‹ ŒuvresChapitre 18 sur 599 · ACTE II, SGÂNE U · texte numérisé non relu

ACTE II, SGÂNE U

Et que son ascendant, Monsieur, l'emportera Sur toute la vertu que^rotre fille aura.

ORGON

Cessez de m'interrompre, et songez à tous taire. Sans mettre votre nez où vous n'avez que faire.

DORIIfE.

Je n'en parle. Monsieur, que pour votre intérêt.

ORGON

C'est prendre trop de soin; taisez -vous, s'il vous plaît.

DORINE

Si Ton ne vous aimait...

ORGOIf.

Je ne veux pas qu'on m'aime.

OORIME.

Et je veux vous aimer. Monsieur, malgré vous-même.

ORGON

Ah!

DORINE

Votre honneur m'est cher, et je ne puis souffrir Qu'aux brocards d'un chacun vous alliez vous offrir.

ORGON

Vous ne vous tairez point !

DORINE

C'est une conscience Que de vous laisser faire une telle alliance.

ORGON

Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés...?

DORINE

Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez?

ORGON

Oui, ma bile s'échauffe à toutes ces fadaises, Et tout résolument je veux que tu te taises.

DORINE

Soit. Mais, ne disant mot, je n'en pense pas moins.

ORGON

Pense, si tu le veux ; mais applique tes soins

(AMfiUe.)

A ne m'en point parler, ou... Suffit... Comme sage. J'ai pesé mûrement toutes choses.

DORINE, à part.

J*enrage De ne pouvoir parler.

ORGON

Sans être damoiseau. Tartufe est fait de sorte... ^

82 LE TABTUPB.

DORINE, à part.

Oui , c'est un beau museau.

Que quand tu n'aurais même aucune sympathie Pour tous les autres dons...

DORINE, à part.

La voilà bien lotie!

(Orgon se tourne du côté de Dorine, et, les bras croisés, l'écoute

et la régarde eu face.) Si j'étais en sa place, un homme assurément Ne m'épouserait pas de force impunément ; Et je lui ferais voir, bientôt après la fêle, Qu'une femme a toujours une vengeance prête.

« ORGOFC, à Dorine.

Donc de ce que je dis on ne fera nul cas ?

DORINE

De quoi vous plaignez-vous? Je ne vous parle pas.

ORGON

Qu'est-ce que tu fais donc ?

DORINE

Je me parle à moi-même.

ORGON, à part.

Fort bien. Pour châtier son insolence extrême, II faut que je lui donne un revers de ma main.

(il se met en posture de donner un soufflet à Dorine ; et, à chaque mot qu'il dit à sa fille , il se tourne pour regarder Dorine , qui se tient droite sans parler.)

Ma fille, vous devez approuver mon dessein...

Croire que le mari... que j'ai su vous élire... (a Dorine.)

Que ne te parles- tu ?

DORINE

Je n'ai rien à me dire.

ORGON

Encore un petit mot.

DORINE

Il ne me platt pas, moi.

ORGON

Certes, je t'y guettais.

DORINE

Quelque sotte, ma foi!...

ORGON

Enfin, ma fille, il faut payer d'obéissance, Et montrer pour mon choix entière déférence.

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