‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 51 sur 169 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

TRAGÉDIE

V oici ccHe Je mes tragédies que je puis dire que j'ai le plus travaiDée. Cependant j'avoue que le succès fie répondit pas d'abord à mes espérances : a peine eflc parut sur le théâtre, qu'il s'éleva quantité de criUqucs qui semblaient la devoir détruire. Je crus moi-même que sa destinée serait à l'avenir moins, beoreuseque celle de mes autres tragédies. Mais enfin U est arrivé de cette pièce ce qui arrivera toujours des ouvrages qui auront quelque bonté : les critiques se sont évanouies ; la pièce est demeurée. C'est maintenant celle des miennes que la cour et le public revoient le plus volontiers. Et si j'ai fait quelque chose de solide et qui mérite quelque louange, la plupait des connaisseurs demeurent d'accord que c'est ce même Britannicns.

A la vérité j'avais travaillé sur des modèles quï m'avaient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'Agrippine et de Néron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'antiquité, je veux dire d'après Tacite; et j'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant daoa ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. J'avais

voulu mettre dans ce recueil un extrait des plus l)eauz endroits que j'ai taché d'imiter ; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant de place que la tragédie. Ainsi le lecteur trouvera bon que je le renvoie à" cet antenr, qui aussi-bien est entre les mains de tout le monde; et je me contentend de rapporter ici qnelquef-ttiis de ses passages sur cbacun des personnages que j'introduis sur la scène.

Pour commencer par Néron, il ^ant se loavenir qu'il est ici dans les premières années de son règne, qui ont été heureuses, comme l'on sait. Ainsi il te m'a pas été permis de le représenter aussi méchant qu'il a été depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux ; car il ne l'a jamais été. Il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs; mais il a en lui les semences de tous ces crimes : il commence a vouloir secouer le joug. Il les hait les uns et les autres ; il leur cache sa haine sous de fausses caresses, factus naturâ velare odium fallac^us Handitiis. En on mot, c'est ici un monstre naissant, mais qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs k ses méchantes actions ; haetenus Iffrt fiagidis et sceUribus veîanunta quatsivU, Il ne pouvait soufirir Octavie , princesse d'une bonté et d'une verta exemplaires , fato quodam , an quia prctvalent Ulicit^» Metuehaturqut ne tn stupta faminamm illustrium pmum' ftret.

PREFACE. g7

Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite , qpi dit ç[ne Néron poita irapatiem* ment la mort de Narcisse, parceqne cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés ; cujus àbditis adhuc vitiis mire congruehat. Ce passage prouve deux choses : il prouve , et que Néron était déjà vicieux , mais qu'il dissimulait ses vices; et que Narcisse l'entretenait dans ses mauvaises inclinations.

J'ai choisi Burrhus pour opposer un honnête" homme à cette peste de cour; et je l'ai choisi plutôt que Sénèqae : en voici la raison. Ils étaient tous deux gouverneurs de la jeunesse de Néron, l'un pour les armes , l'antre pour les lettres ; et ils étaient fameux , Burrhus pour son expérience dans les armes et pour la sévérité de ses mceurs, militaribus euris et severitate merum; Sénëq[ne pour son éloquence et le tour agréa<i hle de son esprit^ Seneca praceptis eloquentiœ et comitatg lonestâ, Burrhus après sa mort fut extrêmement regretté a cause de sa vertu : civitati grande desiderium ejus mansit per memoriam virtiuis.

Tonte leur peine était de résister k l'orgueil et k la férocité d'Agrippine, ^uae, cunctis ntala dominaùonit eupidinilus flagrant, hahehat in partibus Pallantem, Je ne dis que ce mot d'Agrippine, car il y aurait trop de choses a en dire. C'est elle que je me suis sur-tout •fibrcé de bien exprimer ; et ma tragédie n'est pas

Ég PREFACE,

moiofi la disgrâce d'Agrippine , cpie. la mort de Bri* tannicus. « Cette mort fut un coup de foudre pour n eUe : et il parut ^ dit Tacite , par sa frayeur et par » sa consternation, qu'elle était aussi innocente de » cette mort qu'Octavie. Agrippine perdait en lui sa n dernière espérance , et ce crime lui en faisait crain- » dre un plus grand » : Sibi supremum auxilium erep' tum t et parricidii exemplum imeîligebai,

L'Âge de Britannicus était si connu, qu'il ne m'a pas été permis de le représenter autrement que comme un jeune prince qui avait beaucoup de cœur , beaucoup d'amour et beaucoup de franchise , qualités ordinaires d'nn )eune homme. H avait quinze ans : et on dit qu'il avait beaucoup d'esprit, soit qu'on dise vrai , ou que ses malheurs aient fait croire cela de lui, sans qu'il ait pu en donner des marques : JYeque segnem ei fuisse indolem ferunt , sire veruM, seu pericuUs contnundants retinuit famam sine experimento.

n ne faut pas s'étonner s'il n'a auprès de lui qu'un aussi méchant homme que Narcisse; car il y avait long-tems qu'on avait donné ordre qu'il n'y eût auprès de Britannicus que des gens qui n'eussent ni foi ni honneur : Aom ut proximus puisque Britannica nequt fas neque fidem pensi hàberet t ^im provision erat,

n me reste a parler de Junie. Il ne la faut pas confondre avec une vieille coquette qui s'appelait JuNiA SiLANA. C'est ici une autie Junie, que Tacite

appelle JuRlA Galyutà, de la farniHe d'Angnste, sonir de SUanns a qm Glaudiaa avait promis Octavie. Cette Junie était jeane, belle, et, comme dit Sénevé, ftstivissima omnium piullarum. Son frère et elle s'aimaieut tendrement; et lenrs ennemis , dit Tacite, les accusèrent tous deux d'inceste , quoiqu'ils ne fussent coupables que d'un peti d'indiscrétion. Elle vécut )usqa'an règne de Yespasien.

Je la fais entrer dans les vestales, quoique, selon Ânlu-GeUe , on n'y reçût jamais personne au-dessous de six ans , ni aU'^essus de dix. Mais le peuple prend ici Junie sous sa protection ; et j'ai cru qu'en considération de sa naissance , de sa vertu et de son malheur , il pouvait la dispenser de l'âge prescrit par les lois, comme il a dbpensé de l'âge pour le consulat tant de grands hommes qui avait mérite ce privilège.

ACTEURS

NÉRON, empereur, fils d'Agrippine.

Britaniticus y fiU de MeAsaline et de l'empereur

Claudins.

Agrippiite , veure de Domitins Enobarbns p^e de

Néron, et en secondes noces veu^e de l'empereur

Claudins.

JuNiE, amante de Britannicus.

BURRHUS , gouverneur de Néron. NA.RCT8SE , gouverneur de Britannicus.

AlbirE , confidente d'Agrippine.

Gardes»

Za scètu est à Rome , dans une chambre du palais de Ifiron.

llKITAîîIfiri7S.

TRAGÉDIE

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