DEUXIÈME PARTIE
iNÀLTSlS btS iTACULtÉS DE L'fiOMMG.
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La vie de relation ou de conscience a son principe dans l'effort voulUé
Atant que cette rie de relation commence^ il n'y a que des impressions passives et des moute^ ments instinctifs, des modes de plaisir oïl de douleur sans mot.
Les facultés actives et lei^ facultés passives^ bien que parfaitement distinctes^ sont étroitement unies dans l'homme, dupUœ in hwnanitatê.
Il importe également, pour établir la science complète de l'homme, de bief) distinguer les éléments qui le constituent» et de suivre ces éléments dans leurs combinaisons diverses.
Tous les ftiits de la nature humaine peuvent être claisés dans les quatre systèmes suivants, systèmes qui ne représentent pas des abstractions logiques^ on le tésuitat d'analogies vagues et arbitraires, maia qui sont distingués les uni^ des autre» en vertu d'ob-* Kenratiôns positives et réelles.
1* Les affeetiant pures^ en l'absence du isentiment d'existence personnelle, demeurent en dehors du cercle de la connaissance, datts leqtlé) elles lie peu^
vent entrer plus tard, qu'en s'associant avec les éléments de Tordre actif : système affectif.
2" Dès que l'effort est en exercice, le moi s'unit aux modifications variables de la sensibilité, mais sans jamais s'identifier avec elles. Il rapporte ces modifications à des sièges organiques, les attribue à une cause, leur associe des rapports d'attribution et de causalité, inhérents à l'exercice de l'effort voulu, et étrangers aux affections La connaissance trouve ainsi son origine, et le jugement : <( je sens » a une base. Mais le mot, dans le premier degré de son union aux impressions, n'est encore que spectateur, sans concourir par son action propre à l'effet produit : système sensitif.
3* Le moi peut prendre une part directe aux modes perçus. Mais, aussi longtemps que son action est subordonnée à l'action des objets extérieurs qui la sollicitent, le sentiment qu'il a de lui-même demeure encore enveloppé et comme confondu dans la perception : système perceptif.
4*» La volonté, par une action initiale, peut déterminer des modes dans lesquels l'impression n'est jamais que consécutive à l'effort voulu. Le moi, dès lors, ne peut plus ignorer sa propre causalité et sa part dans le fait de la connaissance. Il s'aperçoit, et par là même il aperçoit les notions dont il est l'origine. Le fait primitif est dégagé de toutes les modifications adventices auxquelles il s'associe ; et le sujet étant aperçu dans sa pureté, Vobjet de la connaissance se trouve aussi, par là même, isolé et comme mis à nu : système réflexif
Système affectif.
Vaffection est la sensation sans moi, et par conséquent sans idée, sans forme d'espace ni de temps.
Ce n'est pas une abstraction, mais un mode réel qui est toute Texistence de beaucoup d'êtres vivants, qui constitue la nôtre à son origine, et actuellement encore toutes les fois que l'action de la volonté est suspendue entièrement.
L'expérience nous enseigne que le moi s'associe aux impressions, à des degrés divers, et tend à disparaître toujours plus complètement à mesure que les impressions gagnent en intensité. Nous sommes conduits par là à concevoir un état dans lequel les impressions subsistent seules.
Plusieurs philosophes (Leibnitz, Buffon, Bacon, Bonnet) s'accordent à admettre un semblable état à titre de mode réel.
Les affections étant contemporaines de la vie, on ne peut rechercher leur origine (1).
(Affections générales.)
En l'absence de toute impression, venue du dehors,
(1) L'existence des modes affectifs est un des points de la théorie de M. de Biran qui soulèvent le plus de difficultés.
Les principaux passages à consulter dans l'édition Cousin, sont : tome II, pages 134 à 17a ; tome ni, pages 208 à 293; tome iv, pages 81 à 116. (Voir à ce sujet l'Introduction générale de l'Éditeur, placée en tôte des présents volumes»)
il doit exister un sentiment vague de la vie, sans personnalité. Pour devenir ({uelque chose comme sentant, il faut d'abord être quelque chose comme vivant.
Les impressions faites sur les organes internes (le système nerveux de la vie organique) se confondent avec le sentiment général de la vie. Il en est de même des impressions faites sur les extrémités nerveuses des sens externes, aussi longtemps que ces impressions conservent un caractère excitatif général.
Les affections sont agréables ou douloureuses. Elles amènent des mouvements de réaction qui tendent à les maintenir ou à les repousser.
Il est, dans notre mode actuel d'existence, un grand nombre de modifications, celles, par exemple, qui dépendent de l'âge, de la santé, du climat, sur lesquelles tout retour nous est interdit. Le moi en devient témoin, sans pouvoir en arrêter le cours.
Il existe en nous deux forces : l*une aveugle, l'autre prévoyante ; bien qu'unies, elles demeurent deux et sont toujours prêtes à se séparer.
(Affeetions paîrticulièreB.)
À mesure que la vie se développe, le caractère excitatif général des impressions diminue, et les affections particulières peuvent se manifester isolément.
Au tact se rapportent les affections de froid, de chaud, d^humide, de poli* etc.
Les affections de ïodorat et du if4Pût «outimMAt
des rapports étroits avec les inatincts de eonservd^ tion, de nutrition et de propagation. Lentes à fie èé* parer du ^entinlent général de la vie, diéi têtldent incessamment à b'y rejoindre.
Les affections visuelUà, au contraire , perdâtit promptement le caractère de généralité. C'est à la présence de ces affections qu'il faut attribuer le fait que les couleurs nous plaisent ou nous déplaisent absolument» indépendamment de tout plaisir né dé la comparaison ou de la distribution.
Les affections auditives rendent compte de ce qu'od appelle timbre dans les sons, et accent dans Us foix^ et jouent un grand rôle dans les phénomènes de la sympathie des êtres sensibles. Elles n'appartiennent pas à l'appareil auriculaire, d'une manière exclusive; mais l'action des ondes sonores sur d'autres organes, l'épigastre par exemple, tend à produire une affection générale, et non localisée.
( IntoitioDB immédiatesé )
Toutes les affections, par leur nature, iont âbso-^ lument passives, et, par suite, en dehors du système delà connaissance* Mais les unes demeurent toujoun^ plus ou moins confuses, tandis que d^autres renfer^ ment un élément qui les rend plus particulièrement aptes à entrer en combinaison avec le moi ^ et à recevoir les formes de l'espace et du temps.
Cet élément que nous distinguons sous le titre à' Intuition immédiate passive consiste :
Pour le tact : dans la distinction naturelle et, poul*
ainsi dire, organique des points coordonnés dans un espace.
Pour la vue : dans une coordination naturelle des couleurs, qui tient à la distinction des fibrilles de la rétine; et dans une propriété vibratoire en vertu de laquelle l'organe prolonge et reproduit spontanément les images.
Pour l'ouïe : dans une distinction des sons successifs ou simultanés, due aux inégalités des fibres de la lame spirale; et dans la vibratilité des cordes de l'instrument auditif qui peut prolonger ou reproduire spontanément les sons.
(PhéDomènes consécutifs. )
Chacune des modifications qui viennent 'd'être énumérées laisse une trace dans l'organisation.
Ces traces influent sensiblement sur le mode d'existence ultérieur, mais ne sont liées à aucun souvenir, parce que l'afiection a été sans conscience. '
Les affections proprement dites laissent après elles des attraits ou des répugnances. Les attraits ou les répugnances qui se manifestent dans l'état conscient, tirent souvent leur origine d'aflections qui se sont produites pendant le sommeil , ou même dans une période antérieure à la naissance.
Les intuitions laissent après elles des images ou fantômes, qui se reproduisent spontanément, soit dans leur ordre primitif, soit dans de nouvelles agrégations fortuites. De là les phénomènes des rêves, du délire, etc.
RÉSUMÉ. U^t
Les mouvements de réaction laissent après eux des tendances d'où naissent des mouvements spontanés.
Ainsi rentre dans le système affectif tout un ordre de capacités d'être modifié, ou facultés improprement dites et purement passives, dont la réunion constitue une vie animale et sans conscience.
L'affection prépare les modifications sensitives; l'intuition prépare la perception, les mouvements spontanés préparent l'effort. Mais cette préparation ou antériorité dans le temps, n'est, en aucune manière, une production. La vie animale s'associe à une autre vie, elle ne se transforme pas.
L'être affectif est identifié avec ses impressions ; la vie de relation ne commence qu'avec le moi.
Système sensitif.
La vie de relation dépend du concours de deux ordres de faits que les unitaires (spiritualistes ou matérialistes) s'efforcent en vain de réduire à un seul.
Par le degré inférieur d'effort qui fait la simple veille, le durable de l'existence est constitué, le moi est associé aux impressions du système précédent qu'il revêt des formes de l'espace et du temps, et dont il devient spectateur, sans les modifier par une action expresse et directe.
Ul FONDEMENTS AB LA PSYCHOLOGIE.
(UttidQ du mei avec les affections. — Sensations affectives.}
Les affections générales sont rapportées au corps en masse. Elles tendent toujours, en raison de leur nature propre, à absorber le moi.
Les affections particulières sont localisées. Cette localisation suppose la connaissance de Torgane comme terme de Teffort et siège de l'impression.
(Union du moi avec les intuition», -^ Sensatipus ropréientatives,)
L'habitude qui émousse les affections, tend au contraire à rendre les intuitions toujours plus distinctes.
L'intuition, indifférente de sa nature, ne saurait absorber le moi, car elle suppose un mode de coordination dans un espace dont le moi ne peut que se séparer.
En se rejoignant à la sphère de la connaissance, l'intuition devient sensation représentative.
Chaque organe se localise d'abord, comme term^ particulier de l'effort générçil qui fait h veille et indépendamment de tout acte exprès d'attention ap^» pliqué à des objets e]^térieurii<
Une des grandes erreurs de Condillac a été de ne pas reconnaître que sa statue ne saurait s'identifier avec des intuitions qui renferment la juxta^position dans resp^PCf comme ^lli ^'identifie avec un mode purement affectif, tel qu'une odeur.
KftSUMfc Mi
— Réminiscence. — Généralisation spontanée.)
L'effort non intentionné qui constitue la veille/ constitue aussi le durable du moi, ou de la personne identique, et rend la réminiscence possible.
La réminiscence est de trois espèces différentes : selon qu'elle a pour objet notre propre être, ses modifications ou des intuitions externes.
La réminiscence personnelle ou identité personnelle a son sens propre et indépendant de la sensibilité ; c'est une idée réflexive simple. Elle est la base du souvenir, à l'inverse de l'opinion de Locke, qui commet sur ce point un cercle vicieux manifeste.
« Le rapport de succession de nos manières d'être variées, qui est ce que nous appelons le temps, a pour premier terme ou pour antécédent nécessairç un sentiment de durée uniforme qui n'admet ellcr même aucune variété, et à laquelle se réfère tout temps réglé et déterminé, coinme tout nombre se réfère k l'unité fondamentale (1). »
(1) Ouel(|ues lignes après celles-là, Tauteur ftiit mention « du Il senHipeni icientique et immédiat de Teiistepce persoqnelle oy « d'une dupée qui peut être considérée comme la trace de Teffort « fluant uniformément, de même que la ligne mathématique est la « trace du point qui flae. »
On peut regretter que ces paroles ne soient pas plus explicites et que nulle part l'auteur n'ait traité directement et ex professa de Torigine des notions de Te^pace et du temps. U se borne à établir incidemment en divers endroits de VE^sai :
1* Que Içs formes de l'espace et du temps ne sont pas pasçivi^r vement innées, mais supposent l'acte qui fait le moi.
2* Que Tespace (en tant qu'espace interne e\ non représentable objectivement ) est compris dans le fait primitif.
La réminiscence modale s'applique aux sensations qui se reproduisent dans une partie du corps où elles ont été antérieurement localisées. Ces sensations sont reconnues, non dans leur degré (froid ou chaleur par exemple), mais dans leur nature générale seulement.
La réminiscence modale n'est point inhérente à l'affection passive ; elle ne se fonde que sur Tattribution à un siège organique que le moi reconnaît comme sien.
La réminiscence objective nous fait reconnaître la ressemblance d'une intuition actuelle avec une image qui est la trace d'une intuition antérieure. La conscience actuelle du mm se joint à Tintuition, la réminiscence personnelle (conscience du moi passé), à l'image.
« L'identité appartient exclusivement au moi, et ne peut être reconnue qu'en lui sous la forme du temps. La ressemblance est toujours concrète avec les objets représentés hors de nous. »
C'est en se livrant à l'imagination qui fait de l'espace le symbole sensible du temps, et en confondant Tindistinction que la distance imprime aux objets, avec l'affaiblissement qui résulte, pour une image du temps écoulé, c'est en faisant abstraction du rôle de la personnalité dans la réminiscence, que l'on a pris un souvenir pour une image, et une image pour une sensation affaiblie.
3° Que Torigine de toute idée de succession est dans la volonté qui étant une, ne peut accomplir qu'un seul acte aperceptif à la fois.
W « Que le temps et Tespace sont aussi distincts que le moi et « ce qui n'est pas le moi le sont dans le fait de conscience. »
Les intuitions, reçues à la fois, se coordonnent dans un même tableau. Un trait suffit pour reproduire le tableau tout entier. De là résulte une agrégation des images avec les intuitions, et des associations spontanées qui se mêlent à la perception, sans que l'être sentant ait, dans le système actuel, la force de réagir contre ces influences.
L'imagination rappelle à une unité, qui a son type dans le nwi, les intuitions qui offrent la plus faible analogie. Il en résulte un commencement de généralisation toute spontanée. Les termes singuliers deviennent rapidement communs, et il faut plus tard un effort pour arriver aux conceptions vraiment individuelles.
(Association de Tidée de cause avec les sensations. —Croyance. — Désir.)
Le moi revêt de ses formes propres tous les modes auxquels il participe. Aussi, tout phénomène od intervient la conscience renferme nécessairement l'idée d'une cause.
Cette cause est mcn, si le mode est aperçu comme le résultat d'un effort voulu ; elle est non-moisi c'est une impression passive, indépendante de tout exercice de la volonté.
Il faut bien distinguer la connaissance d'un objet étranger, qui ne naît que d'une résistance perceptible à l'effort, et la croyance à une causé étrangère qui est suggérée par de simples affections. *
Les affections, combinées avec la croyance, ou l'i-*
Ma FONDEMENTS Dt LA FSTGHOLOGIE.
dée encore vague d'Une oàuee productive^ prennent un caractère de relation i}ui leH rend AuBceptibleii d'être étudiées par le moi; nous lei désignônfe soufc le titre d'^motions^
Les émotions pi^nntnt tan tel empire sttr les ima^^ ges et les représentations qu'on ne croit et n'itnagine que ce qui est en rapport avec leur caractère. Leb croyances illusoires de la manie» l'ardente imagitiatioii du jeune âgé, l'adoration des peuples etifante pour les phénomènes delà nature, protietinent de oe que, sous le règne excluâif de la sensibilité^ toutd image accompagnée d'affections est crue ou réalisée i
Toutes les émotions peuvent être réunied soUs te titre de désir. Le besoin , élément de la vie ftniknale et simple, ne devient désir qu'en se combinant avec la croyance.
Les émotions ou défeirs peuvent se diviser en :
Amour, qui comprend joie, espérance, sécurité ;
Haine^ qui comprend tristesse^ chagriâ, cfaiiite.
Une émotion obntinuée ou répétée devient ]kiMliiMi«
La passion, poussée à l'extrême, ramène l'homme à une vie presque simple et fatale.
Les mouvementé volobtairëè qui peuvent être exécutés sous l'influence du dé6ir, mai^ qiii peuvetit aussi être exécutés dans un sens contraire au désir^ diffèrent absolument des mouvements Jiufetlieût inA^ tiiictifs dans lesquels là volonté n'entre pouk* auôane part.
L'identification du désir et dé là volonté est une classification arbitraire, entièrement contraire â l'ôb* sei*vation réelle des faits dé notre nature.