‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 106 sur 131 · À MONSIEUR LE COMTE DE GUICHB · texte numérisé non relu

À MONSIEUR LE COMTE DE GUICHB

A Paris, le 15 septembre 1641.

Monsieur, après avoir fait un grand siège ' et deux

* JlfM. de Cowrarl, p. 783.

^ Aire. 19 mai — 26 juillet.

Sd8 LETTRES DE TOITURE.

petits * et avoir été quinze jours en Flandre sans équipage» n*6stril pas vrai que c'est un grand rafraichissement que d^aller assiéger Bapaume et de recom-* mencer tout de nouveau au mois de septembre, comme si l'on n'avoit rien fait? Il me semble que les chevaliers du temps passé en avoient beaucoup meilleur marché que ceux d*à cette heure : car ils en étoient quittes |)our rompre quatre ou cinq lances par semaine, et )X)ur faire de fois à autres un combat. Le reste du temps, ils chemi noient en liberté par de belles forêts et de belles prairies, le plus souvent avec une demoiselle ou deux 9 et depuis le roi Perion de Gaule jusqu'an dernier de la race des Amadis, je ne me souviens pas d'en avoir vu pas un empêché à faire une circonvallation ou à ordonner une tranchée. Sans mentir, monsieur, la Fortune est une grande trompeuse ! Bien souvent en donnant aux hommes des charges et des honneurs elle leur fait de mauvais présents, et pour Tordinaire elle nous vend bien chèrement les choses qu'il sanble qu'elle nous donne ^ Car, enfin, sans considérer le hasard du fer et du plomb (ce qui ne vaut pas la peine d'en parler), et supposant que vous combattiez toujours sous des armes enchantées, vous ne sauriez empêcher que la guerre ne vous retranche une grande partie de vos plus beaux jours. Elle vous ôte six mois de cette année, et à vous, qu'elle a laissé vivre, elle vous a ôté, depuis quinze ans, près de la moitié de votre vie. Et cependant, monsieur, il faut

' La Bassée et Lens, août.

^ 1^ Fontaine a dit à peu près dans les mèiBes termes ;

La fortune nous vend ce qu^on croit qu*elle donne.

AU COMTB DE 6UIGHE (l64l). 359

avouer que ceux qui la font avec tant de gloire que vous, y doivent trouver de grands charmes, et sans oientîr» ce conseatement de tout un peuple avec tous les honnêtes gens à mettre un homme au'-dessus de tous les autres, est une chose si douce qu'il n'y a point d'âme bien faite qui ne s'en laisse toucher, ni de travail que cela ne rende supportable. Pour moi, monsieur (car aussi bien que vous je prétends avoir ma part des incommodités de la guerre), je vous avoue que votre réputation m^ console de votre absence, et quelque plaisir qu'il y ait de vous ouïr parler, je ne le préfère pas à celui d*ouîr parler de vous. Je souhaite pourtant que vous veniez bientôt jouir ici de la gloire que vous avez acquise, et qu'après tant de courses que vous avez faite^i, vous ayez le plaisir d'aller tout cet hivQr, quelque temps qu'il fasse, deux ou trois fois la semaine, de Paris à Ruel et de Ruel à Paris. Alors je vous dirai à loisir les alarmes où j'ai été pour l'amour de vous, et l'aiiection avec laquelle je suis, votre, etc.

}37, p^ AU 111}MB (sor Si promotion k la cliar|e do B^aréchal <M FniDco> ).

[A Paris, I« %% MptembM 1641*]

Monseigneur, je me dédis de tout ce que je vous avois dit contre la guerre, et puisqu'elle est cause de

' Mss, de Conrart, p. 785. »— Deux jours après la reddition de Bapaume (20 septembre) : voyez la Gazette de France du 28 du même mois. L% nouveau maréchal d£ Guiche (car il fut quelques années eoeore sans prendre le nom de Gramont) demeura chef de Tarmée par la retraite du maréchal de la fifeilleraie, qui alla pren*

l'honneur que vous venez de recevoir, je ne lui saurois plus vouloir de mal. Il y a longtemps que je jugeoîs que tant de valeur et de services, en un homme de votre condition et une personne si agréable à tout le monde, ne pouvoient n'être pas bientôt récompensés. Mais comme il y a toujours une grande différence entre les choses qui ont à être et celles qui sont en effet, je n'ai pas laissé de recevoir une extrême joie d'apprendre que l'on avoit fait pour vous ce que je savois bien que l'on ne pouvoit pas manquer de faire, et cette nouvelle m'a autant touché et m'a été aussi agréable que si je ne Teusse pas attendue, il est certain, monseigneur, que la principale récompense de vos actions est la réputation qu'elles vous ont aoquise. Mais ce ne vous doit pas être pourtant un médiocre contentement de vous voir monté, à l'âge où vous êtes, au dernier degré où la fortune de la guerre peut conduire les hommes. Et si vous songez au travers de combien de périls vous y êtes arrivé, quels hasards il vous a fallu passer et combien vous avez vu tomber de braves gens qui cou» roient dans le même chemin que vous teniez, vous saurez quelque gré à la fortune de vous avoir laissé venir jusque-là et de ne s'être pas opposée à votre vertu. Parmi tant de sujets que j'ai de me réjouir de votre bonheur, j'ai une satisfaction particulière, que vous ne sauriez avoir et qui , en vérité , passe dans mon esprit toutes les autres, de connoltre, par les juge-

dre les eaax, et par le départ du maréchal de Brézé pour la Catalogne. — Cf. une lettre de Godeau sur le même sujet {Lettres de M, Godeau surdités sujets , 1713, p. 344}.

ments libres et non suspects de tout le monde, que votre gloire est sans envie , et de voir qu'il n*y a personne qui ne soit aussi aise de votre prospérité que s'il y avoit quelque part. Celte joie publique de votre bonne fortune m'est un augure qu'elle sera suivie de toutes les autres qu'elle peut produire, et j'espère que vous ajouterez bientôt à l'honneur que le roi vous a fait des honneurs qu'il n'y a que vous qui vous puissiez faire, et qui, à parler sainement, sont plus solides et plus véritables. Je pense que vous croirez bien que je le souhaite de bon cœur, puisque vous savez combien, par mille raisons, je suis obligé d'être avec toute sorte de respect et de passion, monseigneur, votre, etc.

[Novembre 1641.]

Mademoiselle, vous êtes admirable de vous plaindre de la solitude, après avoir emmené avec vous tout ce qu'il y avoit de plus beau et de meilleur dans Paris % et de vouloir que nous vous consolions, quand vous nous avez ôté toute sorte de consolations. Si j'étois auprès de la belle princesse avec qui vous êtes', je vous enverrois les lettres que vous me demandez ; et de ses

* Mss, de Conrartf p. 623. Dans la première édition, cette lettre, ainsi que la suivante, est adressée à M°>« de Rambouillet.

^ Moie la Princesse douairière, M«« la Princesse la jeune, W^^ de Bourbon et plusieurs de leurs amis et amies étaient allés à Lianconrt attendre le duc d'Enghien gui , après la reddition de Ba« paume (octobre 1641), était allé prendre les eaux de Forges en Normandie, et ils y passaient tous ensemble le temps en fêtes et en diverti.<sements.

3 M"<? de Bourbon.

362 LETTRES DE VOITCRE.

moindres paroles gu de ses plus petites actions, je dissiperois les plus grandes mélancolies. Si vous vous divertissez avec elle aussi mal que vous dites, il faut que Taccident qui est arrivé à Merlou^ Tait rendue tout une autre personne qu'elle n'étoit, et qu'elle soit bien plus changée de la petite vérole de madame sa belle-sœur % qu'elle ne l'a été delà sienne. Cependant, mademoiselle, je vous donne avis que toutes les maisons de Paris sont , à cette heure, des maisons des champs, aussi bien que la vôtre ; et, en vérité, il y en a beaucoup où il n'y a pas si bonne compagnie. Toutefois, si une personne qui s'ennuie avec M^^' de Bourbon se peut divertir de savoir des nouvelles de M°>c de la G. , je vous en dirai tant que vous voudrez (car il n' y a plus quasi qu'elle que je connoisse ici), et je voys remplirai deux grandes feuilles de papier des bonnes choses que je lui ai oui dire. C^est, sans mentir, lUie jolie dame, et, en vérité, une des plus charmantes et des plus agréables qui soit à cette heure-ci \ Jugez, mademoiselle, si je puis être fort divertissant, en un temps où je suis si mal diverti , et si vous ne devez pas trouver bon que je m'en aille à Blois le plus vite que je pourrai, et que je ne vous dise autre chose, sinon que je suis, votre, etc.

< La seigneurie de Merlou appartenait à la maison de Cond^.

3 M^cia Princesse la jeune, qui avoit eu la petite vérole k lleflou (T.)* — Glaire*Clénience de Maillé-Brésé, mariée le 11 férrief 1641 au duc d'Ënghien.

Ceci est dit par ironie ; mais qui est eette H^ on M^i^ de

A MADEMOISELLE DE RAMBOUILLET (l64l). 363

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