DE LA LUSIADE DE CAMOENS
ChMMt III. OCt. Il6.
Y AUQUZVR du Maure , au comlile de la gloire , VhmnaJL Alphonse , après tant de combatt , jppoyvit goûter au sein de 90^ États La douce paix que donne la victoire ?
O vain espoir, d'Inès le triste sort D'uft si beau règne a terni la mémoire ; Bd traits de sang on Ut dans notre histoîie Qii.*lDez obtint k tr<^ne apcés sa mort.
CAVn Amour, toi seid commis le crime.
Li tendre Incs ne vivait que pour toi :
loBais un cœur ne suivit mieoz ta loi ; Bt t la fis expirer ta victime !
AÎMi les pleurs des malheureux mortels Peur ttn, tyran, n'ont pas assez de charmes ; Tta reax eneor, non content de leurs larmes j Avec leur sang airoser tes autels.
'Lz firant pai^ des nées du bel âge, Chaimante Ibex, dans une d^oce erreur.
Tu jouissais de ce calme trompeur, Xmijours , hëlas ! si voisin de Torage.
g% fGNEZ DE CASTRO.
Nos saudotos campos do Mondego , De teus formosos olhos nunca enxuto, Ao8 montes exuinando , e as hervinbas , O Dome , que no peito escrito tiuhas.
Do teu principe alli te respondiaxn As lembranças que na aima Ihe moravaiO ; Que sempre ante seus olhos te traziam , Quando dos teus fonnosos se apartavam ; De noite, em doces sonlios que mentiam, De dia, em pensamentos que voavam; E quanto em fin cuidava e quanto via Eram tudo memorias de alegria.
De outras bellas senhoras e princezas Os desejados tbalamos engeita :
Que tudo emfin tu , puro Amor, desprezas , Quando hum gesto suave te sugeita.
Vendo estas namoradas estranhezas O velbo pai sisudo , que respeita O murmurar do povo , e a phantasia Do ûlho que casar-se nao queria,
TiBÂB Ignez ao mundo détermina, Por Ihe tirar o filho que tem preso ; Crendo co'o sangue so da morte indina , Matar do firme amor o fogo a^ceso.
Que furor consentio , que a espada fi^iia Que poda susteotar o grande peso Do furor Mauro , fosse levantada Contra huma firaca dama delicada ?
Du Mondégo , témoin de ton ûrdeur, ^ Tu parcourais les campagnes fleuries , En répétant aux nymphes attendries Le nom qu'Amour a gravé dans ton cœur.
lUn doux lien à ton prince t'engage^ Le jeune Pèdre est digne de tes feux :
Un seul moment s'il est loin de tes yeux , Tout vient aux siens présenter ton image :
Pendant la nuit , en songe il est heureux , Pendant le jour il cherche ta préseuce :
Ce qu'il cptend , ce qu'il voit, ce qu'il pense ,
ml cp cStln
Tout e^ Inez pour son cœur amoureux.
'A ses sermens Pèdre toujours fidèle
A dédaigne les 'filles de vingt rois.
O dien d'amour ! quand on vit sous tes lois ,
Dans l'univers il n'est plus qu'une belle.
De ses refus son vieux père irrité
Apprend bientôt que le peuple en murmure:
Dès ce moment les droits de la nature
Sont immolés à son autorité.
Le cruel roi, pour vaincre la constance D'un fils qui doit lui succéder un jour, .Veut dans le sang éteindre tant d'amour, Et sur Inez ùât tomber sa vengeance.
Le fer est prêt : ce fier qui , dans sa main , Du vaillant Maure abattit la puissance, Menace alors la beauté sans défense, Et le héros devient uq assassin»
TbAsiàm-«A os Horrificos algozes Ante o rei , jà movido a piedade ; Mas o povo , com falsas e ferozes Razoes , à morte crua o persuade.
Ella , com tristes e piedosas yozes , Sahidas sb da magoa, e saudade Do seu principe , e filhos que deixava , Que mab ^e a propria morte a ma^oava.
Paba o ceo crîstalino levaDtanda
Com lagrimas os olhos piedosos ,
Os ollios , porque as mSos Ihe estava atando
Hum dos duros mioistros rigorosos :
E despois nos meninos attentando ,
Que tao queridos tinha , et tao mimosos '
Cuja orfandade como mai temia^
Para o avo cruel assi diûa :
Se jà nas brutas feras, cuja mente Natura fez cruel de nascimento , E nas aves agrestes , que somente Nas rapinas aerias tem o intento , Com pequenas crianças vio a gente, Terem tao picdoso sentimento , Como co a mai de Kino )à mostràram, E co'os irmuos que Rozmt edificAram :
O, tu , que tens de humano o gesto, e o peito , ( Se de humano he matar huma donzella Fraca , e sem força , s6 por ter sugeito P ooracao à quem soube vcncella)
INEZ DE CASTRO. gS
Pab des soldats indignement traînée, Aux pieds d'Alphonse Inez attend son sort. Le roi la plaint , et difi^ sa mort :
Bfais par le peuple elle était oondanmée.
Les fils diluez, dësolés et tremblans, Sur son péril témoignaient leurs alarmes ; C'était pour eux qu'elle versait des larmes , Non pour ses jours moins chers que ses en&ns.
Leub désespoir, leurs prières plaintives, Ont des bourreaux suspendu les fureurs.
Inez au ciel lève ses yeux en pleurs , Ses yeux. . . les fers tenaient ses mains captives. Elle regarde , en poussant des sanglots , Ces orphelins dont le sort l'épouvante :
Et, d'une voix affaiblie et tremblante, A leur aïeul elle adresse ces mots .*
Si Ton a vu plus d'un monstre sauvage Près d'un enfant oublier ses fureurs; Si Ton a vu ces oiseaux ravisseur Qui sont toujours altérés de camajje Aimer, nourrir la mère de Ninus , Comme Ton dit qu'une louve attendrie Avec son lait soutint la faible vie Des deux jumeanx Romulus et Rémus :
Vous, qui d'un homme avez la ressemblance (Si l'on est tel quand on prive du jour, Pour n'avoir pu résister à l'amour.
Vu être faible et qu'on voit sans défense } ,
96 IGNEZ DE CASTRO.
A estas criancinhas tem respeito , Pois o nao tens h morte escura délia ; Mova-te a piedade sua , e ininha .
Pois te nao move a culpa ^e n&o tinha.
E se , vencendo a maura resistencia, A morte sabes dar com fogo e ferro ; Sabe tambem dar vida clemencia A quem para perdella nao fez erro :
Mas se to assi merece esta innooencia , Poemme eiû perpetuo e misero desterro, Na Scythia fria, ou la na Libya ardente, Onde em lagrimas vivta etemamente :
Po£MME onde se use toda a feridade.
Entre leoeus e «tigres; e verei Se nelles achar posso a piedade »' Que entre peitos humanos nao achei :
Alli co o amor intrinseco , e vontade , Naquelle por quem mouro, criarei Estas reliquias suas que aqui viste , Que refrigerio sejam da mai triste.
Que m A perdoar-lhe o rei benino, Movido das palavras que o magoam ; Mas o pertinaz povo , e seu destino y (Que desta sorte o quiz) llie nao perdoam« Arrancam das espadas de aço fino , Os que por bom tal feito alli pregôam ; Contra huma dama, ô peitos carnioeiros 9 Ferozes vos Xnostraîs , e cav&Iietio« !
Oserez-Yous montrer tant de rigueur A ces enfans qui demandent ma vie ?, Regardez-moi j je suis assez punie D'avoir su plaire au maître de mton cœur.
.Vous qui savez à'une main triomphante , Avec ce glaive à qui tout est soumis , Exterminer un peuple d'ennemis , Sachez aussi sauver une innocente.
Si de don Pèdre il faut me séparer, Exilez-moi dans la froide Scytliie, Dans les dëserts brûlans de la Libye , Partout , hélas ! où je pourrai pleurer.
Dàhs les rochers, loin des lieux où nous sommes,
Chez les lions, capables d'amitié,
Je trouverai sans doute la pitié
Que je n'ai pu trouver parmi les hommes.
De mes amours ces fruits tristes et doux
Rempliront seuls mon âme désolée ;
Et de mes maux je serai consolée ,
En leur voyant les traits de mon époux.
A ce discours de la tendre victime , Alphonse ému sent palpiter son cœur ; Mais les destins et le peuple en fureur' Ont résolu de consommer le crime.
Les grands , auteurs de ces afireux coiiiplots , Le fer en main , volent sans plus attendre. . . . Ciel ! arrêtez ! vous , nés pour la défendre , Vous , chevaliers , vous êtes ses bourreaux !
g(8 IGNEZ DE CASTRO.
QvAL contra a linda moça Policena, CoDsolaçao extrcma da mai velba , Porque a sombra de Achilles a coDdena, Co'o ferro o duro Pyrrlio se aparelha :
Mas ella os olhos , com que o ar serena , { Bem como paciente e mansa OTelha ) Na misera mai postos , que endoudece , Ao duro sacrificio se o£ferece.
ITaes contra Ignez os brutos matadores, f^o collo de alabastro , que sostinlia As obras com que amor matou de amorcs A* quelle que dsepois a fez rainha , As espadas banhando, e as brancas flores ^*Que ella dos olhos seus regadas tinha, S€ encarniçavanï fervidos e irosos, .
No futurp castigo nao cuidosos.
Bem pu'deras , 6 sol , da vista destes .
Teus raios apartar aquelle dîa , Como da seva mesa de Tbyestes , Quando os filhos por mao de Atreo comia !
V6s , o concavos valIes , que pudestes A voz extrema ouvir da boca fida, O nome do seu Pedro , que Ihe ouvistes , Por muito grande espaço repetistcs.
As SI como a bonina , que cortada Antes do tempo foi , candida e bella , Sendo das hiaos lascivas mal tratada , Pa menina, que a trouxe na capella ,
i:SEZ DE CASTRO. g^
AiiTsi Pyrrhus, sur la rive troycnne, Voulant ravir à la mère d'Hector Le seul enfant qui lui restait encor.
Des bras d'Hécube arraçlia Polyxène.
Comme un agneau destiné pour Vautei , Elle suivit le hëros sanguinaire , Et, ne songeant qu'aux douleurs de sa mère/ Sans murmurer reçut le coup mortel.
Telle est Inez ; le glaive Ta frappée :
Ce sein d'albâtre , où le dieu de Tamoar Plaça son trône et fixa son séjo;ir, Est déchiré par la tranchante épee ; Ses yeux si doux se ferment pour' jamais.
Les assassins, consommant leur ouvrage, Ne pensent pas , dans lieur aveugle rage , Que Pèdre un jour punira leurs forfaits.
Et toi, soleil, que le coupable Atrée Fit reculer loin d'un aflreux festin , Ah ! tu devais reprendre ce chemin , Le Jour qu'Inez à la mort fut livrée.
Et vous, échos du paisible vallon , A qui sa voix en mourant dit encore Le nom chéri de l'amant qu'elle adore, En longs accens répétez ce doux nomu
Comme la fleur qui, trop tôt moissonnée, De la beauté pare un moment le sein , Fraîche et brillante aux rayons du matin , Et vers le soir languissante et fanée :
O chéiro traz perdido e a cor inurcLada :
Tal esta morta a pallida donzella ; Seccas do rosto as rosas , e perdicla À. branca e viva cor, co' a doce vida.
As fillias do Mondego a morte escura LoDgo tempo cliorando meroorhram ; £, por memoria eterua, em fonte pura As lagrimas cboradas traiisf'-rmàram :
O nome Ihe pozcram , que inda dura , Dos amore» de Ignez, que alli passàram :
YeHe , que fresca fonte rcga as flores , Que lagrimas sao agua , e o nome ag^orei.'
INEZ DE CASTRO. loi
De même &ez , à peine en ses beaux ans , A descendu dans la nuit étemelle ; / Sur son visage une pâleur mortelle A remplacé les roses du printemps*
Le Mondégo , dans sa course lointaine , N'entend partout que de tristes regrets ; Tout est en deuil : des nymphes des forêts Les pleurs bientôt se changent en fontaine.
Ce monument dure jusqu'à ce jour , Dans tous les temps mille fleurs renvironncnt, Et ce beau lieu que des myrtes couronnent, S'appelle encor la fontaine d'amour.
Inez, chargée de fers, sous le glaive des bourreaux, et s'eflbrçant d'émouvoir la pitié de son juge, ne devrait peut-être pas commencer son touchant discours en rappelant l'histoire de Sémiramis nourrie par des oiseaux de proie (que presque tout le monde ignore ) , et celle de Romulus et Kémus allaités par une louve : mais on s'est attaché dans tout ce morceau à être de la plus scrupuleuse fidélité ; et cette attention , qui ne peut être sentie que par ceux qui savent le portugais , les rendra peut-être plus indulgens sur les défauts de cette traduction , surtout s'ils veulent considérer qu'à la difficulté extrême de traduire en vers l'inimitable Camoêns s'est jointe celle de l&rendre octave par pctave , et presque vers par vers.