LIVRE
Mécène, aux laboureurs mes préceptes utiles Enseignent par quels soins on rend les champs fertiles ' , En quel temps sous le joug le taureau doit gémir, . ' Sous quel astre la vigne à l'ormeau veut s'unir * ,
' Variante du manuscrit :
Enseignent far quel art on rend les champs fertiles.
» Variante de l'édition de Caen , i8a3 :
Sons quel astre la vigne à l^onneau doit s''unir.
281 FUVGMENS
Quel secours aux troupeaux'doit l'aclive indusiiie , Et de l'abeille enfin l'art et l'économie '.
Astres brillans du monde! o secourables dieux,
Qui conduisez l'année errante dans les cieux;
Bacchus , et vous Cérès , si les moissons dorées ,
Si les vignes d'Argos , de pourpre colorées,
Pour nous ont remplacé, par vos heureux bienfaits,
Et l'eau des iroids torrens et le gland des forêts :
O vous , Faunes légers , qu'adorent les campagnes!
Vous, nymphes , qui peuplez les bois et les montagnes ,
Jetez sur mes essais des regards complaisans ;
Accourez h ma voix, je chante vos présens.
Toi , dont le fier trident fit sortir de la terre Le superbe coursier, symbole de la guerre , Granddieu des mers, et toi, dontlesnombreux troupeaux, De Cée , en bondissant , dépouillent les coteaux ; Toi surtout, dieu pasteur, souverain d'Arcadie, O Pan , si tu chéris ton heureuse patrie ; Minerve, si par toi ton peuple favori
> Variante du manuscril :
Quels secours aux troupeaux prèle la main de l'homme , Et jusqu'où va l'instinct de l'abeille économe.
* Cée est une des Cyclades , dans laquelle le berger Aristee , lils d'Apollon et de la nymphe Cyrène , se retira après la mort d'Actéon , son fils, changé en cerf et dévoré par ses propres chiens.
{Note de Mai.fii ATRE. )
Di:S GEOKGIQUES. 28.
lleçut les premiers arts et l'olivier chéri ;
Jeune enfant, qui jadis au genre humain sauvage
Vins montrer la charrue et son utile usage ;
Sylvain , dieu des forêts, solitaire Sylvain ,
Dont un jeune cyprès orne toujours la main ;
Je vous invoque tous, dieux, déesses propices,
Soit que les fruits vermeils naissent sous vos auspices ,
Soit que du haut du ciel arrosant les sillons,
Vous nourrissiez la terre et ses germes féconds !
Cinq zones de l'Olympe embrassent l'étendue ■ : L'une , par le soleil sans cesse parcourue , De cet astre de flamme est l'empire éternel. Et voit des deux côtés, près des pôles du ciel. Deux zones , de frimas tristement couronnées , A l'horreur des hivers à jamais condamnées ; Et deux que la nature, indulgente aux humains, A su, de part et d'autre, enfermer de ses mains. Entre ces froids climats que le soleil ignore , Et l'espace brûlant que sa chaleur dévore. De ces plages, où régne un air plus tempéré, Par son char vagabond le bord est effleuré , Lorsque ce dieu du jour va, dans un cercle oblique. Visiter tour-à-tour l'un et l'autre tropique.
■ Cini] zones de l'Olympe embrassent le contour.
Delille.
Plusieurs passages de la belle traduction de Delille nous font soupçonner que les essais de Malfilàtre ne lui étaient pas inconnus.
L'habitant du Ryphée « est voisin de ces lieux Où la terre s'élève et s'approche des cieux ; Et l'ardente Lybie, et les murs d'Alexandre , La voient, vers le midi, s'abaisser et, descendre '. L'un des pôles du monde où souffle l'aquilon , Toujours , par sa hauteur , domine l'horizon ; Toujours l'autre se montre à ces rivages sombres , Où règne le Trépas sur le peuple des ombres. Ici , tel qu'un grand fleuve , en ses vastes détours , Embrasse au loin les champs que féconde son cours , Le dragon tient toujours les deux ourses glacées Dans ses replis divers fortement embrassées ; Les ourses , que jamais les souverains des mers Ne laissèrent descendre au sein des flots amers. Là pâlit la nature , et, sur ces bords funèbres,
» Les monts Ryphées sont une grande chaîne de montagnes dans la Sarmatie européenne , appelée aujourd'hui la Moscovie 5 on leur donne maintenant le nom de Stolp. {Note de Malfilatre. )
» M. Auger et le dernier éditeur de Malfilàtre ont signalé ce vers comme n'ayant pas la mesure 5 ils veulent que voient forme deux, syllabes : l'usage en a décidé autrement. Sans entasser une foule d'exemples empruntés à nos meilleurs poètes , nous nous contentons de l'autorité de Racine , qui n'a pas craint de dire , dans les chœurs d'Esther :
Qu'ils soient comme la poudre el la paille légère Que le ■vent chasse devant lui.