‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 68 sur 131 · A Ï*A MÊME · texte numérisé non relu

A Ï*A MÊME

[A BraxeUoi, .... iêU.]

Mademoiselle, à cette heure que vos lettres sont plus admirables qu'elles ne furent jamais, j*avoUé que j'aurois beaucoup de peine à m'en passer. Ayant perdu respérance^ depuis que j'ai vu vos dernières, d'en écrire jamais de bonnes , je serois au moins bien aise d'en rodevoir; et il est juste que vous me rendiez par 1& rhonneur que vous me faites perdre d'ailleurs. La haute opinion que j'ai il y a longtemps de votr<é esprit m'^voit préparé à en voir, sans être surpriê,

* 11. de Chaudebonne tvoit un UquAls qui, par Je d« «ait quelle vliiôn, alla dire que son maître devoit danser les matassins. On em t\i foH I cause de )a sét^rltè du personna^re. Aprè.^, BI*«de Rambsulllel dll eit rianl qu'il falMl dene èneoi^e eil inelire M. Maighiift, bomnié d'âge, tort aérieux, ami de Cbaudebonne et de Voiluffe. Il étotl gouverneur du duc de Fron:»ac (T.). -» Les mataseins «ont une dan»e imilêede la «lanse armi^e des aneien)>, et qui était encore en usagé Su dernier siècle datis cerlaines villes où il y avait des tféii^ On guniison. Vojex le Dictionnaire historique de$ iniliiu^ tiêm, wueuré et mmisinm éê te thtnee, par Ghertuol.

' Manque dans la f reoiière édition.

tontes sortes de merveilles; et il me sembloit qn*Q ne pouvoit plus rien faire qui me pût étonner, si ce n*est qu'il vint à produire des choses ordinaires ou médiocres. Mais certes je confesse qu'il est arrivé à un point de perfection que je n'avois pas conçue, et que je n'ai rien pu imaginer de tout ce que vous nous faites voir. Je vous assure, mademoiselle, que je vous parle sans flatterie; et mon dépit n*est pas encore si bien passé que je sois en humeur de vous flatter. Vous vous êtes haussée autant au-dessus de vous-même , que vous aviez accoutumé d'être au-dessus de toutes les autres; et la moindre lettre que vous écrivez à cette heure vaut mieux que Zélide et Alcidalis, oui, même quand on mettroit avec eux leurs deux royaumes. Dans le fort de ma colère, je n'ai point fait de plaintes contre vous qui ne fussent accompagnées de louanges; et une des causes qui m'obligent à cette heure à me réconcilier, c'est la crainte que, si je vous témoigne de la haine, on ne croie qu'elle ne vienne d'envie, plutôt que d'un juste ressentiment. Cependant vous savez en votre cœur si j'en ai du sujet, et sans en parler davantage , c'est là que je demande que vous m'en fassiez raison. Aussi bien, après avoir été muet si longtemps , je ne veux pas rompre mon silence par des cris. Je vous supplierai seulement de penser quel je dois avoir été, ayant perdu en même temps l'espérance de retourner en France et la consolation de votre souvenir et de vos lettres. Un seul de ces malheurs pouvoit m'accabler. Mais cela est étrange, je m'en suis sauvé, parce qu'ils sont venus ensemble, et chacun d'eux m'a aidé à supporter l'autre. Quand après

ce témoignage de votre mauvaise volonté, je me suis imaginé de combien de maux la fortune me tiroit, en m'empêchant de tomber en vos mains, il m*a semblé qu*au prix de cela, un exil perpétuel étoit bien supportable, et qu'au moins je ne mourroispas ici d'une mort si cruelle. Cependant, mademoiselle, cette con« solation n'est pas si bonne, que je n'en aie besoin encore de quelque autre. Car je vous jure que M. de [ Chaudebonne ] môme n'est pas si triste que je le suis; et ces sombres et noires mélancolies, où vous m^avez vu quelquefois, n'étoient que l'ombre de celles où je suis maintenant. Dissipez-les, je vous supplie; et trouvez, si vous pouvez, des paroles pour conjurer ces nuages. Mais qui doute que vous ne le puissiez, et qui ne sait que pour votre esprit il n'y a point d'impossible? C^est à lui à qui je me recommande : puisque les choses les moins imaginables et les plus extraordinaires lui sont aisées , qu'il fasse que je sois capable d'avoir quelque sorte de joie ici , et que je vive jusqu'à ce que je vous puisse dire combien je suis, au delà de ce que vous croyez, mademoiselle, votre, etc.

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