‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 29 sur 131 · INÉDITE )*. — AU MÊME · texte numérisé non relu

INÉDITE )*. — AU MÊME

[A PwU, ....• 1631 ^J

Si ce n'étoit en qualité de secrétaire d'une dame, je n'aurois jamais osé entreprendre de vous écrire; mais W^^ la maréchale do Saint-Luc m'a commandé de vous faire de très^humbles remerciements de sa part»

* Mis, de Conrart, p. 798.

^ Le nom est en blanc dftna le manuacril; j'ai mis celui du cardinal de la Valette, parce que la leltre m'a paru être tout à fait dang le ton de celles que Voiture lui adresse ordinairement; mais je n'oserais rien affirmer.

^ La maréchale de Saint-Luc, dont il a été question précédem.ment (voyez p. 48], mourut au mois de janvier 1632 ; c'est ce qui m'a induit à placer ici cette lettre, qui ne saurait être postérieure à l'année 1G31, quoiqu'elle ait (Uêtre écrite beaucoup plus tôU

A MAD8II0ISBLLB PAULHT (1631). 55

et de vous dire que si elle eût été asaei hardie» elle vous eût écrit elle^mâme. Elle a trouvé la leltre qu'elle a eue pour le concierge de Ruel plus obligeante et plus civile qu'elle ne Teût su désirer, et je lui ai fait voir dans celle de M. de Chaudebonne avec quelle affection et combien de compliments vous (la?) lui avez envoyée. Aussi se tient-elle infiniment obligée de toutes les ci* vilités dont vous avez voulu accompagner cette faveur, et elle dit qu'elle prend cela à bon augure, et qu'elle espère à cette heure recouvrer ce qu'elle a eu de beauté, puisqu'il vous a plu de prendre tant de soins d'elle. 11 est vrai, monseigneur, que vous accomplissez avec plus do grâce que personne du monde tous les services que vous rendez aux dames; mais outre cela il y a encore quelque chose en votre fortune qu'ils sont mieux reçus qu'ils seroient de pas un autre. Pardonnez-moi , s'il vous plaît, si j'ose vous en tant dire, mais on me fait écrire tout ce qui est ici, et cette lettre, monseigneur, ^st dictée par une dame, quoiqu'elle soit écrite par voire, etc.

14» — A MADEMOISBIIE rAV^ET ^

[1630 ou i631.]

Mademoiselle, il n'y eut jamais de si beaux enchan*

> Hm. de Courart, p. 697. -^ Angélique Paulet, née vers 1&83, morte en I65t, Elle était fille de Charles Paulet, leorétaire de la chambre du roi, invcnicur de l'impôt qui fut appelé de ton nom ia Pauletie. Somaise lui a donné place dans le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, où elle est désignée sous le nom de Parthénie. Elle est Élise dans Céyrus (septième partie, liv. l^*^), où M>i« de Scudéri «apporte eon liistoiro tout au long. Enfin Talle-

tements que les vôtres , et tous les magiciens qui se sont servis d'images de cire n'en ont point fait de si étranges effets que vous. Celle que vous avez envoyée a rempli d'étonnement tous ceux qui l'ont vue; et ce qui est beaucoup plus admirable, et que je pense que toute la magie ne peut faire , elle a donné de Tamour à M°ie la marquise de Rambouillet, et à moi de la joie le même jour que vous êtes partie. Je ne comprends pas comme cela m'est pu arriver. Mais la lettre et le présent qui vinrent de votre part me firent oublier tous mes maux , et je reçus la petite Europe ' avec autant de contentement que si l'on m'eût donné celle qui fait une des trois parties du monde et que Ton divise en plusieurs royaumes. Aussi vaut-elle davantage, puisqu'elle vous ressemble. Et M***® la marquise, sous ce prétexte, me Tôta par force, et jura Slyx qu'elle ne sortiroit point de son cabinet. Ainsi Europe a été ravie pour la seconde fois, et beaucoup plus glorieusement, ce me semble, que lorsqu'elle fut enlevée par Jupiter< Il est vrai que pour m'apaiser l'on m'a donné deux chiens qui ont le museau si long, qu'à mon avis ils valent bien une demoiselle ^ et je ne sais s'il y en a une

mant lui a consacré un long article dans ses Historiettes, Nous la retrouverons souvent dans notre chemin.

' Qu'est-ce que cette Europe, que M^i® Paulet avait donnée en présent à Voilure, et qui lui fut prise par M>n« de Rambouillet? Sans doute une petite statuette ou uile peinture représentant l'enlèvement d'Europe : c'est du moins ce que donnent à entendre ces mots : « Ainsi Europe a été ravie pour la seconde fois, » que nous trouvons un peu plus bas. Nous savons aussi que W^ de Rambouillet éUiit curieuse de tout objet d'art.

^ M^i^i de Rambouillet lui donnadeux chiens pour son Europe (T).

A MADAME DU VIGBAN (l63l). 57

dans Paris pour qui je les voulusse donner. Aussi bien, en rtiumeur où je me trouve, je ne dois plus converser avec les créatures raisonnables; et dans le désespoir où je suis, je voudrois être en un désert entre les griffes du plus cruel des lions. [Mais, sans mentir, mademoiselle, vous leur avez appris à dire et à faire tant de galanteries, que je passerois plus volontiers avec eux en Afrique que ne je m*en irois à Nanci ; et je tiens que Ton ne doit avoir de Tamitié que pour les lions '], moi qui disois que Ton ne devoit aimer que les chiens. Vous qui les avez rendus galants, faites, s*il vous plaît aussi, qu'ils soient reconnoissants, et qu'ils se souviennent quelquefois de moi, puisque je les honore plus que personne du monde, et que je suis, mademoi* selle, votre, etc.

i5. — A MADAME DU VIGEAN

(En lui envoyant une élégie qu'il avait faite, et qu'elle lui avait demandée

plusieurs fois ^ ].

[Même date.]

Madame, voilà cette élégie que vous m'aviez beau-

^ Mss, de Conrart, — Voiture joue ici sur le mot de lionne qu*il donnoit à MU^ Paulet, à cause de son ardeur, et de ses cheveux, et de son courage... Cela s'entendra mieux par la suite (T). — Tal* lemant s'exprime à peu près dans les mêmes termes dans Thistoriette de M^^*: Paulet : « L'ardeur avec laquelle elle aimoit, son courage, sa fierté, ses yeux vifs et ses cheveux trop dorés, lui firent donner le surnom de Lionne, » Voiture fait dans ses LeUres de fréquentes allusions à cette plaisanterie. Voyez surtout les leUres 53 et 54.

^ Mss. de Conrart f p. 851. — Anne de Neuf bourg , mariée à François Poussard, marquis du Vigean. Sa fille cadette inspira une vive passion au duc d'Enghien, depuis prince de Condé, et finit

58 LimiBS DE VOITURB.

coup trop demandée, et qui jusqu'ici avoit élé ouïe de quelques-uns, mais qui n*avoit encore été lue de per* sonne. Je voudrois bien qu'il m'en arrivât autant qu'à vous, qui, après avoir caché longtemps la plus belle dioae du monde', avez ébloui en la montrant tous ceux qui l'ont vue. Mais c'est être trop amoureux de mes vers que de leur souhaiter cet avantage; et je ne voudrois pas qu'ils fussent meilleurs, puisqu'ils n*ont pas été faits pour vous. Si vous les trouvez fort mauvais, vous m'en devez savoir d'autant plus de gré de ce que les connoissant comme vous, je n'ai pas laissé devons les envoyer. Et, sans mentir, pour m'obliger à cela, il ne falloit pas avoir moins de puissance sur moi que celle que vous y avez acquise depuis queU ques jours; et sans votre commandement, madame, ils n'eussent jamais été ailleurs que dans mamémoire. Mais il est temps qu'ils en sortent pour laisser place à quelque objet plus agréable; et ce que W^^ Paulet* me fit voir l'autre jour l'occupe tellement à cette heure, que je ne sais s'il y aura plus de lieu pour pas une autre chose. Je vois bien, madame, que je vous fais un poulet, en ne pensant faire qu'une lettre d*excuse et

par se faire carmélite. Voyet Tallemant, HUtorietteê, t. III, p. 20 ; les Mimoireê de M^^ de Montpènsier, à l'année 1637 ; et principalement If. Cousin , la Jfeuneêse de M^^ de Longueville,

< 8a gorge, qu'elle avoit fort belle, et qu'elle n'avoit Jamais montrée (T. ). — L'usage était alors de se découvrir la gorge ; d*où vient que dans les Portraiit si fort en vogue à cette époque, il en est toujours fait mention, comme des yeux, de la bouche, etc. Ifme du Vigean , à ce qu'il paraît , faisait exception à la règle générale.

' MUo Pauleti qui 6la les mouchoirs de dessus cette gorge (T)«

A MADBMOnBtLE DE RAMBOUILLET. 59

de compliment. Mais je voudrois bien que les autres fautes que vous trouverez ici fussent aussi excusables que celle-là. Cependant je vous jure qu'il y a bien longtemps que je ne m'étois tant engagé, et qu*il y a beaucoup de personnes à qui je n'en voudrois pas dire autant» quand bien elles me tiendroient Tépée sur la gwge. Mais puisqu'il n'y peut avoir de scandale, vous "devee, ce me semble, madame, recevoir favorablement ce commencement d'affection, pour voir comme je ferois si je devenois amoureux , et ce qui en arriveroit si on me laissoit faire*

(Sûf la ttioH de Bon frère, qui mourut àe peste, et qu'elle assista

pendant si mnladie * )»

[Septembre ou octobre I63i *.]

Mademoiselle, n'ayant pas moins d'admiration de votre courage et de votre bon naturel que de ressen*

* Mss. de Conrart, p. 613. «^ Ce frère de M"' de HambOdillet avait hait ans quand 11 mourut. VL^ de Rambouillet, «a fllle et M"» Paulet Tassistèrent jusqu'à la fin* Fléchier n'a eu garde d*omettre ce trait dans son Oraison funèbre. C'est do cette époque que date la première connaissance de la belle Julie et de M. de Ifontausier. Le dévouement avec leqi:iel W^^ de Rambouillet avait •nftté aoii jeone frère pendant les neuf Jour* que dura sa maladie firent du bruit dans le monde { tout ce qu'il y avait de personnes distinguées à la cour et à la ville allèrent en foule témoigner à M»« et à M>i« de Rambouillet l'admiralion qui était due à leur vertu et la part qu'elles prenaient à la perle qu'elles venaient de faire. Le marquis de Salles y alla des premiers, et à la seule vue de M^ie de Rambouillet, il se sentit, dit son biographe, percé d'un irait imperceptible.

^ « 1^ contagion diminue fort en cette ville par la bonne police qu'on y a apportée • (Gazette de France, du 6 novembre 1G31. De Paris), Elle avait sévi durant toute cette année 1G31 avec une

timent de votre douleur, je suis si fort touché de l'un et de l'autre, que si j'étois capable de vous donner les louanges qui vous sont dues, et la consolation dont vous avez besoin, j'avoue que je serois bien empêché par où commencer : car quelles obligations peuvent être également plus pressantes que de rendre à une si éminente vertu les honneurs qu*elle mérite , et à une si violente affliction le soulagement qu'elle désire? Mais j'ai tort de désunir ces deux choses, puisque votre charité les a si parfaitement unies, que rassis tance incomparable que vous avez rendue à feu M. votre frère, vous doit être maintenant une consolation nonpareille, et que Dieu vous donne en cela par justice ce que les autres lui demandent par grâce ; sa bonté infinie ne pouvant laisser sans reconnoissance une action si extraordinaire de bonté que celle qui vous a fait mépriser votre vie, pour porter les devoirs de la meilleure sœur du monde au delà de vos obligations, et par une constance admirable demeurer ferme au milieu d'un péril qui fait trembler les plus courageux. Cette même raison ne me peut permettre de douter qu'il ne vous en préserve et qu'il ne verse sur vous pour récompense de votre vertu. les bénédictions que vous souhaite, mademoiselle, votre, etc.

[Même date.]

Madame, pour vous consoler de la mauvaise nou-

grande intensité; les hôpitaux ne pouvaient suffire à contenir les malades.

^ Mss. de Conrarif t. X, p. 565. Insérée pour la première fois.

A LA MARQUISE DE SABLÉ (l63l). 61

velle que vous avez déjà apprise, je ne sais point de meilleur moyen que de vous faire peur pour vousmême. Sachez donc que moi qui vous écris j'ai été, trois jours durant, en une maison où deux personnes mouroient de la peste. Jamais vous ne fîtes mieux que de sortir de Paris, puisque c'étoit le temps où les honnêtes gens dévoient être affligés .M""^ de Rambouillet a perdu son petit-fils, qui est mort de là peste en trois jours', et elle n'a pas voulu sortir de sa maison tant qu'il a été en vie. Vous pouvez juger, madame, que rien ne m'a pu empêcher d'être toujours parmi eux, puisque vous n'étiez point ici. Mais j'ai peur que je ne vous épouvante trop, et que le remède dont je veux guérir votre ennui ne soit plus violent que le mal. Sachez donc que moi qui vous écris ne vous écris point, et que j'ai envoyé cette lettre à vingt lieues d'ici pour être copiée par un homme que je n'ai jamais

de même que Un sulvanlcp, dans la seconde édition. Voyez Vintroduciion. — Madeleine de Souvré, femme de Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé, seigneur de Bols-Dauphin, fils du maréchal de Bois-Dauphin, morte en 1678, à Tàge de soixantedix-neuf ans *. Voyez son Historieile dans Talleroanl (t. IV, p. 74). Elle est Stéphanie dans le Grand Dictionnaire des Précieuses ^ et Parthénie dans Cyrus (sixième partie, liv. !<'''}. Voiture la courtisa, et il ne tint pas à lui que l'on ne crût qu'il avait été aussi heureux que M. de Montmorency. W^'^ de Scudéri raconte toute cette intrigue en détail. M°>e de Subie était des amies de Mademoiselle, qui la mit (1658) dans son Histoire de la Princesse de Paphlago^ nie, ainsi que W^^ de Vandy et les autres dames de sa société.

1 Le biographe de M. de Monlausier (Paris, 1729, 2 vol. in-13) dit que la maladie dura neuf jours.

* Diaprés le Nierologe de Port-Royal^ cité par M. Coasin. I. 6

«s LBTTftBft DE VOtTtTnfi.

VU*. Je f)rends beaucoup de part, madame, au déplat-' fAv que vous avez ; je vois bien que ce malheur ne pou^ v<Hl arriver en une plus malheureuse saison. La mo*^ déralion que je connois en votre esprit et la négligence que vous ave^ pour toutes les choses du monde me font espérer que vous auress meilleur marché de cette affliction qu^une autre; et que la perte de cinquante mille livres de rente qui sortent de votre maison % par où une autre plus intéressée que vous seroit prin«> eipalement touchée, ne vous affligera que médiocre^ ment* Mais, madame, je ne me puis résoudre de ré« pondre par une lettre de consolation au plus obligeant poulet du monde : car la dernière partie de votre lettre ne se peut appeler qu^ainsi. Je vous supplie très^humblement, madame, soyez bien aise de m*avoir écrit aussi favorablement que vous avez fait. Car dans tous les ennuis que j*ai, j*ai reçu cette joie aussi sensiblement que si je n*avois point du tout de déplaisir, et je ne me puis estimer malheureux tant que j^aurai rhonneur d*étre aimé de vous. Je suis si heureux et si

* Ceci est ane raillerie de notre aatear. « Elle a Tbonneiir d'être une des plus grandes visionnaires du monde sur le chapitre de la mort, » dit Tallemant en parlant de M*"* de Sablé. Lui et Mademoiselle {Histoire de la Princesse de Paphiagonie) Tont des récits incroyables de ses peurs et de ses imaginations continuelles {Historiettes, 1. 1 V, p. 8 f ). Cela faillit la brouiller une fois avec W^ de Ramboulllel. Voyes M. Cousin, M»» de Sablé, p. 16 etsniv.

^ Par la mort de M. Tévèque de Gominges, son frère (T» ). Cependant M*^ de Sablé n'était pas autrement riche ; avec cela qu'elle n'était guère d'humeur à bien gouverner sa maison. L'amour, la friponnerie (bonne chère), la dévotion plus tard, lui prenant tout son temps.

A LA MARQUISB DE SABLÉ (I63l). 63

hardi que je n'en doute point du tout : et mon bonheur est fort grand en cela, que le bien du monde que j'es^ time le plus, est celui que je crois posséder le plus assurément. Vous doutez si peu de moi, madame, que je sais bien que vous recevrez de meilleur cœur les assurances que je vous témoigne avoir de votre affection que celles que je pourrois donner de la mienne '; et vous qui souhaitez mon bien en toutes choses, ne sauriez rien désirer davantage pour moi, sinon que je croie que vous m*aimez. Ceux qui ont vu quel chan^ gement votre absence a fait en moi et quelle part de mon esprit vous avez emportée avec vous, vous pourront témoigner quelque jour, que je me rends en quelque sorte digne de cet honneur. Mais, madame, je ne puis m'empécher de vous dire que M. Le Maître', qui vit avec quelle tendresse je vous dis adieu, se sera bien confirmé en Topinionqu il avoit% et qu'il croit bien voir un jour nos chiflres gravés ensemble sur les arbres de Bourbon. Au moins suis-je bien aise de ce qu'il a vu, que notre affection est bien reconnue et qu'elle est réciproque. Pour moi, madame, je vous dis encore ce dont je vous assurai, en partant, que je n'estimerai ni n'aimerai jamais rien tant au monde que vous, et que je serai toujours avec toute sorte de respect, ma-dame, votre, etc.

* Voyez les Doutes sur la langue française, p. 259.

' Fermier de Bourgon, terre de M»» de Sablé (T.).

^ Ces bonnes gens, qui ne croient pas qu'on puisse aimer que d'amour, voyant que Voiture se trouvoit mal, soit pour s'être levé trop matin, ou pour n'avoir pas mangé, prirent sa foiblesse pour une pâmoison amoureuse, cela lui étant arrivé devant U^ de Sablé (T.).

Post-scriptum inédit, — [Madame , M. de Chaudebonne m'écrit que Monsieur trouvera tx)nque je prenne un passe-port : cela et quelques affaires me retiendront ici encore quelque temps. Je vous remercie très-humblement des lettres que vous m'avez envoyées, et je ferai exactement tout ce que vous me commandez '].

Au bas de la lettre précédente était ce billet à JW« de Chalais:

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