‹ ŒuvresChapitre 157 sur 599 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

CLÉANTE

Ce qui m'en semble ?

HARPAGON

Oui, de son air, de sa taille, de sa beauté, de son esprit.

CLÉANTE

Là, là!

Mais encore?

CLÉANTE

I A vous en parler franchement, je ne l'ai pas trouvée ici ce ' qae je l'avais crue. Son air est de franche coquette, sa taille est assez gauche, sa beauté très médiocre, et son esprit des plus communs. Ne croyez pas que ce soit, mon père, pour vrouseo dégoûter; car, belle-mère pour belle-mère, j'aime aatant celle-là qu'une autre.

HARPAGON

Tu lui disais tantôt pourtant...

CLÉANTE

Je lai ai dit quelques douceurs en Totre nom, mais c'était pour vous plaire.

HARPAGON

Si bien donc que tu n'aurais pas d'inclination pour elle ?

, CLÉANTE

, Moi? point du tout.

HARPAGON

J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit. J'ai fait, en la voyant ici^ réflexion sur mon âge; et j' ai songé qu'on pourra trouver à redire de me voir marier à une si jeune personne. Cette considération m'en faisait quitter le dessein ; et comme je l'ai fait demander, et que je suis pour elle engagé de parole, je te l'aurais donnée ^ sans l'aversion que tu témoignes.

CLÉANTE

A moi?

A toi.

En mariage?

En mariage.

CLÉANTE

Écoutez. Il est vrai qu'elle n'est pas fort à mon goût ; mais, pour vous faire plaisir, mon père, je me résoudrai à Tépou- ^r, si vous voulez.

HARPAGON

CLÉANTE

206 L*AVAEE.

HARPAGON

Moi, je suis plus raisonnable que tu ne penses. Je ne veux poiut forcer ton inclination.

CLÉANTB.

Pardonnez-moi ; je me ferai cet effort pour l'amour de vous.

HARPAGON

Non, non. Un mariage ne saurait être heureux oh l'inclination n'est pas.

CLÉANTE

C'est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite; et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.

Non. Du côté de l'homme, on ne doit point risquer l'affaire ; et ce sont des suites f&cheuses, où je n'ai garde de me commettre. Si tu avais senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure ; je te l'aurais fait épouser au lieu de moi ; mais, cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et je l'épouserai moi-même.

CLÉANTE

£h bieni mon père, puisque les choses sont ainsi, il faut vous découvrir mon cœur ; il faut vous révéler notre secret. La vérité est que je l'aime depuis un jour que je la vis dans mne promenade ; que mon dessein était tantôt de vous la demander pour femme ; et que rien ne m'a retenu que la déclaration de vos sentiments, et la crainte de vous déplaire.

HARPAGON

Lui avez- vous rendu visite?

CLÉANTE

Oui, mon père.

HARPAGON

Beaucoup de fois?

CLÉANTE

Assez pour le temps qu'il y a.

HARPAGON

Vous a-t-on bien reçu?

CLÉANTE

Fort bien, mais sans savoir qui j'étais ; et c'est ce qui a fait tantôt la surprise de Mariane.

HARPAGON

Lui avez- vous déclaré votre passion et le dessein où vous étiez de l'épouser?

Sans doute, et même j'en avais fait à sa mère quelque peu d'ouverture.

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