À MADAME
Madame, je n'cspérois pas qu'il me resteroit encore un bon jour en toute ma vie, et peut-être en fût-îl ainsi arrivé, si Ton ne me l'eût donné ce matin de votre part. S'il vous restoit encore quelque chose à acquérir sur moi, vous avez achevé de tout gagner par cette dernière faveur, et je vous avertis que si désormais vous m'en faites quelques autres, je n'aurai plus rien de quoi les reconnoitre. Je vous le dis de tout mon cœur, et s'il n'y a pas ici de danger de parler haut, puisque je ne suis écouté de personne, jamais rien ne me toucha si sensiblement, et je ne saurois vous rendre assez de grâces pour celle que vous me venez de faire. Je la puis bien appeler ainsi, puisqu'elle me fait encore respirer, nonobstant l'arrêt que vous me prononçâtes l'autre jour, et que parmi de si mortels déplaisirs elle m'a redonné la vie. Il est vrai que celle que je traîne est si malheureuse, que je ne vois pas que ce soit un présent que je dusse beaucoup estimer, s'il ne me venoit de vous : et ayant encore à passer quinze jours sans vous voir, je ne sais si ce n'est pas une crUautè que de me faire vivre. Je le veux
* Mss. de Conrarty p. 523.
bien pourtant, puisque vous me le commandez, et que vous m'aimez encore...