‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 10 sur 63 · XXVI CBUVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

XXVI CBUVRES DE M. DE BIRAN

Selon Taspect sous lequel on le considèrei il se prête à deux jugements contraires, vrais tous les deux, et tous les deux incomplets ; il appartient à l'école sensualiste et ne lui appartient pas; il rompt avec cette école et il en reconnaît l'influence. Placer le Mé^ moire sur lliabitude, dans une période qui porte pour titre Philosophie de la sensation, c'est faire une part assez large aux éléments sensualistes renfermés dans cet écrit. J'insisterai encore en terminant, sur le fait moins notoire des tendances d'un autre ordre qui s'y manifestent.

Les vues de Taufeur qui s'écartent de la tradition condillacienne peuvent se ramener aux thèses suivantes :

1° Il y a dans l'homme une force active, qu'il faut se garder de confondre avec les impressions purement passives de la sensibilité.

%"" L'effort, manifestation immédiate de l'activité, est, dans ses deux termes (le sujet et la résistance), la base de la conscience personnelle, de la connaissance du monde extérieur et de toute opération intellectuelle.

3° La science de l'homme doit procéder au moyen d'uneanalyse réelle ; assignera chaque sens ses fonctions propres ; distinguer ce qui est actif et ce qui est passif dans la connaissance, au lieu de considérer la sensation d'une manière abstraite et générale, pour reconstruire ensuite l'homme intellectuel au moyen d'une synthèse dépourvue de base.

Les deux premières thèses expriment des points de doctrine touchant la nature de l'homme; la troi*

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. xxvil

sième renferme une règle de méthode, et cette règle est peut-être le plus fécond des germes étrangers au sensualisme que renferme le Mémoire sur t habitude. La distinction soigneuse des faits de nature différente devait tout d'abord tracer une ligne ferme de démarcation entre les phénomènes de la matière et les phénomènes intérieurs de la conscience , et faire disparaître ainsi cette autre règle de méthode , empruntée aux sensualistes les plus avancés , qui prescrivait de demander des lumières à la physique pour éclairer les obscurités de l'être pensant. Puis, devant une analyse réelle, devaient succomber pour toujours ces transformations fantastiques, au moyen desquelles on tirait de la sensation les phénomènes intellectuels les plus divers. Au lieu de se livrera des combinaisons ingénieuses dans lesquelles la logique prenait la place de l'observation, il fallait se mettre en face des faits complexes de la nature humaine, en reconnaître les éléments, et sacrifier les agréments d'une clarté superficielle aux avantages plus sérieux d'une étude difficile. En un mot, au lieu de composer un homme hypothétique avec des sensations transformées , il fallait décomposer l'homme vrai. Telle était la nécessité clairement entrevue et assez distinctement exprimée par M. de Biran, dans son premier écrit. Une nouvelle question posée par l'Institut vint s'emparer de sa pensée, au point précis où elle était parvenue, et le pousser en avant dans la voie où il n'avait fait encore que quelques pas.

Page 1