‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 5)Chapitre 28 sur 37 · IV. Venons maintenant aux jugements de simple modalité · texte numérisé non relu

IV. Venons maintenant aux jugements de simple modalité

Ces jugements consistent à associer des mode$ sensibles quelconques, externes ou interne^, avec l'un ou l'autre des termes du rapport fondamental, donnés comme distincts par le fait du sens intime, et comme séparés de tout attribut, par le langage. Ces jugements se trouvent énoncés spus la forme subjective quand on dit : je souffre, je jouis, j'ai faim ou soif, mal à la tête; ou sous la forme objective quand on dit : tel corps est chaud, froid, coloré, so^ nore, etc.

Il est évident que les modes ainsi affirmés du su^ jet ou de l'objet ne font que s'ajouter aux attributs qui constituent son essence, ou qui dérivent de Fesrsence, sans en constituer ni en faire eux-mêmes partie, puisqu'ils varient incessamment, se succèdent, se remplacent pour se reproduire de nouveau, le su-r jet ou l'objet restant identiquement le même. En n'ayant égard ici qu'à l'objet, nous concevons que ces modes ou qualités secondaires n'ont aucune liai^. son générale et nécessaire avec l'essence du corps, nî par suite entre eux ; ils ne peuvent être dérivés d'aucune manière médiate ni immédiate de cette essence, ni les uns des autres.

En appliquant successivemeot chacun de mes sens à un objet extérieur, je per<jois ou je sens, outre les qualités premières qui me le font juger comme ayirtit une jexivStence fixe ou permanente hors de moi, cer-'

taines qualités tactiles, couleurs, sons, odeurs, saveurs. De là autant de jugements ou d'attributions de modes, qui grossissent mon idée fondamentale de corps d'une multitude d'éléments hétérogènes que mes sens en font ressortir. Quand je dis d'un corps tel que l'or, par exemple, qu'il est jaune, inodore, ductile, malléable, etc. , je porte une suite de jugements qui n'ont aucune liaison les uns avec les autres ni avec un premier ; chacun d'eux se fonde sur une expérience particulière, sans laquelle il ne pourrait avoir lieu; car nous ne voyons point quelle espèce de liaison la couleur jaune a avec la pesanteur, ni celle-ci avec la propriété d'être ductile ou malléable, etc. Tout ce que nous savons, c'est que toutes ces qualités ou apparences co-existent actuellement dans un même objet composé que nous appelons or, sans pouvoir nous assurer qu'elles lui sont essentielles.

Les jugements ne se liant pas les uns aux autres ne constituent point un raisonnement ; chacun d'eux est particulier et contingent- Lorsque nous le portons, nous avons l'idée d'une possibilité opposée et nous savons que notre énoncé ne s'étend pas au delà du lieu ou du moment présent.

Chacun des jugements par lesquels j'associe l'idée d'un mode, ou d'une qualité élémentaire, au groupe exprimé par le mot or peut être appelé analytique en tant qu'il décompose l'idée ou la perception totale. Les jugements analytiques ne se lient pas entre eux ni à un sujet dont ils sont le développement, mais ils ajoutent au sujet divers éléments, ou gros-

sissent son idée de plusieurs éléments hétérogènes. Une telle suite de jugements analytiques sans liaison, sans dépendance réciproque, forme une description et non point un raisonnement. Il n'y a dans cette description rien d'universel ni de nécessaire, rien qui dépasse les limites de l'expérience , du lieu et du temps où elle se fait. Cette expérience répétée détermine une confiance d'habitude, ou une sorte de certitude fondée sur l'induction et l'analogie, mais qui n'emporte avec elle aucun sentiment de nécessité, et laisse toujours à l'esprit la faculté de supposer un contraire possible.

La série des jugements qui forment la description d'un objet quelconque se termine aux qualités premières qui ne s'adressent plus directement aux sens externes ni à l'imagination, et là commence le raisonnement, qui s'appuie sur les notions abstraites réflexives, ou les signes qui les expriment , et établit entre elles des relations nécessaires, universelles.

Dans l'analyse descriptive, l'attention qui s'attache successivement à chaque qualité sensible, la fait ressortir un instant du groupe dont elle fait partie, pour l'y associer de nouveau par le jugement dont le mot est devient le signe déterminatif. Tant que le mode est perçu ainsi en concret avec la substance à laquelle il est inhérent, il participe à toute la réalité de cette substance ; mais lorsqu'il en est tout à fait séparé, abstrait par le signe qui prend la forme substantive, il devient un sujet artificiel ou purement logique, qui n'a alors aucune valeur hors

de son signe, et toutes les propositions dans lesquelles il entre comme antécédent tiennent dé da ndtuire, et sont comme lui factices et de plus contingentes.

Les attributs essentiels, séparés de ce que nous appelons la substanct^, et substantiâés eux-mêmes diams le langage^ peuvent bien être aussi considérés comme des sujets logiques ; mais parce qu'ils font nécessairiement partie de l'essence du sujets ou qu'ils la renferment encore, même dans leur état d'abstraction, les jugements dont ils sont les antécédents conservent le caractère de nécessité et d'universalité qui appartient à cette essence ou à ses dérivés immédiats. Ainsi tout ce que nous jugeons ou afBrmotis de l'étendue abstraite s'applique à l'étendue concrète, ou au sujet réel à qui appartient cet attribut, et les relations aperçues entre les diverses formes de cet abstrait sont généralement et uoiverseUement vraies. Au contraire, ce que nous pouvons affirmer d'un mode abstrait de sa substance n'a aucune réalité hors de nous, et est toujours particulier et contingent comme mode variable de notre sensi- Jbilité.

Tout mode, absh^ait d'un objet individuel et revêtu d'un signe permanent, se transform^e immédiatement eii uhe idée générale, par «uite de comparai- . sons faites entre les divers objets qui renferment le Blême mode. Son signe s'étend à tous les objets qui BOttt censés avoir entre eux ce rapport céwamua d'aria)logie Î0U de TeBsetoifelance. Ainsi te touffe ^devient ie iK»xi (commun de tous lesicAgetsifiXiiiirésententies

nuances (Je cette couleur, quoiqu'elle soit susceptible de varier en intensité dans chacun d'eux. Il e^t bien évident ici que le rapport de ressembjanpe a tout son fondement dans les dispositions de no);re sensibilité et peut varier avec elles; qu'il n'a donc rien de constant, de nécessaire ou qui soit fondé sur l'existence de l'objet.

Ce que nous disons d'un seul mode abstrait s'applique de même à toutes ces collections artificielles qui constituent nos idées de genres, (Je classes et d'espèces, sous lesquelles viennent se ranger les phénomènes, ou les objets de nos connaissances expérimentales. Les caractères de ces idées générales ne peuvent être autres que ceux de leurs éléments. Elles sont donc artificielles comme eux. Tout ce qui est affirmé de ces idées ne l'est que d'une manière hypothétique, et sous la condition que les ressefpblances aperçues entre les individus du genre existent réellement; mais ces rapports de ressemblance, qui dépendent de la nature de^ moijifications sensibles comparées, peuvent bien n'avoir pas plus de fixité que ces modifications ; et si l'organisation ou simplement les dispositions venaient à changer, ces ressemblances apparentes qui ont déterminé la formation d'un genre ou d'une espèce n'auraient plus lieu et l'idée générale s'évanouirait.

Les termes qui expriment des idées de genre sppt des sujets logiques de nos propositions général/îs, comme les objets de nos idées ijidividw.eljps sont Jjes sujets réejsde propositiopsparticulières. Ici, toutes^/es ûtfr^utMjps ^ font à une es%ei|<îe ^ji^ k HPP Sovfieçw-

çue comme réelle et seule permanente ; là, tous les jugements ne portent que sur un signe, qui fait tout le lien des éléments unis dans le même groupe artificiel. Ce signe fait toute la permanence de l'idée qu'il exprime, et, en le prenant pour sujet des affirmations successives, nous supposons, dans sa signification, une sorte de réalité permanente, qui correspond à celle de l'essence du sujet commun des attributs. De plus on doit altérer plus ou moins les qualités que l'on considère pour les unir à d'autres modes abstraits de sujets différents, et les revêtir d'un même signe. On suppose qu'il y a non-seulement ressemblance mais identité parfaite entre ces modes aperçus dans les objets comparés, ou que c'est le même mode qui se retrouve dans tous. C'est là une supposition gratuite, précipitée, irréfléchie, établie pour la commodité du langage, mais que la nature n'avoue pas.

On forme par exemple, l'idée générale abstraite exprimée par le mot animal, en abstrayant des divers êtres organisés, vivants, que l'on compare, un certain nombre de propriétés ou de qualités, qui sont censées leur être communes, telles que celles de sentir ou de se mouvoir par une force propre, de se nourrir, de croître, etc. Pour cela, il faut supposer que les facultés sensitives et motrices (je ne parle que de celles-là comme étant les principales) sont les mêmes au fond dans toutes les espèces et les individus du genre. En vertu de cette supposition, la même idée générale ou le même signe, animal, s'applique à l'homme et au lion par exemple, en tant

que ces deux êtres réunissent toutes les qualités communes qui ont été artificiellement groupées sous un tel signe, et en faisant abstraction de toutes les particularités qui les distinguent.

De là cette sorte d'équation logique : C homme est animal, le lion est animal, qui entraîne celle-ci : il y a égalité^ ou identité^ entre une partie de l'idée de t homme et une partie de Cidée du liouy exprimée par le même signe, comme il y a égalité ou identité entre les deux collections 7 -f- 2 et 5 + 4» parce qu'elles vont se résoudre Tune et l'autre dans la même idée totale exprimée par le signe 9. Mais l'équation, qui est réelle quand il ne s'agit que de comparer des éléments homogènes sous le rapport du nombre ou de l'extension de l'idée, est arbitraire, et même illusoire, quand il s'agit de rapports de ressemblance entre des qualités intensives qui varient nécessairement d'un individu à l'autre.

Pour le mieux comprendre empruntons un instant les abréviations de l'algèbre; exprimons les qualités ou les modes abstraits de l'idée d'homme, comme la sensation, le mouvement, etc., par les lettres initiales s^ m, w, p, q et réunissons leur collection sous cette forme :

En comparant l'homme au lion, nous trouvons que celui-ci réunit certaines qualités que nous jugeons ressembler à celles dont la collection est exprimée parle signe A. Quelque analogie apparente qu'il y ait entre ces qualités de nature diverse, elles ne sont sûrement pas identiques. Nous devrions donc nous

borner à représententer leur ressemblance par des signes analogues, en faisant, comme dans la collection des modes semblables abstraits de l'idée de l'homme,

Mais cette analogie ne suffît pas ; elle nniuItipUerait infiniment les signes du langage, altérerait la symétrie de nos formules et la généralité de nos conclusions (1). Nous effaçons donc les signes caractéristiques des rapports de ressemblance pour leur substituer une identité absolue en faisant :

s 4" «1 + n + p + q = s' + m' + n' + p' + q' Et par suite A = A'.

Nous concluons ensuite l'identité des idées de celle des signes. Nous ne songeons plus en aucune manière aux idées, et le terme général fait tout l'objet de notre pensée, dans les jugements ou les raisonnements dont il devient le sujet. Nous érigeons en principe que tout ce qui peut être vrai universellement d'un certain terme général, Test par cela môme implicitement ou explicitement de tous les individus que l'on peut désigner par ce terme. Ce principe devient un axiome dont toutes les conclusions de nos syllogismes ne sont que des cas parti- Ci) Nous pourrions déduire de ce que nous disons ici, Timpossibilité d'une langue universelle ou spécieuse générale, telle que Leibnitz Pavait conçue, langue universelle qui remplirait, à Tégard du systùme général de nos idées mixtes de toute espèce , les fonctions que l'algèbre remplit à Tégard de nos idées de quantité. Cette langue serait vraiment spécieuse , c'est-à-dire trompeuse ; €n ce qu'elle confondrait nécessairement les rapports de ressemblance ^us ou moins éloignés , avec de véritables égalités ou identités, qui seraient fiatussement conclues de l'identité du signe.

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culiera. £a effet» en appliquant à l'individu ce qui convient au genre, nous ne faisons que reproduire sous diverses formes et avec des signes différents cette équation : X (terme général) = A (attribut du genre, ou Tune des idées qui y sont comprises). Or Z (terme particulier de l'espèce ou de l'individu) = X; donc Z c= A.

L'application constante de cet axiome général dans les habitudes du langage, contribue à nous cacher les exceptions, tend ainsi à ramener tous les procédés de ce que Ton appelle raisonnement à ceux de l'algèbre et les transforme ainsi en un pur mécanisme. Mais si le principe du syllogisme était en effet sans exception, le raisonnement ne serait plus un procédé intellectuel» ou du moins n'aurait pas d'autre base que celui de la généralisation fondé luimême sur l'artifice des signes ; l'art de raisonner, comme l'a dit Condillac, et comme on l'a répété depuis, ne serait autre que celui de parler.

Il résulte de ce que nous avons dit ci-dessus que cette assimilation est tout à fait illusoire et qu'elle n'a d'autre fondement que cette supposition, adoptée sans examen suffisant, que toutes nos idées abstraites sont les produits d'une généralisation plus ou moins arbitraire. La généralisation n'a pour base que les signes du langage, dans lesquels nous ne pouvons jamais voir que les résultats de nos propres conventions. Elle repose sur une hypothèse particulière, dont nous venons de montrer le vide, savoir la substitution du rapport d'identité au rapport de la ressemblance, et le transport aux qualités intensives,

du signe d'une égalité qui n'a lieu qu'entre les quantités numériques ou extensives. Si tout se réduit pour nous à généraliser sur des rapports de ressemblance, aperçus entre les choses ou les idées, il suit bien que tout se réduit aussi à l'artifice des signes. Mais alors il ne s'agit plus que des vérités conditionnelles et nullement de vérité absolue : nous devons renoncer à atteindre par le raisonnement aucune espèce de réalité ; il faut nous renfermer dans l'enceinte des rapports qu'ont entre elles nos modifications et nos idées, et ne jamais prétendre à connaître les véritables relations qui sont entre les êtres , les causes et les forces de la nature.

La question vraiment fondamentale dans le sujet qui nous occupe consiste donc toujours à savoir si les idées abstraites, telles que le moi, la substance^ la cause ou la force, Yun, le même ; idées qui sont, comme l'a dit Leibnitz, les véritables objets de nos raisonnements, et sans lesquels il ne pourrait y avoir aucun raisonnement proprement dit; si ces idées abstraites, dis-je, ne sont que des produits d'une généralisation arbitraire , ou des idées artificielles comme celles des classes animal, plante^ minéral^ enfin de purs signes , ou de simples catégories , sous lesquelles nous rangeons les phénomènes sans conséquence pour leur réalité. La question est de savoir si de telles idées se trouvent placées à l'extrémité de la chaîne de la science, ou si elles ne sont pas plutôt données à l'entrée même de la connaissance.

DE l'àNÀLTSB DBS IDfiBS.

Quand je dis que l'analyse d'une idée générale consiste dans une suite de jugements, dont aucun n'emporte avec lui le sentiment d'une liaison nécessaire, on pourrait m'objecter la constance des lois de la nature, toujours présente à notre pensée, et qui communique un caractère si remarquable de fixité aux classifications des phénomènes. Mais il faut bien remarquer que cette idée d'une constance dans les lois de la nature est toute fondée sur la notion de causalité, et n'est qu'une application de ce principe, que dans tout ce qui arrive, dans tout ce qui se suit régulièrement, il y a une cause permanente de l'événement, ou de la succession régulière des phénomènes, cause bien distincte de chacun des phénomènes en particulier. Or, un tel principe est une de ces notions premières, qui ne comportent aucune analyse, que nous ne faisons point comme nous faisons nos idées de classes ou d'espèces, mais que nous trouvons au dedans de nous, et que nous appliquons aux phénomènes ; il est donc en dehors des idées générales dont nous parlons.

En second lieu l'expérience confirme chaque jour

que les classifications, ou les systèmes dont se composent les sciences naturelles, sont fondées le plus souvent sur des rapports de ressemblance variables que d'autres expériences démentent, ou sur la supposition d'une constance ou d'une uniformité qui n'est que dans nos idées et non point dans la nature. La nature ne nous manifeste ses lois vraiment constantes que dans les relations de ces notions premières et régulatrices de l'espace, du temps, du mouvement, relations qui sont une conséquence nécessaire de l'existence des choses, et que notre esprit déduit de cette existence même, sans avoir besoin da recourir à une suite d'expériences.

J'ai comparé l'analyse des notions générales avae celle des idées individuelles ; mais on a dû voir quo fi'il y a une parfaite ressemblance dans l'ordre àm jugements qui s'appuient sur l'essence réelle d'une part, et le signe qui en tient la place, d'autre part, il y a une différence très-réelle dans la matière mêm« de ces jugements, dans les qualités ou modes attri^ bues au sujet réel ou logique.

L'analyse d'une idée individuelle procède toujours du composé au simple, du sensible à l'intellectuôl ; elle s'arrête là où il n'y a plus rien de sensible ou de composé et là où finit l'expéfience extérieure. L'analyse d'une notion générale procède en allant du simple au composé, de l'intellectuel au sensible. Celle-ci ressemble à l'opération par laquelle oa ajoute successivement des quantités les unes «uxau^ très pour en composer une «omnaje ; l'autre ressemble à l'opération iaverse par laquelle on soustmit d'une

quantité donnée une autre quantité dont on veut connaître la différence.

Mais si Ton compare ce prétendu simple d'une notion générale au prétendu composé de l*idée individuelle, on verra peut-être qu'ils diffèrent moins qu'on est enclin à le penser d'abord. Les différents modes ou qualités, que nos sens externes ajoutent à l'essence d'un individu, ou aux attributs qui constituent l'être individuel, lui sont ajoutés du dehors, par une suite de jugements qui ont pour sujet simple cette essence ou l'un de ses attributs. Dans ce qu'elle a d'essentiel ou de propre, cette idée nous est donnée dans le fait primitif de son existence ; nous ne la faisons pas, et l'expérience ne fait que grossir ce premier fond donné, en y ajoutant des éléments de différentes espèces. De là vient que l'analyse n'a pour objet que de distinguer les uns des autres ces modes surajoutés par l'expérience, et qu'elle s'arrête aux attributs.

L'idée particulière de Paul est formée de tout l'ensemble des qualités ou propriétés qui constituent cet individu. Pour en faire l'idée de l'espèce homme^ W faut en soustraire plusieurs images accidentelles comme grand ou petit, jeune ou vieux, etc. ; pour en faire l'idée du genre animal, il faut encore en soustraire des qualités communes à l'espèce, comme celle d'une certaine forme corporelle, de certaines facultés intellectuelles, pour ne retenir que celle du mouvement spontané, de la nutrition et de l'acci-oissement.

En procédant par l'etranciiements successifs, on

parvient ainsi successivement aux idées de plante, corps organisé, corps inorganique, étendue, résistance, être.

Il y a plusieurs choses à considérer dans cette marche ou ce progrès de généralisation successive, depuis ridée de tel individu particulier jusqu'à celle du genre le plus élevé, comme on dit ordinairement :

1* On peut observer que plus le nombre des modes abstraits, comparés dans divers individus, est petit, plus le genre s'élève, plus est grand le nombre des espèces ou des individus compris sous ce genre auquel le même terme générique peut s'appliquer. En empruntant le langage de l'école je dirai : plus l'idée générale a d'extension, moins elle a de compréhension; celle-là est en raison inverse de celle-ci (1).

2° En prenant l'idée de substance pour celle du genre le plus élevé, et la considérant sous le rapport de compréhension, cette idée ne serait donc plus susceptible de résolution ultérieure; elle se

(1) Au lieu de dire : Tout homme est animal, il faudrait dire dans le langage d'Aristote : L'animal est compris dans C homme. La première manière de s'énoncer regarde plutôt les individus, comme dit Leibnitz ; la seconde a plus d'égard aux idées ou aux universaux. Il est bien vrai que le terme animal comprend plus d'individus que celui d'homme, mais celui d'homme comprend plus d'idées, plus de foimaliu's; l'un a plus d'exemples, l'autre plus de réalité; Tun a plus dC eut tension , l'autre plus d'intensiotu Aussi peul-on dire vraiment que toute la doctrine syllogistique pourrait être démontrée par la lliéorie du contenant et du contenu, qui diffère de celle du tout et de la partie Le tout excède toujours la partie, mais le contenant et le contenu sont quelquefois égaux conune il arrive dans les propositions réciproques.

trouverait au sommet de nos connaissances comme la pointe de la pyramide. Au contraire, en la prenant sous le rapport de son extension, comme elle embrasse et comprend tout, il n'y a pas d'idée qui soit plus susceptible d'analyse, puisqu'en nous rendant compte de la manière dont nous y sommes parvenus, nous pourrons en déduire successivement les notions ou idées individuelles, dont les ressemblances génériques ou spécifiques ont conduit à sa formation.

3* Mais il faut bien remarquer qu'ici le mot analyse a deux sens différents qui sont trop souvent confondus.

Cette opération de l'esprit qui consiste à rétrograder du genre aux individus peut être appelée analyse, en tant qu'on la considère comme ayant pour objet de faire une énumération plus ou moins exacte ou détaillée de toutes les idées spécifiques ou individuelles, dont la notion générale exprime les rapports de ressemblance; car sous ce point de vue, l'analyse appliquée à une notion générale est à peu près la même que celle qui s'applique à une idée particulière, pour en connaître ou énumérer les éléments. Mais ces éléments sont des idées de modes ou de qualités sensibles, quand il s'agit d'une idée individuelle ; ce sont des rapports de ressemblance quand il s'agit d'une notion générale.

De même que le nombre des modes ou qualités qui composent une idée individuelle est le plus grand dans l'idée totale qui sert de point de départ à l'analyse, et diminue toujours jusqu'à ce qu'on arrive

aOè FONDEMENTS DB LÀ PSYCHOLOGIE.

à l'idée simple de Tessence ou de Fexiatence da^ cet individu ; ainsi le nombre des termes d^a rappporia de ressemblance est le plus grand dans le plus haut genre d'où part cette analyse ; et il est le plus petit dans Tespèce la plus basse, jusqu'à Tindividu qui ne ressemble qu'à lui-même.

4** Mais si Ton a égard à la compréhension ou à la qualité, et non pas seulement au nombre des élé^ ments constitutifs, alors il n'y aura aucune parité à établir entre les deux séries d'opérations ou de juge^ ments. L'une consiste non-seulement à énumérer les éléments dont se forme une idée individuelle, mais de plus à constater la nature ou l'espèce de cas éléments; et l'autre consiste simplement à énumérer les idées spécifiques ou individuelles entre lesquelles existent tels rapports de ressemblance. Alors aussi la notion du dernier genre se refuse à toute analyse de décomposition, puisqu'elle est absolument simple en elle-même, on ne peut rien en déduire, et il fau*^ dra y ajouter d'abord une qualité sensible, puis une autre et ainsi de suite, pour arriver enfin à l'idée de quelque individu.

Ce sera donc par une véritable synthèse qu'on étendra la compréhension de l'idée générale, en la rendant toujours moins générale, ou en étant à son extension. Ainsi le procédé par lequel on revient du genre à l'individu est le même que celui par lequel on composera nos idées individuelles, en partant de l'attribut le plus simple ; et celui par lequel on s'é^ lève de l'individu au genre est le même que celui qui d/'compose.

CDmppi^jtion d'upe i^ép indivi4(iel)p, e^t \çi pr^m^ç^ e( )ç p}us cQ(qposié d^ns la résolution d'uipe notjp.n générale ^an^ $es éléments et nke ver44' H y ^ donc la deux ipanièr^ bien oppqsiépi^ d'ente^d^e }p ^ji:^!ple ^t le cQïflppsé, et Von peut yoir par h leptqre des ouvrages des niétapl^ysiciens ppmbiep cptte opposition de poipts de yue squs |e$ i^^pes signes, a pçcftsionqé 4p mépofflptes et de f^i3CHSsiQpi5f sur Ih natqre des jdéps abstraites, s\\y les véritîiblesf fopctipqs de rana}yse et de la ^yntbèse.

Pour ?ippljquer ]^ ïpême e^ppce d'^n^ilysp avi^ idées individuelles et 4Ux id^es générales, il faut îtvoir égard à |^ cpmpréhensjpp de pes derpièrep, c'est-à-dire à la nature, k h qualité des éljêipents ppnptitutifs, et nqn pas seulement h h quantité des e^pèces ou des individus, ou aji nombre des rapports de ressemblance que ees ootipps embrassent. En «ippliquant l'analyse de déPQmp^Htlon aux idées générales, considérées sous ce dernier point de vue, il p'y a plus 4'équiypque sur le prpcé(lé dp Tesprit qiji consiste à abstraire et à généraliser, et Tanalyse commençant toujours pay l'idée particulière la plus composée ira toujours de l'individu à l'espèce, de l'espèce à la classe, et de celle-ci gu genre le plus élevé où elle s'arrête comme au simple indécomposable.

JI semble d'abord que le procédé d'analyse appli- (jué à la décomposition d'une même idée indiyjduell.e ne diffère pas de /celui de la généralisation, ou du moins que l'un se fond(ç sur l'autre j n|î?i? A^

difï%rent essentiellement Tun de l'autre et peuvent même se nuire ou s'exclure. Rien, en effet, n'empêche plus l'attention de se fixer sur une même idée, pour y démêler tout ce qui y est compris, que le rapprochement d'autres idées analogues auxquelles on cherche toujours à la comparer pour trouver dés ressemblances (1). Le point de vue sous lequel il faut considérer un individu, pour le faire entrer dans une certaine classe, diffère absolument de celui sous le* quel il faudrait le considérer pour le connaître en lui-même, pour constater la nature ou le caractère de ses divers éléments. S'agit-il par exemple de rapporter l'idée spécifique d'homme à la classe d'animal, on ne considérera les qualités de l'homme que dans leur rapport de ressemblance avec celles qui sont propres à toutes les espèces d'êtres vivants. Ce seront, par exemple, les caractères de sensibilité ou de motilité animale qui occuperont l'attention ; on négligera les caractères propres de ces facultés telles

(1) Nous avons déjà remarqué la pente naturelle qui entraîne Fesprit humain à chercher et à trouver partout des rapports de ressemblance. C'est par une suite de ce penchant que la plupart des hommes qui cultivent leurs facultés ont une prédilection marquée pour les sciences naturelles qui reposent sur les classifications, telles que la botanique, la minéralogie, et qu'il en est si peu qui s'adonnent par goût aux sciences de réflexion et de pur raisonnement. 11 est bien remarquable que ces deux sortes de cultures s'excluent l'une l'autre, et que l'habitude de procéder par classification d'idées peut détruire la réflexion , comme l'habitude de la réflexion éloigne l'esprit de ces sciences de mémoire qui reposent sur des classifications. Ce qu'il y a de certain, c'est que je n'ai guère connu de métaphysicien, ou de géomètre, qui eût du goût pour les sciences dont il s'agit. Je ne veux point conclure de là qu'elles ne soient très-utiles et très-estimables, mais seulement que les facultés qu'elles mettent en jeu sont d'un tout autre ordre que celles que j'appelle réflexion et raison.

qu'elles sont dans un être actif, qui pense et agit en même temps qu'il sent. Précisément parce qu'on veut que l'homme appartienne à la classe animal, on méconnaîtra ce qui le constitue homme.

Combien cette espèce de connaissance que requiert la généralisation même la plus exacte et la mieux fondée n'est-elle pas différente de celle qui s'attache à un seul objet d'étude pour en connaître toutes les propriétés I Combien l'habitude de s'attacher aux ressemblances ne doit-elle pas détruire ce tact profond qui démêle les différentes sortes d'éléments qui entrent dans une même idéel En examinant un objet sous les rapports de ressemblance qui l'unissent à plusieurs autres, et le font appartenir à une certaine classe, on doit laisser à l'écart toutes ses qualités ou propriétés différentielles.

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