SCÈNE XII
Monsieur et m\dame DE SOTENVILLE , en' déshabillé de nuit; COLIN, portant une lanterne, ANGÉLIQUE ET CLAUDINE, à la fenêtre; GEORGE DANDIN.
ANGÉLIQUE à monsieur et à madame de Soten ville.
Approchez, de srjàce^ et venez me faire raison de l'inso-
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lence la plus grande du mbnde, d'un mari à qui le yin et la jalousie ont troublé de telle sorte la cervelle qu'il ne sait plus ni ce qu'il dit, ni ce qu'il fait, et vous a lui-même envoyé quérir pour vous faire témoins de l'extravagance la plus étrange dont on ait jamais ouï parler. Le voilà qui revient, comme vous voyez, après s'être fait attendre toute la nuit; et si vous voulez l'écouter, il vous dira qu'il a les plus grandes plaintes du monde à vous faire de moi ; que, durant qu'il dormait, je me suis dérobée d'auprès de lui pour m'en aller courir, et cent autres contes de même nature qu'il est allé rêver.
GEORGE DANDIN, à part.
Voilà une méchante carogne !
CLAUDINE
Oui, il nous a voulu faire accroire qu'il était dans la maison, et que nous en étions dehors^; et c'est une folie qu'il n'y a pas moyen de lui ôter de la tête.
Comment! Qu'est-ce à dire cela?
MADAME DE SOTENVILLE.
Voilà une furieuse impudence que de nous envoyer quérir !
GEORGE DANDIN
Jamais...
ANGÉLIQUE
Non, mon père, je ne puis plus souffrir un mari de la sorte : ma patience est poussée à bout; et il vient de me dire cent paroles injurieuses.
MONSIEUR DE SOTENVILLE , à George Dandin.
Corbleu ! vous êtes un malhonnête homme.
CLAUDINE
C'est une conscience de voir une pauvre jeune femme traitée de la façon; et cela crie vengeance au ciel.
GEORGE DANDIN
Peut-on...
MONSIEUR DE SOTENVILLE.
Allez, vous devriez mourir de honte.
GEORGE DANDIN
Laissez-moi vous dire deux mots.
ANGÉLIQUE
Vous n'avez qu'à l'écouter : il va vous en conter de belles I
GEORGE DANDIN, à part.
Je désespère.
CLAUDINE
Il a tant bu, que je ne pense pas qu'on puisse durer contre lui ; et l'odeur du vin qu'il souffle est montée jusqu'à nous.