‹ uvresChapitre 10 sur 45 · ODE COURONNÉE A CAEN EN 1766 , ET LA MEME ANNEE A ROUEN · texte numérisé non relu

ODE COURONNÉE A CAEN EN 1766 , ET LA MEME ANNEE A ROUEN

Du haut de son trône immobile , Au dessus des temps et des airs , Dieu voit sous lui , d'un œil tranquille , Rouler tous les globes divers.

« Cette ode , extraite des Recueils palinodiques de Rouen , fut réunie à l'édition de i8o5, par les soins de M. Auger. Elle a depuis fait partie de toutes les éditions de Malûlàtre.

— Les Anglais , qui voyaient d'un œil d'envie les possessions françaises dans le Nouveau-Monde , avaient attaqué en 1755 la colonie du Canada sans aucune déclaration de guerre. Louis XV , tandis que les hostilités continuaient en Amérique , préparait sa vengeance. L'Angleterre , menacée par sa flotte , appela trente mille Russes à la défense de ses côtes. Le roi de France envoya dans l'ile de Minorque , sur la fin d'avril 1756, le maréchal de Richelieu avec environ vingt bataillons escortés d'une douzaine de vaisseaux du premier rang et de quelques frégates. Les Anglais , qui ne s'attendaient pas à cette expédition, armèrent à la hâte une escadre qui, fut repoussée par le marquis de la Gallissonnière. Cependant la citadelle de Port-Mahon , (jue l'on

Il parle, et soudain, sur leurs ailes , Ses anges, ministres fidèles , Portent la mort et la terreur , Lorsque sur la sphère où nous sommes , Pour punir les enfans des hommes , Il veut envoyer sa fureur.

Tel est ce monarque suprême , En qui le dieu de majesté Prit plaisir à graver lui-même Les traits de sa divinité.

Du Très-Haut image visible , Louis apprend d'un front paisible , De ses voisins les vains complots :

Forcé de leur faire la guerre , 11 a déjà mis son tonnerre Entre les mains de ses héros.

regardait comme la plus forte place après Gibraltar, était assiégée par le maréchal de Richelieu 5 l'assaut fut résolu ; le succès couronna cette téméraire entreprise. Des fossés de trente pieds , des fortifications impénétrables au canon , une garnison de trois mille hommes secondés par tous les efforts de l'art et de la nature , rien n'arrêta la valeur française. Ces soldats , éprouvés à Berg-op-zoom , s'élancèrent dans les fossés malgré le feu terrible de l'artillerie anglaise 5 des échelles de treize pieds furent plantées , et de là , montant les uns sur lés autres , ils escaladèrent le roc et s'emparèrent de tous les ouvrages extérieurs ; les ennemis qui mettaient leur confiance dans leurs hautes murailles « reculèrent devant cette audace plus qu'humaine. Le lendemain , 28 juin , le fort Saint-Philippe se rendit. « Cette action , dit Voltaire dans le Siècle de Louis XV , donna une grande gloire au général et à la nation, mais ce fut le dernier de ses succès contre l'Angleterre, j»

Ils volent avec assurance, Sous les drapeaux de Richelieu ' :

11 sera l'ange de la France Comme Louis en est le dieu.

Allez , troupe illustre et chérie , Venger l'honneur de ma patrie , Sous les auspices de mon roi ;

1 Plessis Richelieu ( Louis-Francois-Armand du ) , maréchal de France , né le 1 3 mars 1696 , était aussi bon courtisan qu'habile général. Il fut envoyé en 1727 ambassadeur à Vienne ; mais l'empereur demanda bientôt son rappel en France , sous prétexte que Richelieu communiquait avec le diable. On ne croirait pas ce fait digne de l'absurde superstition du quinzième siècle , s'il n'était consigné dans les Mémoires du temps. On présume que les galanteries du maréchal le firent écarter de cette cour. Néanmoins , quoique les intrigues amoureuses occupassent presque tous ses instans , il se distingua dans les armes par des actions d'éclat 5 on dut en partie le gain de la bataille de Foqtenoi à ses sages conseils ; le siège du Port-Mahon est une des plus audacieuses entreprises que l'on ait jamais tentées : c'est pendant ce siège mémorable qu'il dit à ses soldats , qui se livraient au pillage , ce mot si souvent cité : le premier qui s'eniirera n'aura pas l'honneur de monter à l'assaut. La prise de Miuorque atteste ses talens militaires et son intrépidité. Il sortit moins glorieusement d'une expédition dont il fut chargé en Hanovre. Il mourut à Paris le 7 août 1788 , âgé de quatre-vingt-treize ans. Il est étonnant que, malgré les excès auxquels il consacra sa vie , et les fatigues qu'il éprouva , il soit parvenu à un âge aussi avancé. On publia , après sa mort , sa Correspondance avec MM. de Verney , 1789. Sa vie , qui fut en quelque sorte une succession d'aventures galantes , était un champ fertile pour un faiseur èHana ou de mensonges ; néanmoins la f^ie pri\>ée du maréchal de Richelieu , 1790 , Paris , 2 vol. in-8° , n'est pas dépourvue de l'intérêt que comporte ce genre d'ouvrage. On a recueilli aussi les Mémoires du maréchal de Richelieu, 4 vol. in-S», 17905 ils offrent des morceaux précieux pour l'histoire du temps 5 nous ignorons pourquoi son fils les a désavoués .

Il enchaînera la fortune

Sur les campagnes de Neptune ;

Comme aux plaines de Fontenoi.

Un peuple inquiet et parjure Se rit des traités les plus saints ; A travers son intrigue obscure, On voit l'orgueil de ses desseins :

Peuple fier , du sein de les ondes , Tu prétends régir les deux mondes , Et seul dominer sur les mers :

Dragon superbe • , la tempête Bientôt écrasera ta tête Que couronnent les flots amers.

Tu n'as point appris à connaître, Dès long-temps , quels sont les Français. Tu veux encor faire renaître.

Et tés malheurs et leurs succès.

Insensé !... Mais, dans leur enceinte ' , Tes îles , frémissant de crainte ,

« Draeo magne, qui cubas in niediojluminum tuorum. Ezech. 29, v. 3. Grand dragon , vous vous couchez au milieu de vos fleuves.

" La fin de cette strophe est différente dans le Recueil palinodique de Caen :

Tremble! enfin leur bras se déploie , Et bientôt l'Europe avec joie

Plaindront tes horribles tourmens , Quand, abattu sur ton rivage , Tu feras éclater ta rage Par d'effroyables sifflemens.

Déjà dans Minorque alarmée , Nos légions jettent l'efTroi , Et c'est par là que notre armée S'avancera jusques à toi.

Lorsqu'elle entre dans la carrière, Par cette puissante barrière.

En vain tu voudrais l'arrêter ; Elle va, malgré mille obstacles, Y préluder par des miracles Aux coups qu'elle doit te porter '.

Verra les horribles tourmens , Quand abattu sur ton rivage , Tu feras éclater la rage Par d'effroyables sifQemens.

• Cette strophe , assez pauvre d'idées , est d'une platitude rare chez Malfilâtre , dont le principal mérite est un stjle facile et élégant. Quel prosaïsme !

Et c^est par là que notre armée S'avancera jusques à toi.

comme cette phrase se traîne misérahlement ! la conjonction et gâterait ici le plus beau vers.

Lorsqu'elle entre dans la carrière

Une armée qui entre dans la carrière est vague et commun.

Quel est ce roc inaccessible , Pareil aux antiques gëans , Qui presse de son poids horrible Le séjour des mânes tremblans?

Sur son front le tonnerre gronde; De sa bouche énorme et profonde , Il vomit des torrens de feux ; Mais, en l'attaquant, nos Alcides ' Bravent tous les traits homicides , Que ses cent bras lancent sur eux.

De toutes parts , pour sa défense , La mer enfante des vaisseaux ; Et tels qu'une forêt immense ,

Elle va , malgré mille obstacles , y préluder par des miracles Aux coups qu'elle doit te porter.

Quelles expressions faibles ! malgré mille obstacles est tout trouve' pour rimer avec miracles , qui signifie de grands faits d'armes. On est d'autant plus fâché de voir ici de mauvais vers , que cette ode renferme de belles strophes.

• Boileau s'est servi le premier de cette expression dans son ode , de triste mémoire, sur la prise de Namur :

Dix mille vaillans Alcides

D'e'clairs au loin homicides Font pétiller leurs remparts.

Un homme d'esprit a observé que c'était un anachronisme de faire tirer le canon par des Alcides.

Leurs mâts s'élèvent sur les eaux.

Byng combat, il cède, il soupire ' , Et des mers nous laissant l'empire,

« Byng (John), fils du célèbre amiral Byng, fut e'iere' de bonne heure au grade que son père avait occupé avec tant de distinction. On ne connaît de sa vie que les circonstances qui amenèrent sa fin déplorable. En 1756, l'Angleterre, qui craignait une invasion de la part de la France , oublia ses possessions de la Méditerranée ; elle fut bientôt avertie que l'on armait des vaisseaux dans le port de Toulon : l'île de Minorque était menacée ; l'amiral Byng fut chargé du commandement de dix frégates équipées à la hâte. C'est en arrivant à Gibraltar qu'il apprit que le maréchal de Richelieu avait débarqué à Minorque et qu'il assiégeait le fort Saint-Philippe. Byng écrivit une lettre désespérée à son gouvernement , où il prédit l'issue funeste de son entreprise. Cependant , fidèle aux instructions qu'il avait reçues , il se trouva , le 1 9 avril , en présence de la flotte française , composée de douze vaisseaux de ligne , sous les ordres du marquis de la Galissonnière. On combattit quatre heures avant que la victoire se déclarât : enfin Byng fit cesser le feu et se retira à Gibraltar avec le débris de sa flotte. Dès que les Anglais eurent reçu la nouvelle de ce désastre , en même temps que celle de la prise du fort Saint-Philippe , leur vengeance se tourna contre le chef de cette malheureuse expédition. Les amiraux Hawhe et Saunders furent envoyés pour le remplacer et s'assurer de sa personne. Le ressentiment du peuple n'éclatait pas seulement en invectives 5 Byng fut pendu en effigie. C'était une victime qu'il fallait sacrifier à la haine populaire. Son procès commença le 28 décembre; il fut condamné à mort comme coupable de n'avoir pas tenté les derniers efforts pour secourir l'île de Minorque. On crut diminuer l'atrocité de ce jugement , en déclarant que sa défaite n'était pas l'effet de sa lâcheté ni de sa perfidie , et en le recommandant à la clémence du roi. Eùt-on osé lui faire grâce? tout un peuple demandait sa mort à grands cris. Vainement le maréchal de Richelieu envoya , à la sollicitation de Voltaire , un certificat tendant à prouver l'innocence de l'amiral ; vainement Byng adressa lui-même sa justification à ses bourreaux, il fut conduit au supplice le 14 mars 1757. Une mort infâme fut le prix de son courage et de son dévouement à sa patrie.

Dans Albion fuit en courroux.

Richelieu , le fort , presque en poudre , Se soumet et suspend ta foudre !...

C'en est fait , Minorque est à nous.

Par des louanges immortelles Chantons l'arbitre des combats, Qui , selon les lois éternelles , Ebranle ou soutient les états.

Dans un amas d'armes fragiles ', Et dans des vaisseaux inutiles L'Anglais a mis tout son appui :

Louis le met en ta justice ; Il veille sur nous ; Dieu propice.

Daigne à jamais veiller sur lui.

ALLUSION

O Vierge ! c'est à la victoire , Que je consacre ces accens :

Reçois du séjour de la gloire , Mes hommages et mon e^ncens.

Richelieu , ce foudre de guerre , A de la superbe Angleterre

« Non secundiim. armorum potentiam , ssclpro ut ipsi placet , datdignis victoriam. a. Machab. , i5,v. 21.

Le Seigneur donne la victoire, comme il lui plaît, à ceux qui

en sont dignes , sans avoir égard à la puissance des armes.

Forcé le rempart le plus fier.

Le cœur auguste de Marie A. triomphé de la furie Et des puissances de l'enfer.

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