ACTE I, SCENE VIL
CKIGAITEAU.
Deux bottes dç foin cinq à six mille livres ! LA COMTESSE.
Monsieur, tous mes procès allaient être finis : Il ne m'en restait plus que quatre ou cinq petits y L'un contre mo/i mari, l'autre contre mon père, Et contre mes enfans : ah monsieur \ la misère ! Je ne sais quel biais ils ont imaginé , Ni tout ce qu'ils ont fait ; mais on leur a donné TJn arrêt par lequel , moi vêtue et nourrie , On me défend , monsieur , de plaider de ma vie.
CHICAIIEAU.
De plaider !
, LA COMTESSE
De plaider.
eu IC A N E AU.
Certes , le trait est noir.
J'en suis surpris.
LA COMTESSE
Monsieur, j'en suis au désespoir.
CHICANEAU
Gomment ! lier les mains aux gens de votre sorte l Mais cette pension , madame , est-elle forte ?
L'A COMTESSE
Je n'en vivrais, monsieur, que trop bonnêtement. Mais vivre sans plaider, est-ce contentement ?
GHICAITEAU.
Des chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'âme. Et nous ne dirons mot ! Mais , s'il vous plaît , madame ^ Depuis quand plaidez-vous ?
LA COMTESSE
n ne m'en souvient pas.
Depuis trente ans au plus.
(CHIGAirEAU.
Ce n'est pas trop.
LA COMTESSE
Hélas !
CHIC ANE AU
Et quel fige aves'vous ? Vous avez bon visage. LA CO MTESSE.
Hé ! quelque soixante ans.
CHXGANEAU.
Comment ! c'est le bel âge Pour plaider.
Laisses faire , ils ne sont pas au bout.
J'y vendrai ma chemise; et je veux rien ou tout.
CHICAXEAU.
Madame , écoutez-moi. Toici ce qu'il faut faire.
LA COMTESSE
Oui, monsieur, je vous crois comme mon propre p^.
CHICANEAO.
J'irais trouver mon juge.