II. A
monde extérieur, faite de toutes pièces. Tel est le point de vue de Locke. Condillac lui-même, supposant que l'âme de sa statue devient, la modification d'odeur de rose, ou que son moi est l'odeur, admet déjà un rapport d'attribution personnelle. Sous la forme de Fhypotbëse qui représente l'unité sentante, simple et absolue^ il retient encore malgré lui l'idée d'un composé, ou d'une sorte de dualité dont il confond exprès les deux éléments, comme pour se dispenser de toute analyse ultérieure.
Ce serait un tour de force vraiment extraordinaire, et dont la difficulté n'a pas peut-être assez étonné les métaphysiciens, et Condillac en particulier, de prétendre faire ressortir de l'unité absolue deux éléments aussi distincts l'un de l'autre que le sont, dans le fait relatif de conscience, je ne dis pas le sujet et l'objet représenté, mais le moi et la simple affection ou modification sensible variable. On peut, toujours demander, en effet, dans le système des unitaires, 3oit spiritualistes , soit matérialistes, ce qu*est le moi; s'il a une existence propre, indépendante de tous les modes qui lui sont attribués; ou s'il n'est que comme le zéro qui n'acquiert de valeur réelle qu'en s'unissant à quelque chiffre significatif. Nous pouvons, je crois, répondre maintenant à cette question, sans sortir des limites de Texpérience intérieure, ou du fait primitif de sens intime.
Écartons, en effet, toutes les causes d'impressions étrangères; que les yeux soient ouverts dans les ténèbres, l'ouïe tendue dans le silence de la nature, l'air et tous les fluides ambiants en repos, les instruments
feYÔMME SBSârriF. — CH. L U9
de la vie organique danft un parfait équilibré; que le corps reste immobile, mais que tous ses museleii soient eontractés par un eRbrt voulu : nous trouvons dans le sens immédiat de cet effort le fondement unique de Texistence personnelle, ou ce qui flilt proprement le durable de notre être. Maintenant toutes les impressions variables et accidentelles de la sensibilité viennent coïncider, tant que la veille dure, avec ce mode actif et fondamental, uniformément continué; mais elles ne s'y unissent pas toutes de ta même manière, et tious avons vu quelles sont les trois conditions primordiales de cette union, et les trois classes de phénomènes psychologiques qui leur correspondent. Nous ne nous occupons ici que du premier et du plus simple de tous.
Les impressions purement affectives , qui se confondent d'abord avec un sentiment confus de la vie générale absolue, prennent un caractère de relation en s'unissant par simple coïncidence avec l'effort ou le moi. C'est ainsi qu'elles sont rapportées au corps en masse ou localisées dans des organes particuliers.
Dans le premier cas, le sujet de l'effort, toujours distinct dans le fait de conscience de l'inertie organique, sympathise avec toutes les impressions affectives qui s'y rapportent, jusqu'à s'identifier ou se confon*^ dre avec elles , lorsqu'une excitation spontanée les élève au point d'absorber le sens de l'effort et de la résistance. Aussi, l'union du moi avec une affection générale n'a-t-elle aucune fixité, et c'est là qu'on peut dire que la matière est toujours prête à l'emporter sur la formefii
Dans le deuxième cas, où l'impression vient afTecter une partie déterminée du corps, mobile à volonté, le moirapporte Taffection là où il sent une résistance partielle , et il perçoit Timpression sensible , comme oaeupant le même lieu que la résistance organique, sans confondre Tune avec Tautre. C'est ainsi , par exemple, que si j'éprouve une douleur dans le pied ou ds^ns telle autre partie mobile de mon corps, j'ai le sentiment très^listinct de l'existence de cette partie, comme terme d'un effort voulu, indépendamment de l'impression accidentelle que je perçois en l'y rapportant , pendant que je ne sens telle autre partie intérieure de mon corps, sur laquelle la volonté n'agit point, qu'autant qu'elle est accidentellement affectée. Voilà pourquoi les impressions ne sont jamais nettement circonscrites dans les organes internes, qui sont étrangers à toute perception, parce qu'ils le sont au sens de l'effort. Nous voyons par là :
1* Que ce premier rapport d'attribution aux organes, qui seul élève une affection simple au rang d'idée de sensation, n'a point sa base première dans l'impression sensible , qui ne se distingue et ne se localise pas toute seule ;
2° Que le caractère de relation est purement accidentel à toutes nos affections, qui peuvent tour à tour l'admettre ou l'exclure, suivant qu'elles s'associent avec l'effort dans certains organes particuliers, ou qu'elles s'en séparent en absorbant le sentiment propre de cet effort ou du moi.