JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON
JOCA.STE.
"Maa fils c'est donc ainn que Ton garde sa foi ?
Bladame , ce combat o'est poist venu de moi ,
Hais de quel<jnes soldats, tant d'Argos qae des nôtres.
Qui , s'étant querellés les uns avec les autres y
Ont insensiblement tout le corps ébranle ,
Et fait nn grand combat d'un simple démêlé.
La bataille sans-^oute allait être cruelle ,
Et son événement vuidait notre querelle ,
Qnand du fils de Créon l'héroïque trépas
De tous les combattans a retenu le bras.
Ce prince , le dernier de la race royale ,
S'est appliqué des dieux la réponse fatale ;
Et lui-même à la mort il s'est précipité ,
De l'amour du pays noblement transporté.
JOCASTE
Ab ! si le seul amour qu'il eut pour sa patrie Le rendit insensible aux douceurs de la vie, Mon (Us , ce même amour ne peut-U seulement De votre ambition vaincre l'emportement }
Sg LES FRERES ENNEMIS.
Un exemple si beau tous invite k le suivre.
Il ne faudra cesser de régner ni de vivre :
Vous pouves , en cédant un peu de votre rang y
Faire plus qu'il n'a fait en versant tout son sang ;
D ne faut que cesser de haïr votre frère ; .
Vous feres beaucoup plus que sa mort n'a su faite.
Oh dieux ! aimer un frère , est-ce un plus grand effort
Que de haïr la vie et courir a la mort ?
Et doit-il être enfin plus facile en un autre
De répandre son sang , qu'en vous d.'aimer Id vôtr« ?
ÉTÉOGLE.
Son illustre vertu me charme comme vous y
Et d'un si beau trépas je suis même jaloux.
Et toutefois , madame , il faut que je vous die
Qu'un trône est plus pénible a quitter que la vie :
La gloire bien souvent nous porte a la haïr ;
Mais peu de souverains font gloire d'obéir.
Les dieux voulaient son sang ; et ce prince, sftns crime^
Ne pouvait k l'état refuser sa victime :
Mais ce même pays , qui demandait son sang,
Demande que je règne , et m'attache k mon rang.
Jusqu'à ce qu'il m'en ôte, il faut que )'y demeure :
Il n'a qu'à prononcer, j'obéirai sur l'heure ;
Et Thèbefr me verra , pour a{^aiser son sort,
Et descendre du trône , et courir k la mort.
CRÉOK.
Ah! Ménécée est mort, le ciel n'en vent point d'antre :