A MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS
SUB SA CONVALESCeitGE.
UifE jeune fauvette, amiable autant que belle , Nourrissait avec soin quatre jolis petits ;
De son bymen c étaient les fruits.
Elle les couvrait de son aile
Contre la froidure des nuits , Attendait pour dormir qu*i\s fussent endormis ,
Rêvait d'eux, s'éveillait sans cesse
Pour les jouter respirer,
Pour les baiser, et s'assurer
Que dans le nid rien ne les blesse.
Le matin , courant le pays ,
Elle allait d'une aile rapide Chercher les grains , les vers dont elle était avide^
Non pour elle , mais pour ses fils.
Dans le chemin pourtant s'il s'offrait à sa vue Quelque oiseau malheureux ou souffrant de la mue , Elle le consolait, le plaignait, lui donnait
Ce qu'elle avait, et retournait
Chercher d'une vitesse extrême
Pour SCS enians des grains nouveaux,
T<ttjours prête à tous les travaux , Et n'oub^nt jamais personne qu'elle-même.
Un jour qu'elle apportait la béquée aux petits ,
A la porte de son logis
Se présente vis-à-vis d'elle
L'autour à la serre cruelle.
La pauvre fauvette frémit j Son bec laissa tomber la pâture nouvelle,^
Et toute tremblante elle dit :
Ah I monseigneur, je vous en prie ,
Accordez-moi quelques instans,
Dans trois jours mes fils seront grands ;
Alors mangez-moi , j'y consens y
.Mais jusque-là j'aime la vie.
Ses quatre petits, Tentendant, S'élancent aussitôt^ tombant, courant , volant , Et viennent à l'autour faire îmc autre prière :
Monsieur l'autour, monsieur l'autour,
C'est nous qu'il faut priver du jour;
Vous ferez bien meilleure chère :
r^ous sommes délicats , vous aurez du plaisir :
Aussi-bien nous allons moiu-ir,
Si vous nous mangez notre mère.
Plusieurs oiseaux du bois , accourant à leurs cris ,
Reconnaissent Jeur bonne amie,
Et tous veulent donner leur vie
Pour sauver la sienne à ce prix. Heureusement l'autour venait de prendre
Et de croquer quatre perdrix.
Quandjl n'avait pas faim , il avait le cœur tendre j 21 se laissa toucher : les oiseaux réunis ^
Chantèrent leur reconnaissance :
PIECES FUOrUVES. laS
Le jour de cette délivrance Devînt la fête du pays.
Vous , qui dans ce récit ne voyei qu'une fable , Savez-vous bien quelle est celte mère adorable^ Que i ai tâché de peiq^ avec des traits si doux?.
Tout le monde le Isait, hors vous.
J'ajoute à son portrait qu£, sans art, sans adresse, Elle a su captiver l'estime et la tendresse, Que le Français souvent sépare du respect.
Chacun de nous, à son aspect, La montre à son épouse , à sa fille , à sa mère , Comme l'exemple heureux des venu» qu'il révère. Vous ne d; vinez point ? Pour dernier trait enfin ,
Dans sa dernière maladie , Tout le monde pour elle aurait donné sa vie , Et chaque malheureux tremblait d'être orphelin.' ^