‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 34 sur 134 · LETTRE W · texte numérisé non relu

LETTRE W

AParii, le 3 avril [I639}«

Quid igiturfaeiam? eamne, infecta pace^ ultro ad eam veniensf Me conseillerez-vous cela? anpotiusita me comparem^? Je ne veux pas dire le reste pour Tamour de vous. Sans mentir, monsieur, j*aurois bien besoin de votre secours à cette heure, et que vous fussiez ici pour me dire de temps en temps, hei nosterl Mais VOUS- n'êtes pas assez courageux pour me donner un conseil hardi, et il faut que je le prenne de moimême. Pour vous en parler franchement, cette dame est trop colère :

Non ett tana puella, nec ro Qualit 9it iolet hœe imago natwn.

Peu^être ne sera-t-elle pas si cruelle à Paris qu'à Elle est là plus considérable qu'ici, selon que je vous ai ouï dire :

Hanc provincia narrai eue bellam.

Au reste, jamais vous ne fîtes mieux que de m'écrire au temps que vous l'avez fait : car si vous eussiez tardé seulement encore deux jours, j'allois être aussi en colère contre vous que j'ai été contre elle, et je me préparois à vous écrire des lettres de ce style que vous savez. Encore, pour vous dire le vrai, ne suis-je pas trop satisfait de celles que vous m'avez écrites ce

* Entretiens, p. 99.

' Coslar, dans sa letlre à Voiture, lui parlait d'une dame qui était fort irritée contre lui.

CORRESPONDANCE AVKC COSTAR (1639). 93

voyage-ci ; il ne s'en peut pas voir de plus courtes ni de plus froides. Hors que vous m'avez assuré que vous vous portiez bien, qu'y avez- vous mis qui me pût être agréable?

Qua tolahu et alloeutione?

Ce qui me plaît, c'est que je juge que vous passez fort bien votre temps, puisqu'il vous en reste si peu pour moi. Mais n'ètes-vous pas le plus heureux homme du monde, que, lorsque vous l'espériez le moins, la fortune vous ait été donner trois semaines ou un mois....

Âdeone hominem venuttum esse, aul felicem, Quam te ut siet ?

Que vous semble de ce venustum? Je crois qu'il veut dire par là, qui hahet Venerem propitiam, car l'autre explication n'y vient pas. Adieu, monsieur; je vous assure que je suis de tout mon cœur, et autant que vous le sauriez désirer, votre, etc.

LETTRE VJl*.

[De Grenoble, jaiu ou juillet 1639.]

Monsieur, voyez si je ne procède pas de bonne foi avec vous, puisqu'un si beau prétexte que celui d'un si grand voyage % qui se fait avec tant de diligence (car en six jours nous avons été de Paris à Grenoble en carrosse), ne m'empêche pas de vous faire réponse. Je reçus votre dernière lettre un quart d'heure devant

* Entretiens, p. 111.

^ 11 allait en Piémont voir le cardinal de la Valetle.

94 LETTAfiS DE VOITlillE.

que de partir. Je prends part à vos prospérités comme si c*étoient les miennes, et tandis que je suis malheureux dans toutes les choses que je désire, je me tiens heureux de votre bonheur. En effet, je ne puis pas dire que la fortune me soit tout à fait ennemie, puisqu'elle vous est favorable, et je lui pardonne tout le mal qu'elle me fait en reconnoissance du bien que vous en reoe* vez. Vous serez étonné de ce que vous allez entendre, et, sans mentir, j'ai honte de vous le dire. W^ de...' m'est plus cruelle que jamais, plus fière qu'elle ne rétoit dans ses lettres, et ce qui est pitoyable et honteux tout ensemble, cette résistance me pique, et je suis plus amoureux d'elle que vous ne me l'avez jamais vu.

indignwn faeinut ! fmnc ego et lUam ieeUêiam ette, et me miierum ientio:

Et tœdetf et amore ardeo, et prudem, $eient, Vivut videnêque pereo, née quid agam, tdo.

C'est une des raisons qui m'a fait entreprendre ce voyage, utdefatiger; mais j'ai peur qu'il m'arrivera comme à celui-là. Vous qui êtes plus sage, et qui la connoissez mieux, donnez-moi quelque conseil là-dessus, et dites-moi si vous jugez qu'elle demeurera opiniâtre dans la résolution qu'elle semble avoir prise. Mais parlez-m'en franchement, et, en une rencontre comme celle-là, ne vous servez point de votre complaisance ordinaire; ce me sera peut-être un remède de croire qu'il n'y en a point. Vous êtes plus obligé que personne de me tirer de ce mal : car, outre que vous me devez plus aimer que personne ne m'aime, c'est vous qui, en quelque sorte, m'avez causé tous

' Voyez la letlre précédeole.

les déplaisirs que j'ai à cette heare, et qui me la fîtes voir la première fois : ^

Te eum Um Mmuêraêùme moffnut perdai Jupiier !

Ce n'est pas tout de bon que je le dis; mais c'est qu'il m'a semblé qu'il étoit assez à propos. Je ne vois pas plus clair que vous dans le mot sur lequel vous me consultez \ quoique j'y aie songé en chonin. A la vé» rite, ce n'a pas été beaucoup, car je ne saurois penser bien fort qu'en elle. Adieu. Otez-lui vitement mon cœur, afin que vous l'ayez tout entier, ou faites au moins qu'elle le possède avec justice. Je suis, etc.

LETTRE Ylll*.

AParit, Ie4<l'Mât[t640?]

Domine, sans mentir, avec tout votre latin, vous Mes un grand niais ', et vous faites bien voir que les plus grands clercs ne sont pas les plus fins. Je fus admirablement bien avec M">« de... dès le premier demiquart d'heure que je la vis. A peine nous eûmes-nous fait chacun deux ou trois reproches, que nous nous embrassâmes de meilleur cœur que jamais. L'amour étemua plus de deux cents fois ce jour-là, tantôt à droite et tantôt à gauche, et en a été enrhumé plus de trois semaines. Elle m'en donna mille, deinde centum, deinde mille altéra , deinde altéra centnm. Voyez

* EiiireitejM, p. 110.

3 /^ûl., p. 118.

» CoBtar avait écrit à Voiture une lellre dont la plus grande partie était en latin.

donc OÙ vous en êtes, d*avoir allégué si mal à propos répigramme de Catulle : car, pour vous dire le vrai, je trouve qu'elle a le nez fort bien fait, et je suis de l'avis de sa province. Sic tneos amores? Il ne se faut pas laisser attraper comme cela, à ce que les amants disent dans leur colère ; et quoique Phédria dise en entrant sur le théâtre meretricum contumelias, à une scène de là, il donneroit sur les oreilles à quiconque lui diroit que Thaïs ne fût pîis une fort honnête femme. Ne vous souvient-il plus de notre Térence : amantium irœ, etc,\ et ailleurs, en mettant les choses en leur ordre : injurice^ suspeciiones ^ inimicitiœy induciœ, hélium^ et puis à la fin, pax rursum? Selon que nous vous connaissons niais, à la croyance que je sais que vous avez de cet esprit fier et résolu, nous jugeâmes que vous y seriez attrapé, et que vous écririez une lettre qui nous donneroit du plaisir. Mais afin que vous lui en sachiez gré, et que vous ayez regret de lui avoir voulu arracher le cœur ' , je vous assure que j'eus de la peine à la faire résoudre à vous faire cette trahison. C'est cela qui a été cause que vous n'avez pas eu plus souvent de ses lettres, et elle s'en est empêchée, pour ne vous pas mentir, plus d'une fois. Mais il faut avouer que si vous manquez de jugement, en récompense vous avez bien de l'esprit. Votre lettre m'a plu admirablement; il y a des applications les plus heureuses du monde, et pour mieux dire, les plus ingénieuses : particulièrement ce Di boni et cefundi calamitas. Mais quod me capere oportueratf hœc inier-

' Voyez Entreliens, p. 116.

CORRESHnilAXCE AVEC GOSTAR (16401. 97

cipii^ de quel <»Mlroii reatendei-TOQs? Foar voire explicalion de hem aiientm^ je ne TapprouTe pas : car GnatoD éUnI TtaisemMablanenl plus vieux que Thra* son, ou du mcHus du même âge, quelle apparence qu*il Toulûtdire, qu'il semUàlqueThrason eût raiiTaulre? Hamd iiajmssi^ c est un équivoque sur rerle. Jèttila* trium •» am/aiM, rÀs» di^um.

Je verrai M. de iingendes, puisque vous mêle oom« mandei ' ; car cela me je raid ii&ï plus considérable que d*ètre évcqne. Le mol de M. Pauquet* me semble admirable; je vous ai toujours Uen dit qu*il avoit plus d*esprit que vous. Sans mentir, je crois que c'est lui qui vous fait vos lettres; je voudrois bien qull voulût Taire mes réponses. Mais, dites-moi, d'où est cet hémistiche? Je ne l'ai jamais lu, et il ne me semble pas qu*il puisse jamais avoir été dit que pour le blé des bastions de La Rochelle'. Je suis, etc.

* GosUr reoomniaiidail à Voitnra qu'il allai loir M. de Un* fsendes, qni Tenait d*ètre nommé évêque de Sarlat. — C'élail le frère da n^orialear, Tanden eollè^e de Voiture à Madrid.

^ L'abbé Panquet, chanoine et archidiaere da Mans, secrétaire, créature et/KtocaaideGostar. Il mourut en 1673. Voyeisa Fie à la suite de celle de Gostar, t. VI, p. ^39 de la première édi- Uon des Hiuorieues de Tailemant.

^ L*abbé de Latardin et Costar aTaîent bit une excursion à La Rochelle ; comme ils s*exlasiaient à la Tue des blés magnifiques qui avaient poussé sur Templaeement des bastfons de la fille , fabbé Pauquel s'écria d*on air d'enthousiasme :

Mmmt iréiî uUm

(Tétait une allusion à une médaille qui avait été Arappée par ordre du due de Lominp, eto^ était graTée une épée coupant trois fleurs de lis, avce ees mot^ : Hcmc datil mith metsew.

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