‹ ŒuvresChapitre 198 sur 599 · GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE

GEORGE DANDIN

Le voilà qui vient rôder autour de vous.

ANGÉLIQUE

£h bien ! est-ce ma faute? Que voulez-vous que j'y fasse.'

GEORGE DANDIN

Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne ^eiit plaire qu'à son mari. Quoi qu'on en puisse dire, les galants n'obsèdent jamais que quand on le veut bien. Il y a OQ certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches ; et les honnêtes femmes ont des manières <I«i les savent chasser d'abord.

ANGÉLIQUE

Moi, les chasser! et par quelle raison ? Je ne me scandalise point qu'on me trouve bien faite ; et cela me fait du plaisir.

GEORGE DANDIN

Ouil Mais quel personnage voulez- vous que joue un mari pendant cette galanterie.'

262 GEORGE DANDIN

ANGÉLIQUE

Le personnage d'un honnête homme, qui est bien aise de voir sa femme considérée.

GEORGE DANDIN

Je suis Totre valet. Ce n'est pas là mon compte , et les Dandin ne sont point accoutumés à cette mode-là.

ANGÉLIQUE

Oh ! les Dandin s'y accoutumeront s'ils veulent ; car, pour moi, je TOUS déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde, et de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment! parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants ! C'est une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris, et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements, et qu'on ne vive que pour eux ! Je me moque de cela, et ne veux point mourir si jeune.

GEORGE DANDIN

C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous m'avez donnée publiquement.'

ANGÉLIQUE

Moi? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous me lavez arrachée. H'avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulais bien devons? Vous n'avez consulté, pour cela, que mon père et ma mère; ce sont eui, proprement, qui vous ont épousé, et c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l'on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi, et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés, et je veux jouir, s'il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m'ofire la jeunesse, prendre les douces libertés que l'âge me permet, voir un peu le beau monde, et goûter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. Préparez- vous-y, pour votre punition, et rendez grâces au ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis.

GEORGE DANDIN

Oui! C'est ainsi que vous le prenez? Je suis votre mari, el je vous dis que je n'entends pas cela.

ANGÉLIQUE

Moi, je suis votre femme, et je vous dis que je l'entends.

GEORGE DANDIN , à part.

11 me prend des tentations d'accommoder tout son visage

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