SCENE I
HERMIONE, CLÉONE
HERMIONS.
J E fais ce que ta veux. Je consens qu'il me voie ; Je lui veux bien encore accorder cette joie.
Pylade va bientôt conduire ici ses pas ; ]\Iais, si je m'en croyais , je ne le verrais pas.
C LÉO NE
Et qu'est-ce que sa vue a pour vous de funeste ? Madame , n'est-ce pas toujours le même Oreste Dont vous avez cent fois soubaitc le retour , ' Et dont vous regprettiez la constance et l'amour ^
HERMIUNE.
C'est cet amour payé de trop d'ingratitude <^ui me rend e? ces lieux sa présence si rude. Quelle honte pour moi , quel triomphe pour lui , De voir mon infortune égaler son ennui !
Est'Ce la , dira-t-il cette fîère Hermione ?
Elle me dddaignaitj un autre l'abandonne : L'ingrate , qui mettait son cœur a si haut prix, Apprend donc, ^ son tour, h souffrir des mépris !..
flo4 ANDROMAQUE.
Ah dieux!
CLÉ ONE
Ah ! dissipes ces indignes alarmes :
n a trop bien senti le pouvoir de vos charmes. Yons croyes qu'un amant vienne vous insulter ? Il vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôter. Mais vous ne dites point ce que vous mande un père.
HERMtONE.
Dans ses retardemetis si Pyrrhus persévère , A la mort du Troyen s'il ne veut consentir , Mon père avec les Grecs m'ordonne de partir.
CLÉOITE.
Hé bien , madame, hé bien, écoutez donc Oreste. Pyrfhus a commencé , faites an moins le reste. Pour bien faire il faudrait que vous le prévinssiez : Ne m'aves-vous pas dit que vous le haïssies ?
HERMIOIfE.
Si je le hais , Cléone ! il y va de ma gloire , ' Après tant de bontés dont il perd la mémoire ; Lui qui me fut si cher , et qui m'a pu trahir ! ,
Ah ! je l'ai trop aimé pour ne le point haïr.
Fuyes'le donc , madame , et puisqu'on vous adore. . . .
HERMIONE
Ah ! laisse è ma fureur le tems de crohre encore ; Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer :
Cléone , avec horreur je m'en veux séparer.