‹ ŒuvresChapitre 184 sur 599 · MONSIEUR DE SOTENVILLE, MAD4ME DE SOTENVILLE · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE SOTENVILLE, MAD4ME DE SOTENVILLE

GEORGE DANDIN

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Qu'est-ce, mon gendre? Vous me paraissez tout troublé.

GEORGE 0.4NDIN.

Aussi en ai-je du sujet, et...

MADAME DE SOTENVILLE.

Mon Dieu ! notre gendre, que vous avez peu de civilité , de ne pas saluer les gens quand vous les approchez !

GEORGE DANDIN

Ma foi! ma belle- mère, c'est que j'ai d'autres choses en lête; et...

MADAME DE SOTENVILLE.

Encore! Est-il possible, notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire de la manière qu'il faut vivre parmi les personnes de qualité?

Comment ?

MADAME DE SOTENVILLE.

Ne VOUS déferez- vous jamais, avec moi, de la familiarité de ce mot de ma belle-mère, et ne sauriez- vous vous accoutumer à me dire madame?

GEORGE DANDIN

Parbleu ! si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère.

MADAME DE SOTENVILLE.

Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plaît, que ce n'est pas à vous à vous servir de ce môl-là avec une personne de ma condition ; que, tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous, et que vous devez vous connaître.

23(5 GEORaB DANDIK.

MONSIEUR DE SOTENTILLE.

C'en est assez» m'amonr (1) : laissons cela.

MADAME DE SOTENVILLE.

Mon Dieu! monsieur de Sotenville, vous avez des induK gences qui n'appartiennent qu'à vous, et vous ne savez pas vous faire rendre par les gens ce qui vous est dâ.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Corbieu I pardonnez-moi : on ne peut point me faire de leçons là-dessus ; et j'ai su montrer en ma vie, par vingt actions de vigueur, que je ne suis point homme à démordre jamais d'un pouce de mes prétentions ; mais il suffit de lui avoir donné un petit avertissement. Sachons un peu, mon gendre, ce que vous avez dans l'esprit.

GEORGE DANDIN

Puisqu'il faut donc parler catégoriquemenl, je vous dirais monsieur de Sotenville, que j'ai lieu de...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens parleur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire monsieur tout court..

GEORGE DANDIN

Eh bien ! monsieur tout court, et non plus monsieur de- Sotenvifle, j'ai à vous dire que ma femme me donne...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Tout beau! Apprenez aussi que vous ne devez pas dire ma femme quand vous parlez de notre fille.

GEORGE DANDIN

J'enrage! Comment! ma femme n'est pas ma femme?

MADAME DE SOTENVILLE.

Oui, notre gendre, elle est votre femme; mais il ne vous est pas permis de l'appeler ainsi; et c'est tout ce que vous pourriez faire, si vous aviez épousé une de vos pareilles.

GEORGE DANDIN, à part.

Ah! George Dandin, où t'es-tu fourré? (Haut.) Hé! de grâce, mettez, pour un moment, votre gentilhommerie à côté, et souffrez que je vous parle maintenant comme je pourrai, (a part.) Au diantre soit la tyrannie de toutes ces histoires-là! (a m. de Sotenville.) Je VOUS dis donc que je suis mal salisfait de mon mariage.

Et la raison, mon gendre?

(I) Mot composé de ma on mon et amour , dnqnel l'homme caresse celle qu'il aime. Pour éviter la dnre prononciation de deux voyelles qtii se rencontrant on a rénni les deoz mots. (NlOOT.)

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