A MADAMP
Vous savez vous défendre de si bonne grâce que je ne feindrai plus de vous accuser, et si d'aventure jusquesici je l'ai fait injustement, vous ne devez pas vous en plaindre, ni moi m'en repentir, puisque cela a fait naître un si bel effet, et qu'il vous en est revenu tant de gloire et à moi tant de contentement. Je fus ravi hier quand je vis une page et demie écrite de votre main. Je ne me souviens pas d'avoir jamais été
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si content, ni d*avoir vu tant de belles choses ensemble; et, pour vous dire le vrai, la plus grande marque que je voie en vous de n*ètre pas ooupabU» c'est de ce que vous traitez si doucement vos acou* sateurs , et que vous faites tant de bien à oeux qui ont dit tant de mal de vous. La moitié de ce que vous m'avez écrit pourroit justifier la plus criminelle pet* sonne du monde, et Finnocence môme ne me sembleroit pas si belle ni si aimable que la défense que vous donnez à vos fautes. Après cela» vous poui^ rez faire prendre à ma créance tel parti qu*il vous plaira : oar tant que vous parlerez ainsi, ce ne sert plus la vérité qui sera la plus forte chose du mondei et votre éloquence lui ôtera cette qualité. Je remeti donc toutes mes opinions entre vos mains. Celles que je tenois les plus vraies me sembleront le$ plus injustes» si vous ne les approuvez pas. ie croirai» li vous voulez, que votre religion est meilleure que la mi^ne; que le roi n'a point de plus fidèles sujets que ceux de La Rochelle; qu'il seroit plus expédient pour le bien de TÉtat d'abattre la citadelle de Metz que le bastion de TÉvangile, et que mon affection n'est guàre (rfus grande que la vôtre ; mais je croirai toujours» et cela quand vous ne le voudriez pai» que vous n'avez pas au monde votre pareÂlle» et qu*on né vous sauroit assez aimer. Adieu.
». — A MADAlli ***.
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LETTRES AMOqRE(J»BS. 17Ô
d'y répondre plus tôt, c*est que j'ai employé à la lire tout le loisir que j*ai eu depuis : encore ne m'en puis* je lasser, tant j'y trouve de gentillesses de tous côtés. Sans mentir» je ne voudrois pas n'avoir point été absent de vous à Theure que vous Tavez écrite : car cela m'eût empêché de recevoir ce contentement, et je doute si votre présence m'en eût pu donner un plus grand. Ce carême-prenant, que vous dites que vous espérez après Pâques, m'a beaucoup plus réjoui que celui qui est passé; et sur la fin, vous me reprochez si doucement ma négligence et vous ajoutez si à propos : J'aime mieux dire comme vous\ mandez-moi c$ qu'il coûtera, que je ne crois pas que vous ayez jamais rien dit de si bonne grâce. M. *** (pardonnez-moi si je vo^s le dis), mais il falloit que vous fus» siez en bonne humeur, et, en vérité, vous me faites bien glorieux de me dire que nous nous rencontrons en nos pensées, puisque vous rencontrez si bien au^ vôtres. Mais puisque cela est, vous n'en eûtes que de bien gaies ces jours passés, et vous ne vous êtes en-^ tretenue que de belles imaginations : car, pour moi, il y a longtemps que je n'ai vu les miennes en un état si plein de repos et de tranquillité, et j'ose encore dire, de contentement. Peut-être qu'en la fortune où je suis, il me sied mal de parler ainsi, et que je ne devrois être capable de rien de tout cela, puisque je ne vous vois point. Mais excusez-moi, s'il vous plait, je n'ai pu m'empêcher d'ôtre content, après avoir reçu votre dernière lettre; et de plus, j'ai vu depuis quatre jours ua homme qui m'a dit tajit de bien de vous, que de kuEigtempâ je ne saurois être triste. Ce fut M. ***j afin
que VOUS sachiez à qui nous avons cette obligation. Il me parla trois heures de votre esprit, de votre douceur, et de tout ce qui est d*aîmable en vous, et me dit ensuite que vous étiez la plus mélancolique du monde. J'avoue que cette dernière qualité me plut pour le moins autant que pas une des autres, et que cela me chatouilla le cœur plus doucement que toutes les louanges qu*il vous avoit données. Il me décrivoit si bien vos rêveries et l'indifférence que vous avez pour toutes choses, que, sans mentir, le cœur me fendit de pitié, et néanmoins, pour rien au monde, je n'eusse voulu que vous eussiez été moins triste. Voilà de merveilleuses contradictions, et, si vous n'étiez frappée de la même maladie que celui qui vous les écrit, à peine les pourriez-vous croire. La tristesse et la joie me possédoient également, et celui qui parloit à moi en eût vu, sans doute, quelque chose; mais elles étoient toutes deux si mêlées en mon visage, que ni l'un ni l'autre n'étoientreconnoissables. Aussi, sans s'apercevoir du trouble qu'il causoit en moi, il me reprochoit que je ne vous aimois pas assez, et que je n'estimois pas selon son prix une affection si parfaite que la vôtre. Il me déplut de le voir si peu judicieux, et dès lors j'eus peur qu'il ne se fût trompé en jugeant de votre passion, puisqu'il savoit si mal reconnoître la mienne: car ayant dit tant de bien de vous, il y alloit de mon intérêt d'avoir bonne opinion de son jugement, et j'eusse bien voulu en avoir de meilleures marques. Mais cela n'est-il pas étrange? Je savois mieux que lui tout ce qu'il disoit de votre esprit et de vos humeurs, et je ne crois pas qu'il y ait personne au monde qui vous
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sache mieux connoiire ni plus estimer que moi; et pourtant, toutes les fois qu'il vous louoit, comme s'il m'eût appris quelque nouveauté ou s*il m*eût dit quelque chose que je n'eusse point sue, j'étois ravi de joie, et cet entretien m^a donné tant de contentement, que je doute si le vôtre même m'a jamais été plus agréable. Parmi tous ces plaisirs, je n'ai eu qu'un dépit, que vous m'ayez averti d'une chose, que je pensois faire sans que vous y songeassiez, et que j'aie été prévenu de vous au dessein que j'avois. Et en vérité, vous avez trop d'impatience et vous me deviez donner encore un peu de temps : car je veux mourir, si je n'y songeois, et je ne puis vous dire le regret que j'ai que vous m'en ayez parlé la première. Mais ne vous fâchez point de n'avoir pas eu plus tôt mon portrait : car aussi bien, les premiers mois de cette absence m*avoient tellement changé que vous ne m'auriez pas reconnu, et je diiîérois à vous l'envoyer, jusqu'à ce que l'espérance de vous revoir m'eût rendu le visage que vous m'avez vu autrefois auprès de vous. Mais il sera tantôt temps d'y commencer. Au moins, je vois que les beaux jours se hâtent de retourner, et cela me fait croire que les miens reviendront aussi : car j'espère que le printemps, en rendant à tout le monde ce que le froid avoit caché de beau, me redonnera le moyen de vous voir, et que je sentirai en votre sein les premières violettes qu'il fera naître. Les autres fois il n'avoit accoutumé de revenir pour moi qu'en automne, et mon hiver duroit tQUJours jusqu'en août; mais cette année, comme il a été plus doux pour tous* les autres, je pense qu'il sera moins long pour m'oi.^
Nous verrons reverdir ensemble les palissades dé U Tuilerie» où nous nous sommes promenés six mois auparavant» et le premier rossignol que vous entendrez chanter vous avertira de ma venue. Que cette pensée m'en donne de belles, et que j*ai de regret de vous quitter sitôt là-dessus! Mais il faut que je feroie ce discours et ma lettre , et que je réserve quelque chose à vous conter en ce temps-là. Et pourtant, quand je n'aurois rien à vous dire, je ne laisserois pas d'avoir de quoi vous entretenir longtemps. Songez, M. ^, comment cela se peut entendre, et recevez quand d quand mille baisers que je vous donne en vous disant adieu.