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LÀ CHAPELLE DE N.-D. DE BE4UVILLE

montra son premier rayon à l'étable de Bethléem, et se manifesta de plus en pins, en s'unissant à Tadoration contemplative , dans les oratoires des anachorètes du désert dont on a sous les yeux une fidèle image (1).

Nous étions encore sous Timpressiob de ce délicieux panorama et de nos réflexions sur le con-

(l) On connaît peu Thistorique de cette chapelle. Cependant, diaprés quelques documents authentiques, il parait avéré qu^elle fut primitivement l'église du village de Beauville, village qui a entièrement disparu et dont il serait bien difficile d'assigner maintenant la place. Voici ce que les annales nous apprennent à ce sujet :

€ {Bambila) Beauville était administré au XIII* siècle par deux consuls. Il y avait aussi un sous-bailli qui y rendait la justice.

c Le 6 novembre t29U après la mort d'Alphoîise II, comte de Poitiers et de Toulouse, et de Jeanne, sa femme, le comté de Toulouse ayant été réuni à la couronne de PYance, les consuls de Beauville (baillage de Verdun) prêtaient, dans Castelsarrasin, serment de fidélité au roi de France, entre les mains de Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne. Ils reconnaissaient, en outre, que le village devait au comte de Toulouse le service militaire, et annuellement, k la Toussaint, cinq sous toulousains, pour droit d'alberg ou de gîte, et qu'il appartenait à Bertrand d'Astafort, vicomte de Terride, à Jourdain IV de Lille, aux Templiers et à Pierre de Garac, qui le tenaient en fiefs des comtes de Toulouse. (Procès-verbal de la prestation du serment des consuls du bailliage de Verdun, Annales de Toulouse, par Lafaille.) »

La tradition locale, souvent gardienne fidèle du souvenir des principaux événements qui l'intéressent, se trouve ici en défaut Les anciens de la contrée ignorent entièrement qu'il ait existé autrefois un village aux environs de cette chapelle. Ils disent seulement qu'elle est le reste d'un petit ermitage, qui fut habité jadis par des hommes voués à la prière, et dont le dernier mourut victime de la cupidité d'un malfaiteur. On montre môme le marteau qui servit à la perpétntion du crime.

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traste qu'offrait en ce moment l'œuvre de Dieu et celle des hommes, quand les chantres d'Âucamville firent entendre les premières notes de la messe royale de Dumont. Placé à Textérieur de la chapelle, à Tombre d'un vieux chêne, lui servant pour ainsi dire de portique, il nous était permis de suivre à la fois, €Lt les chants qui s'élevaient du saint-lieu, et le concert que la nature semblait, par ses mille voix, adresser aussi à son créateur. La messe du sous-maître de la chapelle de Louis XIV était chantée, comme on la chante habituellement dans les lutrins de village, c'est-à-dire avec des sons poussés et gutturaux, tenant beaucoup plus du cri que de la voix modulée. Sans porter nullement atteinte au mérite vocal de ces chanteurs ruraux, dont nous nous plaisons à louer la bonne volonté, nous dirons que nous en étions à regretter que leurs chants vinssent nous priver du charmant ramage du rossignol, quand notre attention fut attirée par une mélodie locale, qu'une voix agreste entonna avec une certaine assurance. De ce moment, le pittoresque de la cérémonie nous apparut dans toute sa naïveté.

Ce chanteur nous fit entendre un cantique traditionnel à la sainte patronne du lieu, que les marins venaient célébrer pieusement autrefois. A pareil jour, ils mettaient toute leur joie à parer son autel* de fleurs champêtres, et souvent ils offraient, appendus à des rameaux verts, les plus beaux poissons que leur pêche journalière avait amenés dans leurs filets. Alliant leurs allures brusques et dégagées aux pra-

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tiques de lareligioD, les mariDs ont eu en tout temps une profonde dévotion à la mère de Dieu, à celle que l'Eglise appelle TEtoile de la mer, Maris Stella. On conçoit du reste cette dévotion, quand on songe qu'elle est inhérente à leur vie si aventureuse. Exposé sans cesse a lutter contre les éléments déchaînés, le navigateur le plus intrépide porte vivace au fond de son âme le sentiment de l'impuissance humaine, et, au moment suprême du danger, la foi lui montre une auguste protection vers laquelle il aime à tourner ses regards. Aussi, dans cette cérémonie, toute de souvenir et de tradition, eussionsnous préféré la voix rude et fortement accentuée d'un nautonnier à celle d'un laboureur ; mais dans ces contrées, aujourd'hui tout agricoles, la charrue règne en souveraine, et la Garonne, naguère si vivifiée par le mouvement de ses nombreux mariniers, est silencieuse et triste comme une mère à qui l'on a ravi ses enfants.

Le chant de ce cantique ou complainte fut donc entonné par un cultivateur du lieu, sinon avec méthode et onction, du moins avec une certaine satisfaction personnelle, car les prétentions dans les choses d'art se sont glissées jusques sous le toit delà plus pauvre chaumière. Malgré les variantes et les altérations qu'on a fait subir à cet air, il nous fut cependant possible d'en saisir le rhythme et la coupe. Sa division ternaire, appelée division parfaite par les auteurs du moyen-âge ; la disposition irrégulière des divers fragments de ses périodes, faisant

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