DE MA BONNE CHIENÏÏE
Vj I gît Diane. O vous que le sort a fait naitr« Pour aimer et servir, prenez ses sentimëns.
Fidèle à ses devoirs jusqu'aux derniers momcns , Elle est morte à la chasse en regardant son maître.
LE PONT DE LA VEtJVE. '
ROMANCE
Jl7e la mère la plus tendre Je vais chanter les malheurs :
Bons fils , venez sur sa cendre Répandre avec moi des pleurs ; Vous qui , toujours en alarmes , Vivez pour vos seub enfans , Bonnes mères , que vos larmes • Se mêlent à mes accens.
(i) Le sujet de cette romaiice est un fait arrivé dans le royaume de Valence. A trois quarts de lieue de S. Philippe, sur la route de Valence à Alicante, on passe le Pont de la Veuve, et tons les babitunc du pays savent l'anecdote qui Ta fait bâtir.
Ift4 l'E POIfT DE LA YEUYS.
Av royaume de Valence ' Une veuve avait un fils ^ Amour f honheur, espérance y Sur lui s'étaient réunis.
Jeune , riche , aimable et belle , Ai'bymen se refusant, Peut-on aimer, disait-elle , Un autre que son enfant?
Un Beau tournois dans Valence Attirait maint chevalier ; L*enfant meurt d'impatience D^ montrer son beau coursier.
Sa mère y consent, et pleure, Et lui dit en l'embrassant :
Si tu ne veux que je meure , THe sois pas trois jours absent,
L'e5fànt part avec sa suite :
Bientôt il trouve un torrent ^ Son coiu^icr l'y précipite ^ Les flots emportent 1 enfant.
Pom* le ramener à terre Efibrts et secours.sont vains.
Ah ! trop malheureuse mère , C'est toi surtout que je plains !
Un saint pasteur va chez elle Pour l'instruire de son sort ; A cette âme maternelle Il donne le coup de mort.
ROMANCE. laS
Elle demeure accablée Par l'excès de ses douleurs ; Sa vue est fixe et troublée , Et ses jeux n'ont point de pleurs.
Sans proférer une plainte, Renfermant tout dans son cœur , En£B-d^ine voix éteinte Elle dit au saint pasteur :
J'irai bientôt, je l'espère, Près de ces funestes eaux ^ Tous m'y conduirez , mon père , J'y trouverai le repos..
La, que ma fi)rtune entière D'un pont devienne le prix, 'A. l'endroit de la rivière OÙ j'ai perdu mon cher fils :
Et qu'au moins dans ma misère Ce pont trop tard élevé Préserve toute autre mère Du malheur que j'éprouvar,
'Je veux qu'on porM ma bière Parmi ces triâtes roseaux, Qu'on la couvre d'une pierre Où Ton gravera ces mots :
i( Dans cette demeure affreuse « De mon corps sont les débris;' « Mais mon âme, plus heureuse ^ a Mon âme «et avec mon fils. »
ïi6 LE POIÏT DE LA VEUVE.
Elle dit , et tombe morte.
On suivit sa volonté :
Près du torrent on la porte ; Un pont s'élève à côté.
Ce pont , non loin de Valence , Se fait encore admirer :
On le traverse en silence , Et jamais sans y pleurer.