ACTE I, SCENE IV. ,ii
Mon désespoir tonma mes pas vers l'Italie :
Le sort m'y réservait le dernier de ses coups.
Titus en m'embrassant m'amena devant vous :
Un voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre,
Et mon amour devint le Confident du vôtre.
Mais toujours quelcpie-^spoir flattait mes déplaisirs :
Rome , Yespasien , traversaient vos soupirs ;
Après tant de combats Titus codait p«ut-<itre.
Yespasien est mort, et Titus est le maitre*
Que ne fuyais-je alors ! J'ai voulu quelques jours
De son nouvel empire examiner le cours.
Mon sort est accompli : votre gloire s'apprête.
Asses d'autres , sans moi, témoins de cette fête ,
A vos heureux transports viendront joindre les leurs :
Pour moi , qui ne pourrais y mêler que des pleurs,
D'un inutile amour trop constante victime'
Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu sans crime
Conter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits,
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais. -
BÉR ÉRIGE.
Seigneur , je n'ai pas cru, que dans une journée Qui doit avec César unir ma destinée , Il fût quelque mortel qui pût impunément Se venir a mes yeux déclarer mon amant.
Mais de mon amitié mon silence est nn gage :
J'oublie en sa faveur un discours qui m'outrage j Je n'en ai point troublé le cours injurieux.
ftia . BÉRÉNICE.
Je fais plus, a regret je recois vos aifieux..
Le ciel sait qu'au milieu des hounenrs qu'il m'eirroie
Je n'attendais que vous pour témoin de ma joie
Avec tout l'univers j'honorais vos vertus ;
Titus vous chérissait, vous admiriez Titus.
Cent fois je me suis fait une douceur extrême
D'entretemr Titus dans un autre lui-même»
ANTIOCHUS
Et c'est ce que je fuis. J'évite, mais trop tard,^ Ces cruels entretiens où je n'ai- point de part. Je fuis Titus ; je fuis ce nom qui m'inquiète, Ce nom qu'a tous momens votre bouche répète.
Que vous dirai-je enfin? je fuis des yeux distraits, Qui, me voyant toujours , ne me voyaient jamais. Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image, Attendre , en vous aimant, la mort pour mon partage.. Sur-tout ne craigne» point qu'une aveugle douleup Remplisse l'univers du bruit de mon malheur : Madame, le seul bruit d*une mort que )'implore Vous fera souvenir que je vivais encore.
Adieu.