‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 92 sur 134 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Lorsque je ne pensois point du tout à vous et que j'étois en repos, quel besoin étoit-il de m'écrire que vous désiriez que j'y fusse? Je jouissois de la plus grande tranquillité du monde, et je Tai perdue dès que j'ai su que vous me la souhaitiez. C'est une chose étrange que la fatalité que vous avez à troubler le repos de ma vie. Je ne me saurois accommoder de votre indifiérence ni de votre haine, et je ne saurois dire lequel est plus à craindre pour moi, que vous me vouliez du mal ou que vous me vouliez du bien. Quand vous m'aimez, je ne puis avoir de repos; quand je sais que vous ne m'aimez pas, je ne saurois avoir de joie : et, de quelque sorte que je vous considère, vous jetez

^ L'emploi de la, pronom, pour le, était très-fréquent à cette époque.

^ Mss. de Conrari, p. 51 1 .

toujours du désordre dans mon esprit. Le seul moyen que j*aie pour me garantir de vous est de ne point penser en vous, et d'effacer entièrement de ma mémoire tout ce qui m'y reste d'une personne si aimable et si dangereuse. J'étois à peu près en cet état quand j'ai reçu votre lettre, et vous êtes venue troubler tout cela en me souhaitant la paix et la liberté. Puisque le mal est fait, il le faut souffrir, et attendre avec patience ce qui en réussira. Mais s'il peut arriver encore une autre fois en ma vie que je ne me souvienne plus de vous, au nom de Dieu, madame, dispensez-vous du compliment de vous en réjouir avec moi, et si vous êtes bien aise de mon bonheur, que ce soit secrètement et sans que j'en puisse rien connoitre.

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