A M. LE DOCTEUR BURNEY
ACTEUR DE l'hISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE.
Vous m avez fait successivement, monsieur , plusieurs cadeaux précieux de vos écrits , chacun desquels méritoit bien un remerciement exprès. La presque absolue impossibilité d écrire m'a jusqu'ici empêché de remplir ce devoir ; niais le premier vojume de votre histoire générale de la musique , en ranimant en moi un reste de zèle pour un art auquel le vôtre vous a fait employer tant de travaux, de temps, de voyages, et de dépenses , m excite à vous en marquer ma recoin noissance , en m entretenant quelque tenips avec vous du sujet favori de vos recherches, qui doit immortaliser votre nom chez les vrais amateurs de ce bel art.
Si j'avois eu le bonheur d en conférer avec vous un peu à loisir , tandis qu'il me restoit quelques idées encore fraîches , j'aurois pu tirer des vôtres bien des instructions dont le public pourra profiter, mais qui seront perdues pour moi, désormais privé de mémoire et hors d'état de rien lire. Mais je puis du moins consigner ici sommairement quelques uns des points sur lesquels j^au-
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rois désiré vous consulter , afin que les artistes ne soient pas privés des éclaircissements quUs leur vaudront de votre part , et , laissant bavarder sur la musique en belles phrases ceux qui , sans en savoir faire , ne laissent pas d'étonner le public de leurs savantes spéculations , je me bornerai à ce qui tient plus immédiatement à la pratique j qui ne donne pas une prise si commode aux oracles des beaux esprits, mais dont letude est seule utile aux véritables progrès de Fart.
i^ Vous vous en êtes trop occupé, tnon sieur, pour n'avoir pas souvent remarqué combien notre manière d'écrire la musique est confuse, em-^ brouillée, et souvent équivoque; ce qui est une des causes qui rendent son étude si longue et si difficile. Frappé de ces inconvénients, j'âvois imaginé, il y a une quarantaine d années, une manière de Técrirè par diifires , moins volumineuse , plus simple , et , selon moi , beaucoup plus claire. J'en lus le projet , en 1 74^ 9 à IV cadémie des sciences , et je le proposai Fannée suivante au public , dans une brochure que î ai rhooneur de vous envoyer. Si vous prenez la peine de la parcourir , vous y verrez à quel point j ai réduit le nombre et simplifié l'expression des signes. Comme il n'y a dans l'échelle que sept notes diatoniques , je n'ai non plus que sept caractères pour les exprimer. Toutes les autres, qui n'en sont que les reliques, s'y présentent à leur degré, mais toujours sous le signe pri-
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mitif; les intervalles majeurs ,^niinetirs, superflus, et diminués, ne s'y confondent jamais de position , comme dans la musique ordinaire ; mais chacun a son caractère inhérent et propre *quî, sans égard à la position ni à la clef, se présente au premier coup-dœil : je proscris le bécarre comme inutile: je n ai jamais ni bémol ni dièse à la clef; enfin les accords, Tharmonie, et fenchaînement des modulations , s'y montrent dans une partition avec une clarté qui ne laisse rien échapper à Fo^il; de sorte que la succession en est aussi claire aux regards du lecteur , que dans lesprit du compositeur même.
Mais la partie la plus neuve et la plus utile de ce système , et celle cependant qu on a le moins remarquée, est celle qui se rapporte aux valeurs des notas et à l'expression de la durée et des quan-* tités dans le temps. C'est la grande simplicité de dette partie qui l'a empêchée de faire sensation. Je n'ai point de figures particulières pour les rondes, blanches, noires, croches, doubles croches , etc. ; tout cela , ramené par la position seule à des aliquotes égales, présente à l'œil les divisions de la mesure et des temps , sans presque avoir besoin pour cela de signes propres. Le zéro seul suffit pour exprimer un silence quelconque ; le point , après une note ou un zéro, marque tous les prolongements possibles d'un silence ou dun son. Il peut représenter toutes sortes de valeurs ; ainsi les pauses , demi-pauses , soupirs , demi-soupirs , quarts-de-soupirs , etc.
sont proscrits ainsi que les diverses figures de notes. J ai pris en tout le contre-pied de la note ordinaire ; elle représente les valeurs par des fi*» guret , et les intervalles par des positions ; .moi , j exprime les valeurs par la position seule, et.le^ intervalles par des chiffres, etc.
Cette manière de noter n a point été adoptée. Comment auroit-elle pu 1 être ? elle étoit .nouvelle, et cétoit moi qui la proposois. Mais ses dé£a]uts^ que j'ai remarqués le premier,. n empêchent pas qu elle n ait de grands avantages.sur.i autre , sur. tout pour la pratique de la composition , pour enseigner la musique à ceux quineja savent pas.^ et pour noter commodément , en petit volume , les airs qu'on entend et qu'on peut .désirer de retenir. Je l'ai donc conservée pour mon usage, je l'ai perfectionnée en la pratiquant, et .je l'em^^ ploie sur-tout à noter la basse sousun.chaat quel* conque , parceque cette basse , écrite ainsi par une ligne de chiffres, m épargne. une portée, double mon espace, et fait que je suis obligé de tourner la moitié moins souvent.
2? En perfectionnant cette manière de noter , j'en ai trouvé une autre, avec laquelle je Tai combinée , et dont j'ai maintenant à vous rendre compte.
Dans les exemples que vous avez donnés du chant des Juifs ^ vous les avez , avec raison , notés de droite à gauche. Cette direction des. lignes est la plus ancienne, et elle est restée. dans l'écriture orientale. Les Grecs euxrmêmes Ja suivirent