‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 5)Chapitre 5 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

UNION DU MOI AVBC LIS AFFBCTIONS PAft ÂTTEIBUTION AUX 0R6ANB8.

Nous avons déjà vu que ce n'est qu'autant que le sujet (le Teffort se distingue du corps en masse ou des différentes parties mobiles à volonté , qu'il peut y avoir un fondement naturel à ce premier jugement, tnoi odeur, moi saveur, moi plaisir ou douleur; ou je sens, j'existe avec telle modification , formule qui exprime le rapport d'attribution personnelle.

Les métaphysiciens partent ordinairement de ce rapport comme d'un principe simple et indécomposable. Ils prennent l'absolu ou le noumène de l'âme pour le premier terme ou le sujet d'attribution ; et, si le second terme, ou le mode attribué, n'est pas une idée innée , une virtualité ou une forme inhérente à Tâme , c'est une idée de sensation , qui se trouve ainsi naturellement composée , ou qui découle du

monde extérieur, faite de toutes pièces. Tel est le point de vue de Locke. Condillac lui-même, supposant que Tâme de ^^ statut d^yieQ( U (nodification d'odeur de rose, ou que son moi est l'odeur, admet d^^ i^^ rappqrt d'attribution personnelle. Sops la forpae ^e l'iiypothèse qui représente l'unité, sentante, simple et absoluçi, il retient enqgre malgré lui l'idée d'un composé, ou d'une sorte de dualité dont il confond exprès les deux éléments, comme pour se dispenser de toute analyse ultérieure.

Ce serait un tour de force vraiment extraordinaire, et dont la difficulté . n'a pas peut-être assez étonné les métaphysiciens, et Condillac en particulier, de prétendre faire ressortir de l'unité absolue deux éléments aussi distincts l'un de l'autre que le sont, dans le fait relatif de conscience, je ne dis pas le sujet et l'objet représenté, mais le moi et la simple affection tou modification sensible variable. On peut toujours 4emander^ en effet, dans le système des unitaires ^ ^pit spiritualistes , soit matérialistes, ce qu'est le moin s'il a une existence propre, indépendante de tous les ipodes qui lui sont attribués; oi; s'il n'est que comme le z^ro qui n'acquiert de valeur réelle qu'en s*unissant à quelque chiffre significatif. Nous pouYoqs, je crois, répondre piçiintenant à cette question, sans sortir dçs lipiîtes de Texpérience intérieure, pu du fait, primitif de sens intime.

Écartpns, en effet, toutes les causes d'impressions étrangères; que les yeux soient ouverts dans les ténètires, l'ouïe tendue dans le silence de la nature, l'air et tous les fluides ambiants en repos, les instrupïentg

SYSTfiWE SKNSrriF. — CH. L A3

de la vie organique dans un parfait équilibre ; que le corps reste immobile, mais que tous ses muscles soient contractés par un effort voulu : nous trouvons dans le sens immédiat de cet effort le fondement unique de l'existence personnelle, ou ce qui fait proprement le durable de notre être. Maintenant toutes les impressions variables et accidentelles de la sensibilité viennent coïncider, tantquQ la veille dure, avec ce mode actif et fondamental, uniformément continué; mais elles ne s'y unissent pas toutes de la même manière, et nous avons vu quelles sont les trois conditions primordiales de cette union, et les trois classes de phénomènes psychologiques qui leur correspondent. Nous ne nous occupons ici que du premier et du plus simple de tous.

Les impressions purement affectives , qui se confondent d'abord avec un sentiment confus de la vie générale absolue, prennent un caractère de relation en s'unissant par simple coïncidence avec l'effort ou le moi. C'est ainsi qu'elles sont rapportées au corps en masse ou localisées dans des organes particuliers.

Dans le premier cas, le sujet de l'effort, toujours distinct dans le fait de conscience de l'inertie organique, sympathise avec toutes les impressions affectives qui s'y rapportent, jusqu*à s'identifier ou se confon*< dre avec elles , lorsqu'une excitation spontanée les élève au point d'absorber le sens de l'effort et de la résistance. Aussi, l'union du moi avec une affection générale n'a-t-elle aucune fixité, et c'est là qu'on peut dire que la matière est toujours prête à l'emporter sur la forme^

kk FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. —PART. IL SECT. IL

Dans le deuxième cas, où Fimpression vient affecter une partie déterminée du corps, mobile à volonté, le mai rapporte Taffection là où il sent une résistance partielle , et il perçoit Timpression sensible , comme occupant le même lieu que la résistance organique, sans confondre Tune avec Tautre. C'est ainsi , par exemple , que si j'éprouve une douleur dans le pied ou dans telle autre partie mobile de mon corps, j'ai le sentiment très-distinct de l'existence de cette par* tie, comme terme d'un effort voulu, indépendamment de l'impression accidentelle que je perçois en l'y rapportant , pendant que je ne sens telle autre partie intérieure de mon corps, sur laquelle la volonté n'agitpoint, qu'autant qu'elle est accidentellement affec* tée. Voilà pourquoi les impressions ne sont jamais nettement circonscrites dans les organes internes, qui sont étrangers à toute perception, parce qu'ils le sont au sens de l'effort. Nous voyons par là :

1* Qpe ce premier rapport d'attribution aux organes, qui seul élève une affection simple au rang d'idée de sensation, n'a point sa base première dans l'impression sensible , qui ne se distingue et ne se localise pas toute seule ;

2** Que le caractère de relation est purement accidentel à toutes nos affections, qui peuvent tour à tour l'admettre ou l'exclure, suivant qu'elles s'associent avec l'effort dans certains organes particuliers, ou qu'elles s'en séparent en absorbant le sentiment propre de cet effort ou du moi.

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