‹ ŒuvresChapitre 122 sur 599 · CLÉANTE , LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

CLÉANTE , LA FLÈCHE

CLÉANTC.

Ah ! traître que tu es ! où t'es-tu donc allé fourrer? Ne t'avais-je pas donné ordre... ?

Oui, Monsieur; et je m'étais rendu ici pour vous attendre de pied ferme : mais monsieur votre père , le plus malgracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi, et j'ai couru risque d'être battu.

CLÉANTE

Comment va notre affaire? Les choses pressent plus que jamais ; et , depuis que je t'ai vu , j'ai découvert que mon père est mon rival.

Votre i)ère amoureux?

CLÉANTE

Oui; et j'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis.

Lui, se mêler d'aimer! De quoi diable s'avise- t-il .^ Se

moque-t-il du monde P Et ramour a-t-il élé fait pour des gens bâtis comme lui?

Il a fallu , pour mes péchés, que cette passion lui soit venue en tète.

LA FLÈCHB.

Mais par quelle raison lui faire un mystère de Totre amour?

CLÉANTE

Pour lui donner moins de soupçon , et me conserver, au besoin, des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'a-t-on faite?

Ma foi , Monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux; et il faut essuyer d'étranges choses, lorsqu'oii en est réduit à passer, comme vous, par les mains des fessematthieux (1).

CLÉAIfTE.

L'aflfaire ne se fera point?

Pardonnez-moi. Notre maître Simon , le courtier qu'on nous a donné, homme agissant et plein de zèle, dit qu'il a fait rage pour vous, et il assure que votre seule physionomie lui a gagné le cœur.

CLÉANTE

J'aurai les quinze mille francs que je demande.'

Oui; mais à quelques petites conditions qu'il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.

T'a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l'argent?

Ah ! vraiment , cela ne va pas de la sorte. 11 apporte encore plus de soin à se cacher que vous; et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom ; et l'on doit aujourd'hui l'aboucher avec vous dans une maison empruntée , pour être instruit par votre bouche de votre bien et de votre famille ; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne rende les choses faciles.

(1) ATEut sa conTenion , saint Mathieu était reoeTeur des tributs , et la m»< lignite lui attribuait des prêta usnraires. De là l'ancienne expression proTorbialo, /itter acUnt Matthieu, pour prêter k usure, et, par corruption, fesie-Matthieu.

Page 1