‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 38 sur 63 · A MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS

SUB SA CONVALESCeitGE.

UifE jeune fauvette, amiable autant que belle , Nourrissait avec soin quatre jolis petits ;

De son bymen c étaient les fruits.

Elle les couvrait de son aile

Contre la froidure des nuits , Attendait pour dormir qu*i\s fussent endormis ,

Rêvait d'eux, s'éveillait sans cesse

Pour les jouter respirer,

Pour les baiser, et s'assurer

Que dans le nid rien ne les blesse.

Le matin , courant le pays ,

Elle allait d'une aile rapide Chercher les grains , les vers dont elle était avide^

Non pour elle , mais pour ses fils.

Dans le chemin pourtant s'il s'offrait à sa vue Quelque oiseau malheureux ou souffrant de la mue , Elle le consolait, le plaignait, lui donnait

Ce qu'elle avait, et retournait

Chercher d'une vitesse extrême

Pour SCS enians des grains nouveaux,

T<ttjours prête à tous les travaux , Et n'oub^nt jamais personne qu'elle-même.

Un jour qu'elle apportait la béquée aux petits ,

A la porte de son logis

Se présente vis-à-vis d'elle

L'autour à la serre cruelle.

La pauvre fauvette frémit j Son bec laissa tomber la pâture nouvelle,^

Et toute tremblante elle dit :

Ah I monseigneur, je vous en prie ,

Accordez-moi quelques instans,

Dans trois jours mes fils seront grands ;

Alors mangez-moi , j'y consens y

.Mais jusque-là j'aime la vie.

Ses quatre petits, Tentendant, S'élancent aussitôt^ tombant, courant , volant , Et viennent à l'autour faire îmc autre prière :

Monsieur l'autour, monsieur l'autour,

C'est nous qu'il faut priver du jour;

Vous ferez bien meilleure chère :

r^ous sommes délicats , vous aurez du plaisir :

Aussi-bien nous allons moiu-ir,

Si vous nous mangez notre mère.

Plusieurs oiseaux du bois , accourant à leurs cris ,

Reconnaissent Jeur bonne amie,

Et tous veulent donner leur vie

Pour sauver la sienne à ce prix. Heureusement l'autour venait de prendre

Et de croquer quatre perdrix.

Quandjl n'avait pas faim , il avait le cœur tendre j 21 se laissa toucher : les oiseaux réunis ^

Chantèrent leur reconnaissance :

PIECES FUOrUVES. laS

Le jour de cette délivrance Devînt la fête du pays.

Vous , qui dans ce récit ne voyei qu'une fable , Savez-vous bien quelle est celte mère adorable^ Que i ai tâché de peiq^ avec des traits si doux?.

Tout le monde le Isait, hors vous.

J'ajoute à son portrait qu£, sans art, sans adresse, Elle a su captiver l'estime et la tendresse, Que le Français souvent sépare du respect.

Chacun de nous, à son aspect, La montre à son épouse , à sa fille , à sa mère , Comme l'exemple heureux des venu» qu'il révère. Vous ne d; vinez point ? Pour dernier trait enfin ,

Dans sa dernière maladie , Tout le monde pour elle aurait donné sa vie , Et chaque malheureux tremblait d'être orphelin.' ^

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