SCENE I
AXIANE
ÏS 'ENTETrORONS-HOUS jamais que des cris <le victoire
Qui de mes ennemis me reprochent la gloire ?
Et ne pourrai-je au moins )■ en de si grands malheurs ,
M'entretenir moi^ seule avecque mes douleurs ?
D'un odieux amant sans-cesse poursuivie ,
On prétend, malgré moi, m'attacher U la vie r
On m'observe ; on me suit. Mais , Porus , ne crois pas
Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas.
Sans-doute à nos malheurs ton coaur n'a pu survivre :
En-vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre y
On te découvrirait au bruit de tes efibrls ;
Et s'il te faut chercher , ce n'est qu'entre les morts.
Hclas ! en me quittant, ton ardeur redoublée
Semblait prévoir les maux dont \e suis accablée ,
Lorsque tes yeux , aux miens découvrant ta languciu ,
Me demandaient quel rang tu tenais dans mon cœur ;
Que , sans t'inquiéter du succès de tes armes ,
Le soitt de ton amour te causait tant d'alarmes.
Et pourquoi te cachais-je avec tant de détour
Vn secret si fatal au repos de tes jours ^
iSfl ALEXANDRE.
Combien de fois, tes yenx forçant ma résistance ,
Mon cœur s'est-ii vu près de rompre le silence f
Combien de fois , sensible a tes ardens désirs y
M'est-il en ta présence échappé de soupirs !
Mais je voulais encor douter de ta victoire ;
J'expliquais mes soupirs en faveur de la gloire ;
Je croyais n'aimer qu'elle. Ah ! pardonne, grand roi ,
Je sens bien aujourd'hui que je n'aimais que toi.
J'avoûrai que la gloire eut sur moi quelque empire ;
Je te l'ai dit cent fois : mais je devais te dire
Que toi seul , en effet, m'engageas sous ses lois.
J'appris a la connaître en voyant tes exploits ;
Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée ,
En un autre que toi je l'aurais moins aimée.
Mais que sert de pousser des soupirs superflus
Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus ?
n est tems que mon âme , au tombeau descendue ,
Te jure une amitié si long-tems attendue ;
Il est tems que mon cœur, pour gage de sa foi ,
Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi.
Aussi-bien, penses-tn que je voulusse vivre
Sous les lois d'un vainqueur k qui ta mort nous livre ?
Je sais qu^il se dispose a me venir parler ,
Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.
Il croit peut-être , il croit que ma haine étouffée
A sa fausse douceur servira de trophée ï
Qu'il vienne. Il me verra , toujours digne de loi ,
Mourir en reine, ainsi que tu mourus en roi.