff jtigè^é^qtir 8^t^€Wti'#tmie«ce
qui affecte sipdpleroent la sensibilité. De là cette as-< sertioa géqérab adoptée par plusieurs philosophes de différentes écoles que les premières idées venues des sens sont purement passives» ou réduites à des modes de réceptivité et que, par suite» Teptendement est passif. De là aussi Taveuglement oii Ton est sur la nature et l'origine de l'idée de cause et de force ^ laquelle on prétend substituer la simple liaison des inwges PU des phénpmènps qui se succèdent dans un temps, sans s'informer d'où noua vient l'idée du teuîpSt h dis que nou;§ concevons à peine l'unité de moi, de cause, de sujet et d'objet dans la variété des sensations ; mais si nous n'en avons pas la conception distincte et séparée, cette unité ne nous est pas moins donnée nécessairement dans le conei^et^ avep toute perception ou représentation di^tûicte dont nous ayons la conscience. Par cela seul en effet que nous existons comme personne individuelle, nous avojospje ne dis pas l'idée ou la conception, mais un sentiment de notre unité personnelle, de l'unité de ia dui'ée coj^tinuéedu même. WjP^', 4^ notre oausalib^ dans ies actes x)u mouvement^ volontaires, et au^sji du durable de quelque force ou substance hors de .nou§. Ce Âonl les conditionjs nécessaires de toute pen^éef de tautp existence individuelle aperçue oju sientie. Ce sont des faits primitifs qui, pour «être confondus,, .déguisés sous la variété d/es impressions seu-, ^bles qui les obscurcissent au les altèrent pajr ^e)ir mébnge, n'en subsistent pas moins i^iyariablement aii loMd 4u j»eps inUme de çhagan où mm pouvons Jiss ^reiQfin^^^^? . .
Mais par quel moyen, queHe faculté, pouvonsrnous apprendre à reconnaître ces faits simples et primitifs, les séparer ou les abstraire de tout ce qui n'est pas eux, transformer en idées ou notions les sentiments cotifus que nous en avons, penser enfin ce qui nous fait penser? Cette pensée intime est-elle possible, et comment Test-elle? De quelle nature sont cas produits? Sont-ce de pures abstractions, sont-c€ des réalités? ou plutôt l'abstrait lui-même n'est-il pas ici le réel ?
Cette dernière question se trouve résolue à l'avance par ce que nous avons dit de l'exercice d'un toucher actif, qui serait réduit au sens de l'effort, et dénué de toutes les formes de la sensibilité extérieure. Nous avons vu comment ce qui n'existe pour nous qu'en abstraction, le point, la ligne mathématique et les rapports invariables des formes et des nombres se trouverait naturellement dans le point de vue d'une double aperception médiate et immédiate, externe et interne, et constituerait un monde des réalités sur lequel l'imagination et la sensibilité ne répandraient plus ces apparences variables qui fournissent au scepticisme ses moyens de ruine et de destruction universelle. Mais on pourrait nous reprocher de n'établir que sur des hypothèses' la science des réalités dont nous cherchons les principes, et d'avoir substitué des abstractions, ouvrages de l'esprit, aux feits réels et primitifs dé la nature pensante, sur lesquels cette science peut reposer. Pour éloigner ces reproches, lever tous les doutes qui pourraient rester encore sur la nature des faits
SYSTÈME RÉFLEXIF. — CH. L 226
primitirs, et mettre en évidence les lois de la faculté de réflexion qui leur est seule appropriée, je suivrai ici une méthode plus rapprochée de l'expérience.
J'appelle réfiexwn cette faculté par laquelle l'esprit aperçoit dans un groupe de sensations, ou dans une combinaison de phénomènes quelconques, les rapports communs de tous les éléments à une unité fondamentale, comme de plusieurs modes ou qualités à Tunitè de résistance, de plusieurs effets divers à une même cause, des modifications variables au même moi, sujet d'inhérence, et avant tout des mouvements répétés à la même force productive ou à la même volonté nm,
La réflexion a son origine dans cette aperception interne de l'effort ou des mouvements que la volonté détermine; elle commence avec le premier effort voulu, c'est-à-dire avec le fait primitif de conscience. Mais cette conscience de l'effort s'enveloppe dans les affections passives avec qui elle se trouve unie dès l'origine. Elle s'enveloppe dans le senti* ment des modes qui résultent en tout ou en partie de l'effort volontaire, et que l'attention distingue les uns des autres, sans pouvoir en distinguer le sujet d'inhérence ou la cause productive. C'est ainsi, comme nous l'avons dit, que les opérations actives du toucher se confondent avec les impressions des qualités tactiles, celles du regard avec les représentations des couleurs et ainsi des autres sens. Ainsi nous nous regardons comme passifs dans des perceptions qui résultent du déploiement de l'activité ta plus ex-
^ FOND. DE IiA WÏGBQUDGI^ — PAfti; IL SEGT. IV.
pressa ; ainM nous pouvons répéter librement une série d'actes quelconcpies sâins avoir la conscience distincte de Tax^rcice du pouvoir ou de la puissance qui effectue ces actes.
C'est vm l^i biw remarquable d^ «otre natgre agiasante et pçnsante« soumise à toutie rîqfluencede rbabitude» qui facilite toutes ses opérations^ en mèoïe temps qu'elle l'aveugle sur leur commun principe; o'est^ dis-je, une loi de cette nature que« dans une série plus ou moins longue d'actes ou de mouvements volontaires» associés chacun à une im^ pression, une image ou un mode passif et leur ser^ vaut de j^gnes^ ïeSU de ces signes disparaît au re^ gard de la conscience, et la série entière devient comme passive et spontanée. Qu'est* ce doi)c qui pourra nous rendre le sentiment distinet de notre effort, ou plutôt nous donner la première idée de notre ^tivité, exercée dans la perceptioa même, mus faire apercevoir l'unité de cauee dans la variété à^ effets qu'elle produit, l'unité de substance dans la multiplicité jdes modes» et de là nous conduire fn^T une suite de progrès plus étendus, quoique tovH jours isoum^ à la même loi» a concevoir l'unité, i'idenlité d'na principe, d'ui^e a^ion fondamentale d.ans la variété des conséquences ou des idées qui is'en déduisent?
Si l'être moteur et pensant était réduit au sens de i'effort, il aurait l'ap^ception interne de tous les j^ouvements déterminés par la n^ême volonté uae qui tes effiâctue. Cl pourrait être dit les réAécbir, j^sqn^ diSfis k iil«rp r4^éi^tip« die ç^ fapwmm^
^t en ffiî^wit aJ^trapUoQ des effçts de l'habitude , il aimait la co94cifipc$ du pouvoir ou de la cause qui \0s'eiï^çtA}i^ Mais ce n'est là qu'une hypothèse ab^ •traite k laquâUe il est pourtant nécessaire de remoniw p^tor trouva l'origine de nos premières idées â'^wt$ïm, àe 4»use, etc.
ïel ^ueAOus l'avons considéré jusqu'ici, le sens de r^fibrta^'fist point Isolé, dans la nature, des orga^ nés de nos impressions passives auxquelles s'unissent tous ^s produits, et dans lesquelles ils s'enveloppent» coi^vie Aous l'avons dit. Pour que ces pih>duite pusseirf se développeri et pour que la réflexion, qui y trouva son fondement ou son mobile propi\e, pdft jr «deoieurôr attachée, il faudrait que le «Q9t <b l'effort se trouvât lié à quelque organe d^ aensatioQ, de telle lamière que ses produits se trouvalssetft revêtusi pour ainsi dire^ d'une forme sensible ie&el«si«iement subordonaée «comme lui ou par lui à la vok«Ués de telle manière que l'être moteur et Mtisiblef qui s'attribuerait les juouvoments comme 'âB^élâÉt la cause uniquci s'attriJ^iât par là même \t$ impf)etei«lis qui iréspiteraient de ces mouvements, ou de l'effort iqui les détarmiw«ans le concours d'au-^ oune Swtm étrangèire. Alors et-seidement alors, i'attention qui s'attache toujours a^x résultats «xté^ deuws *de nos aetes voloutsÂres, ne diffër^rail plus >de 4a réftexion concentrée dans le sentiment du pou- . voir iibm qui leB -effectue^ et œtte dernière faculté Irouver^H son origine et sa base dans une «certaine -espèce doisensations, ou4ans un (m0de particulier de i «ftiarcjtue d'tun sens.
228 FOND. D£ LA PSYCHOLOGIE. — PART. IL SIECt. IV.
Or, les conditions que nous venons d^exposer se trouvent remplies naturellement, et non plus par hypothèse abstraite, dans le sens de Touïe unie à la voix. L'analyse des circonstances et des résultats de cette union; ou de cette correspondance établie par la nature entre les mouvements vocaux et les impressions auditives, nous fera découvrir peut-être les lois originelles de la faculté supérieure dont il s'agit.
L'exercice actif du sens du toucher, comme nous l'avons vu, renferme deux fonctions : Tune, sensitive, ou relative à la connaissance que nous prenons des qualités tactiles secondaires, ou de leur rapport variable à la sensibilité qu'elles modifient, l'autre, motrice relative à la connaissance des qualités premières et des rapports premiers qu^'eIles ont entre elles ou avec les substances dont elles sont inséparables. Les deux fonctions se trouvent réunies dans le même organe ; voilà pourquoi les deux sortes de rapports dont nous venons de parler sont si sujets à se confondre et pourquoi auisi cette abstraction sûr laquelle se fondent les vérités réelles abi^olues de h physique générale et des mathématiques est d'abord si difficile à concevoir par des esprits^ accoutumés aux impressions- sensibles et aux images.
Le sens de l'ouïe considéré dans son union intime avec la voix réunit aussi éminemment les deux fonctions sensitivé el motrice, mais ici, elles se trouvent naturellement séparées. La première ayant pour siège l'organe de l'oiiie, est destinée à nous mettre en rapport avec les êtres ou les objets du dehors
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qui se manifestent par les qualités sonores ; la seconde est concentrée dans l'organe vocal ou oral, au moyen duquel s'établit une communication intérieure fixe et constante entre la faculté de mouvoir, d'articuler, et ultérieurement de penser, et celle d'entendre, de s'entendre soi-même. D'une part, la séparation oii,se trouve l'organe sur lequel la volonté agit immédiatement du sens qui recueille les produits de cette action, empêche celle-ci de se confondre avec ses résultats ; d'autre part, la communication du sens avec son organe mobile répétiteur est tout intérieure et n'admet aucun intermédiaire extérieur : deux circonstances qui favorisent également l'exercice de la réflexion.
 chaque impression de son reçue par l'ouïe extérieure correspond une détermination motrice instantanée qui va mettre en jeu la touche correspondante de l'instrument vocal ; le son du dehors est imité, redoublé. Pendant que l'ouïe externe est frappée d'une sensation directe, l'ouïe intérieure est frappée d'une impression réfléchie, comme par un écho animé. Mais cet écho d'une impression externe a une activité indépendante des choses du dehors [1 ). L'être doué de la faculté de rendre des sons, d'articuler, et de s'entendre dans cette libre répétition, emploie un organe ou instrument dont il dispose pour impressionner un sens passif en lui-même. Il se
(i) Echo extemarum et tamen ab extemis independem , dit Leibnitz, en parlant de la monade qui perçoit des impressions quelconques. (EpistoUe ad P. Des-Bosses, édit. Dutens, tome h, partie i, page 319.) On peut appliquer cette expression du génie aux perceptions 4es sons imités et reproduits par la voix humaine.
donne une 3uîte de perceptions dont sa votonté motrice tire du dedans la matière en même temps que la forme. C'est ici la harpe animée qui se pince elle- ' même. Les autres sens sont comme ces harpes êoiiennes qui attendent que les vents fassent frémir et vibrer l^urs cordes sensibles.
Dans le regard le plus actif Tœîl ne s*éclaire pas lui-même, et si dans le toucher la résistance n*est aperçue que daps un effort que la voîonté détermine, . il n'en est p^s moins vrai, quoi qu*en puissent dhe les idéalistes 3àns bonne foi, qup la matière et la fornje de la perception ne viennent pas de la même source; que le sujet ne s'oppose point à lui-même ou ne limite pas Teffort qu'il crée par une résistance absolue indépendante. Mais dai^s l'exercice simultané de l'ouïe et de la voix., îe mouvement, et le son qui en est le produit, émanent bien de la même source et s'adressent au jpême sujet qui les réfléchit, étant approprié également au double effet dont il est pause. Le son étranger qui yient affecter Inouïe extérieure est vraiment distingué du son articulé que la volonté détermine, comme un mouvement libre, volontaire, ou accompagné d'effort, est distinct d*un mouvement contraint^ déniée de tout sentiment de pouvoir. Danç le premier cajs, c'est lé moi qui est cause; dans Tautre, c'est une cause non mot sous laquelle l'individu est, ou se sent passif, et nous retrouvons encore là, dans oe contraste., qn double fondement à la croyance et au jugenictit d^exlérioi'ité.
L'organe ypofll, comme ceux de h loi^TOOtjoq^iont
srSfËlilE KÉWiRXtP, *- CH, I. ÎM
il Mt partie, est d'abord mis en jeu par les impulsions sympathiques de Tinstinct. Les vagissements de Fenfant qui vient de naître, les cris iiiarticulés de la douleur ou du plaisir, enfin tous ceux qu^arraehent k la sensibilité des affections vives, subites ou profondes, composent ce que Ton pourrait appeler un langage primitif naturel, s'il y avait un tangage pour Têlre purement sensîtlf, qui n'a pas Tintention de rien signifier, pour qUi il n*y a pas encore dMdée à exprimer, ni de volonté déterminée k manifester au dehors. L*être qui pense peut seul Interpréter le signe involontaire de la nature et en former une langue proprement dite, lui seul peut intellectualiser en quelque sorte Tinterjection et y renfermer la valeur d'une proposition tout entière (1). Je dis l'y renfermer et non pas l'en déduire , car la proposition ou le jugement qu'elle exprime n'est sûrement pas dans la sensation animale.
En tant que l'organe vocal est ainsi en rapport sympathique avec les affections deTinstinct, ses fonctions sont étrangères aux perceptions de l'ouïe, et par suite à tout développement intellectuel. Les enfants qui naissent sourds-muets ont comme les autres les vagissements, le cri, l'interjection du plaisir ou de la douleur; mais il y a loin de ces signes ttlstinctîfs aux signes proprement dits que la volonté instituera dans la'suite, et dont elle composera la langue des idées. Ce passage si important, et si peu remarqué, commence à être franchi aussitôt que l'enfant
(i) Vojejf U Grammaire cle % 4e Tracy,
transforme les cris interjectifs en signes de réclame. Alors il est une personne individuelle, il a une intention, une volonté qui s'exprime ou se manifeste au dehors. Alors aussi il commence à s'imiter lui-même^ c'est-à-dire à répéter volontairement les sons que l'organe vocal avait produits d'abord par l'impulsion de l'instinct sensitif, et puis par un effet de la motilité spontanée (1). Il dispose des perceptions de l'ouïe comme de l'effort et des mouvements vocaux ; il est ou se sent cause de ses perceptions, comme il est ou se sent cause de ses mouvements. L'activité qui produit immédiatement les uns se réfléchit dans les autres ; l'individu qui émet le son et s'écoute, a la perception redoublée de son activité. Dans la libre répétition des actes que sa volonté détermine, il a la conscience du pouvoir qui les exécute, il aperçoit la cause dans son effet, et l'effet dans la cause ; il a le sentiment distinct des deux termes de ce rapport fondamental ; en un mot il réfléchit.
Cet exemple est unique dans l'analyse des sensations, il était digne, ce semble, d'attirer l'attention des philosophes qui se sont occupés de l'origine et de la génération des facultés humaines, comme de la liaison des signes avec les idées. L'exercice du sens de Touïe interne considéré dans son union ou sa correspondance intime avec l'organe vocal, premier instrument de la volonté, est le seul sens par lequel l'être sensible et moteur puisse se modifier lui-même * ■ ' ' ■ — -■''■'■'■ —
(1) Voyez ce qui a été dit dans la première partie de Pouvrage sur le passage des mouvements instinctifs aux mouvements volontaires*
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sans le concours d'aucune cause étrangère à sa propre force motrice. Dans les autres sens, le vouloir et l'effort ont toujours un terme ou un objet extérieur, dont l'impression distrait ou absorbe le sentiment interne de la cause qui concourt à la produire. Ici, l'effort et le mouvement n'émanent profondément du sujet que pour s'y réfléchir sous les formes d'une perception sensible, que l'être actif adopte et reconnaît comme son ouvrage.
En comparant d'une manière plus expresse les fonctions de l'ouïe jointe à la voix avec celles des autres sens de Tintelligence, le toucher et la vue, dont nous avons fait l'analyse, on pourrait dire que les mouvements vocaux sont aux sensations auditives ce que les simples mouvements volontaires sont aux sensations tactiles, et ce que les perceptions complètes du toucher sont aux intuitions immédiates du sens de la vue. Mais, dans ces dernières associations d'un sens actif avec un organe passif, l'élément sensible projeté danà l'espace attire l'attention au dehors et la fixe sur l'objet étranger; l'effort n'est pas distingué de son produit, l'individu ignore la part qu'il pr^d à sa modification, il ne réfléchit pas. Au contraire, dans l'association de la voix avec l'ouïe, l'action el son résultat sont deux éléments homogènes, également appropriés à l'aperception interne. Au surplus, comme la main imite toutes les formes et les reproduit ou les crée une seconde fois, la voix imite tous les sons et sert à reproduire dans la pensée tout ce qui peut être associé à ces perceptions directes.
Ainsi activée par^ la voix articulée , l'ouïe est h
tu i8
sens imipédiat de la réflexion ; c'est celui qui répète ou redit tout, jusqu'aux modes b» plus intimes de la pensée, auxquels il fournit des signes de distinction et de rappel. On peut dire qu'il est par excellence le sens de l'entendement puisque c'est par lui seul que Têtre qui pense en tant qu'il agit et meut, entend, dans toute la propriété du mot» toutes las idées qu'il conçoit, tous les actes qu'il détermine.
Pour bien apprécier l'espèce d'influence que les sons articulés^ considérés comme signes des idées auxquelles ils sont associés, ont sur la formation, le rappel de ces idées, et les diverses opérations intellectuelles qui s'y rapportent, il importait d'abord de déterminer la nature et le caractère des perceptions qui servent de signes à toutes les autres, il fallait partir des signes de la nature pensante pour mieux déterminer les bases de l'institution des sign^ de rart>
Les sons articulés ne communiquent en eflfet un caractère plus réfléchi à tous les modes ou idées auxquels ils s'associent que parce qu'ils onteux-mêmes un tel caractère. Ils ne rendent l'exercice de nos facultés diverses disponible que parce qu'ils sont euxmêmes à la disposition de la volonté qui les crée sans avoir besoin d'auxiliaire étranger ; ils ne donnent l'ordre successif de la pensée à tout ce qui est simultané dans la sensation que parce qu'il est di^ns la nature de la voix et de l'ouïe de procéder par succèssioa; enfln, ils ne communiquent une forme sensible aux notions abstraites, ou aux produits intellectuels, que parce qu'ils sont eux-mêmes des actes de vou-
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loir sensibilisés. On a trop négligé l'analyse de ces phénomènes de Tordre sensible auxquels se rattachent les signes institués et qui rendent leur institution possible. Ceht par h que Locke a mérité le reproche quelui adresse Condillac (1), d'avoir considéré la réflexion comme une faculté innée ou n'ayant au^ cune origine dans l'expérience; c'est par là aussi que Condillac lui-même, en mettant en évidence le grand principe de la liaison des idé^s entre elles et avec les sienes institués, n'est pgint remonté jusqu'à l'origine de cette institution, et a fini par en méconnaître les résultats la plus essentiel (â). Voyons comment cette omission peut être réparée par l'applicatipudes analyses qui précèdent.
(1) Bùctratt raisonné du Traité des sensations. (3) V9Wt te Traité des sematwm.