‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 8 sur 131 · XII DE LA VIE ET DES OUVRAGES · texte numérisé non relu

XII DE LA VIE ET DES OUVRAGES

fronts s'assombrir^ lorsque, au sortir de Vouroi, le bruit de rapproche des troupes royales commença à faire penser chacun à sa conscience, Voiture s'inquiéta à son tour, et comme on vint à lui proposer d'accompagner M. de Fargis en Espagne en qualité de fondé de pouvoirs de Monsieur, il saisit avec empressement cette occasion de se démêler de la bagarre (juillet 1632).

Il arriva à Madrid, dans le moment que Gaston faisait sa jonction avec Montmorency. L'Espagne n'étftit point pour lui une terre nouvelle. Il y avait déjà fait un voyage, selon ce que nous apprend Pinchêne, sans dire quand ni à quelle occasion. Il avait la mine et le teint d'un véritable Espagnol, parlait le castillan comme un docteur de Salamanque, et composait même des vers que n'eussent point désavoué, diton, Galderon ni Lope de Yega. Lorsque le départ de son collègue l'eut laissé seul chargé du poids des négociations, il n'en parut point accablé ^ Il s'était fait bien venir, dès le début, du comte d'Olivarès : ce qui lui facilita le succès de sa mission. Vers le milieu de l'automne, il s'apprêtait à retourner en France, lorsque le bruit de la nouvelle sortie de Monsieur (11 novembre) le força de rebrousser chemin et vint tout remettre en question. Alors le découragement s'empare de lui. Ni les entretiens de son collègue, le comte de Maure % ni les lettres de W^ Paulet, ni les belles dames de Madrid avec lesquelles il conjugue le verbe fat me ', ne peuvent le distraire de sa mélancolie. 11 n'aspire qu'au retour. Il écrit lettres sur lettres à Bruxelles pour presser l'envoi de son remplaçant, M. de Lingendes. M. de Lingendes arrive (14 mai 1633) ; mais alors il est retenu par le manque

' Il est dimcile de préciser l'objet do la mission que Voiture eut à remplir à Madrid. Cependant , on conserve dans les archives de Simancas une copie des instructions données à son successeur, M. de Lingendes ; sans doute elles devaient être conformes.

3 Celui qui fut plus tard le mari de la belle Doni d'AUichy, Tintime amie de M°>b de Sablé. Il était à Madrid pour le compte de la reine-mère, de même que Voiture pour celui de Gaston.

' Vojez la lettre espagnole à une dame, en lui envoyant le verbe /'aitn«, t. I, p. 154.

DE VOITURE. XtU

d^argent. Vingt fois il se croit à la veille de son départ^ et toujours quelque nouvel obstacle l'arrête. Enfin ^ toutes les dijfficultés sont levées; il a fait ses adieux à dona Antonia^ à dona Inès, à Isabelica^ à la Guzmana, ed a tutte quante-, il a pris congé du comte d'Olivarès, qui lui a répété, à deux reprises, en lui disant adieu : « Ne manquez pas, au moins, de m'écrire; si ce n'est d'affaires, ce sera de belles choses. » Le voilà en route pour Seville, où on lui a assuré qu'il se trouvait un navire en partance pour TAngleterre ; car de traverser la France, à cette heure que tous les amis ou les partisans d e Monsieur ont été condanmés à mort, et que les tableaux de leurs armes, rompus par la main du bourreau, sont appendus à la frontière, il n'y a pas à y songer, et risque pour risque, mieux vaut celui d'être noyé que d'être pendu. Il s'arrête quelques jours à Grenade , passe de là à Geuta, selon la promesse qu'il a faite à M"* Paulet, d'aller voir «le lieu de sa naissance et ses parents qui régnent dans les déserts de ce pays-là, yt gagne Sévillepar Gadix et San-Lucar, et, voyant que le vaisseau dont on lui a parlé n'est pas encore prêt à partir, il se rend à Lisbonne, où il trouve un autre bâtiment anglais, qui est à la veille de compléter son chargement. G'est un joli petit navire de vingt-cinq pièces de canon, solidement armé contre les pirates, qui ne porte que lui de passager et huit cents caisses de sucre. Voilà qui est au mieux : il ne peut manquer d'arriver « confit » ; ou , s'il fait naufrage , ce lui sera au moins une consolation de mourir « en eau douce ». • Il débarqua à Londres au commencement de novembre et se rendit ensuite par Douvres à Bruxelles, où il arriva dans les premiers jours de l'année suivante.

Il y demeura la plus grande partie de cette année, et ne revint à Paris que vers la fin de 1634 ou le commencement de 1635, après que Gaston eut fait son accommodement avec la cour. Il avait été absent près de trois années.

Son retour fut un véritable triomphe; Thôtel de Rambouillet était en fête; Godeau, qui s'était glissé chez la marquise en son absence, et qui aurait voulu prendre sa place — comme s'il eût pu y avoir deux Voiture ! — avait

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