‹ uvresChapitre 8 sur 45 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

ODB COURONNÉE A CAEN EN 1764 , ET LA m£mE ANNEE A ROCEN.

Fecisli nos ad le , Domine, et irrequielum est cor nosirum donec requiescat in te. S. Auc.

Tous nos vœux tendent vers toi, Seigneur, et noire cœur est inquiet jusqu''à ce qu'il repose dans ton sein.

Dans mon sein , vérilé suprême , Descends du ciel pour m'éclairer.

Je veux me connaître moi-même ; Il est honteux de s'ignorer.

Du cœur humain perçons l'abîme ; C'est de cette étude sublime

• Cette ode parut pour la première fois dans l'édition de Caen, iSaS , où Ton trouve cette note : « L'Ode sur le bonheur , qui obtint le premier prix à Rouen, en 1754, est imprimée dans les Recueils palinodiques de cette ville , sous le nom de M. Deshayes , quoique Malfilàtre ei» soit certainement l'auteur. L'erreur vint de ce que M. Deshayes , qui avait concouru et remporté le prix au Palinod de Rouen en l'jS'i , y envoya l'ode de son ami l'année suivante , sans le nommer 5 mais trop modeste et trop bon écrivain lui-même pour vouloir s'arroger

Que l'homme s'occupe le moins Dans ce cœur porte la lumière :

Montre-moi la cause première Et le vrai but de tous ses soins.

Le bonheur est la fin unique , Où tendent les vœux des humains ; C'est lui que notre esprit s'applique A chercher par divers chemins.

Sans en comprendre la nature , Chacun le place à l'aventure Dans l'objet dont il est flatté ; L'ambitieux le nomme gloire ; Le guerrier l'appelle victoire , Et le libertin volupté.

De son nom la beauté nous frappe; On aime à s'en entretenir; Mais son essence nous échappe , Quand nous voulons le définir.

Une idée obscure et confuse , N'en laisse à l'esprit qu'elle abuse , Entrevoir que quelques éclairs :

l'honneur d'un ouvrage qu'il n'ayait point composé, il déclara hautement comment les choses s'étaient passées. Il le dit entre autres à M. l'abbé Leprestre , président de l'Académie de Caen , mort il y a quelques années , dont nous avons sous les yeux le témoignage autographe. La même ode fut aussi présentée au Palinod de Caen , en i ^54 , et n'y obtint que le second prix , quoiqu'elle fûl incontestablement digne du premier. »

Tel l'œil à travers un nuage Du soleil caché voit l'image Qui se joue encor dans les airs.

Ah ! si loin des bords de ce globe , Tu n'as pas fui sous d'autres cieux , Bonheur! quel séjour te dérobe Si long-temps à nos tristes yeux?

Ces dieux qui portent la couronne , Et que la mollesse environne , T'enferment- ils dans leur trésor?

Est-ce ta lumière immortelle , Qui dans l'escarboucle étincelle , Ou qui nous éblouit dans l'or?

De tous les faux biens, l'homme avide

En vain recherche le secours ;

Us n'ont jamais rempli le vide

Que dans lui-même il sent toujours :

( Des fleuves , au sein d'Amphitrite

Ainsi l'onde se précipite,

Sans en remplir la profondeur , )

Et l'aliment qu'il donne encore

Au feu secret qui le dévore ,

Ne fait qu'en ranimer l'ardeur.

De la félicité parfaite,

Sainte compagne , aimable paix ;

Mon âme toujours inquiète ,

T'appelle et ne te sent jamais ; A l'ardeur le dégoût succède :

D'un bien, avant qu'on le possède, La vaine apparence éblouit :

Jouit-on? O retour funeste!

Le charme fuit , le désir reste , Et le bonheur s'évanouit •.

Eh , quoi ! par la vertu que j'aime, Ne suis-je donc pas satisfait?

Non : ici-bas la vertu même N'offre qu'un bonheur imparfait.

Je sais qu'aux coups du sort volage , Le juste oppose un vrai courage Que nul revers ne peut troubler ; Que la nature se confonde, Par les débris fumans du monde Il sera frappé sans trembler '.

> Ces derniers vers sont une réminiscence de la célèbre strophe de l'ode à la fortune de J.-B. Rousseau , où le poète s'adresse aux conquérans :

Votre gloire nous eblouil; Mais au moindre revers funeste , I.e masque tombe , l'homme reste El le héros s'évanouit.

» On sait que cette belle pensée est imitée de l'ode d'Horace : Justum et tenacem propositi virum , etc. , liber 3 , od. 3.

Si fraclus illabatur orbis , ImpaviJum ferient ruinae.

"^'-ans pâlir il entend la foudre ,

Mais sa vertu , qui , toujours ferme , Le soutient dans l'adversité , N'est que la route et non le terme De la pure félicité.

Grâce à toi , vertu secourable , 11 perd d'un front inaltérable Des Liens indignes de ses vœux :

Ce n'est qu'au vrai bien qu'il aspire ; C'est pour le vrai bien qu'il soupire , Et, s'il soupire, est-il heureux?

O toi , que je voulais connaître , Vérité ! tu m'apprends enfin Que l'unique auteur de notre être En est eucor l'unique fin.

O lieu d'exil ! bords de l'Euphrate ' î Mon Dieu ! de cette terre ingrate ,,

Et verrait l'univer» en poudre Arrache' de ses fondemens.

Daru.

Si , brisé tout à coup , sur lui croulait le monde, Il serait, sans pâlir, frappe' de ses de'bris.

Traduction des Odes d'HoBicE par M"*.

Aucun traducteur d'Horace n'a mieux rendu cette image sublime que Malfilâlre.

• C'est une heureuse idée d'avoir rapproché notre exil sur cette terre de douleur , de la captivité des Juifs qui , assis aux bords du fleuve de Babylone , pleuraient en pensant àSion. Malfilâtre aimait ce beau psAume : Super /lumina Babylonis ,e\,c. , dont il nous a donne un traduction excellente.

Quand daignerez-vous m'enlever?

Quand goûterai-je , ô mon vrai père !

Ce repos que mon cœur espère , Et qu'en vous seul il peut trouver?

Allusion.

J'ai connu ce séjour de larmes , Et j'ai dit : au sein du Seigneur On trouve l'oubli des alarmes ,

Et le centre du vrai bonheur

Enfans de la haine céleste , Nous puisons un venin funeste Dans ce séjour d'iniquité :

De la grâce , fille chérie , Votre cœur fut seul , ô Marie i Le centre de la pureté.

Page 1