‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 62 sur 78 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Dégagé des liens d'un amour malheureux Qui m'a fait ressentir tous les maux qu'il entraîne, Taxais pris à témoin et la terre et les deux Que je ne coulais plus éprouver que la haine.

Mais le feu pétillant qui brille dans vos yeux, Votre gorge d'albâtre et vos cheveux d'ébène, Votre port, votre esprit, votre chant merveilleux, Tout cela pourrait bien me remettre à la chaîne.

Oui, belle de Laroche : en vain j'avais juré De ne jamais aimer; mon cœur mal assuré Se dédirait bientôt et deviendrait parjure.

Mais quelque chose en vous rebute un peu ce cœur.

J'admire, comme on doit, votre aimable figure;

Tout y charme, il est vrai... mais votre nom fait peur.

ÉPIGRAMME À l'auteur de la comédie de Sancho dans Vile île Barataria.

Dancourt, pourquoi viens-tu détruire Par ton œuvre l'œuvre d 'autrui ?

Sancho jusqu'ici nous fit rire :

Tu le fais sifjfler aujourd'hui.

ÉPIGRAMME

Sur un procureur, fils d'un boulanger.

Biaise, pourvu de griffe active, Se fit passer maître-larron; Et, quittant l'habit de mitron, Vêtit la robe de Saint-Yve.

Ainsi changé du blanc au noir, Biaise, l'on aura beau te voir, Qui diable éventerait la mine ?

Car en dix mille ans, croirait-on, Te voyant plus noir que charbon, Que tu sortes de la farine ?

AUTRE

Contre un poète (1), fils d'un cordonnier

Plus bouffi d'orgueil qu'un coq dinde

Et crotté jusqu'au casaquin,

Lycus, paré du brodequin,

Parut sur la croupe du Pinde.

Aristophane qui le vit

Appela Molière, et lui dit :

Que vous semble de ce compère :p

Je le trouve assez mal troussé.

— Un cordonnier, lui dit Molière,

N'a jamais été bien chaussé.

Page 1