INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CI
« prouve seulement que nous avons la faculté d'ôter « toute limite à nos conceptions. »
II y a plus , dans la période que nous parcourons, sa doctrine, lorsqu'on la pousse à ses conséquences dernières, né lui fournil pas les moyens d'expliquer la croyance à une réalité objective quelconque, non pas même à la réalité de l'àme et du corps propre, ces deux objets permanents de son étude. En eflet, le moi, ce point de départ et ce pivot de toute sa théorie, est la conscience de la force dans son exercice actuel. Mais la conscience de la force actuelle est autre chose que la croyance à l'âme comme sul)stance durable, et au corps comme réalité substantielle. M. de Biran le sait fort bien, au moins par moments, puisqu'il insiste sur cette différence. Mais par quel procédé passons-nous de la certitude de conscience qui ne porte que sur l'acte, à la croyance à la réalité des deux termes, l'àme et le corps, dont l'acte primitif est le conflit? V Essai ne fournit pas de réponse à cette question.
Ainsi, pour nous résumer, si M. de Biran, dans la seconde période de son développement, a soigneusement étudié les conditions psychologiques de la connaissance, il n'a pas dirigé son étude sur le fait de la connaissance envisagé en lui-même et dans les lois qui lui sont propres. Il manque dans les analyses de V Essai :
La théorie de l'intelligence ou du rapport logique de nos idées ;
La théorie de la raison, ou des idées et des principes a priori, pour toute la partie qui traite de l'u-
W aSUy^B» DE M, DE WiA».
niversalité et de la valeur objective de ces principes
et de ces idées ;
La théorie de la certitude ou de la croyance à des réalités extérieures à notre moi.
Il ne faut pas penser que Tauteur, placé en face des problèmes que soulèvent ces théories, se soit trouvé impuissant à les résoudre. Il ne les voit pas encore, ou du moins ne les voit pas dans leur portée et leur étendue. C'est une lacune, mais une lacune énorme. Aussi tombe-t-ii dans des contradictions inévitables, lorsqu'il traite du raisonnement. Là, en effet, il parle d'idées universelles et nécessaires, de concepts qui ont une valeur objective et absolue, et qui sont liés par un lien nécessaire. Mais ces vues n'ont pas de base dans les analyses antérieures ; elles ne sortent par aucune voie naturelle de la considération du fait primitif, qui devait être seul la pierre angulaire de la science. En traitant du raisonnement, M. de Birân est manifestement sous l'influence de Descartes, et, en particulier, des Règles pour la direction de l'esprit ; et il subit cette influence sans se rendre compte que ses assertions ne se lient plus avec son point de départ. On le voit assimiler les faits du sens intime aux conceptions mathématiques ; tirer ses exemples de l'algèbre, de la géométrie ; et s'avancer si loin dans cette voie que, par une contradiction manifeste avec ses principes, il lui arrive de parler d'une psychologie a priori, dérivant toutes ses données de l'essence du sujet, par voie de pure déduction. Ailleurs, revenant aux vues qui sont vraiment les siennes» il prend les faits